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jeanneovertheworld - Page 44

  • revenir sur terre

    En redescendant le funiculaire de la colline San Cristobal, j'ai pris le temps de savourer chaque instant et de faire mes adieux à ce pays.

    Le soleil couchant arrivait encore à réchauffer la peau de mon visage. J'ai fermé les yeux pour déguster mieux encore ces dernières bouchées de printemps, avant de retrouver l'hiver, avant de retrouver ma vie.

    J'ai empli mes poumons de l'air pollué de 'Tiago, pourtant ma mémoire olfactive ne s'est imprimée que de la fragrance sucrée des accacias en fleur et du jasmin.

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    Le roulis du funiculaire me berce doucement, j'entends presque la chanson de ce peuple qui m'a ouvert les bras.

    Arrivés au niveau du parc zoologique, les oiseaux exotiques nous saluent dans un concert charmant. La descente se poursuit, je ne veux pourtant pas que cela s'arrête. Un bruit metallique me force à ouvrir les yeux : je suis à la gare d'arrivée, je dois quitter le cocon du wagonnet hors du temps et revenir à la vie.

    La vue ne m'amène que peu d'informations, je traverse le petit parc qui me sépare encore des rues bouilonnantes de Bella Vista. Au loin je peux déjà entendre l'étrange concert de klaxons des taxis, il m'apparait presque mélodieux. Une vieille dame ferme son stand de ballons, un orgue de Barbarie jour "Imagine" de Lennon... You can say I'm a dreamer, but i'm not the only one...

    J'avance dans ce parc à des milliers de kilomètres de chez moi et me revient soudain toute la conscience de ce monde, la réalité de ma vie en face me coupe le souffle. J'avance machinalement, mécaniquement. Sans m'en rendre compte, je franchis les grilles de la place, je pose un pied sur le trottoir, un bus me frôle et me sors de ma rêverie.

    Je hèle un taxi.

    Je suis de retour

  • Paseo Ahumada

    J'aurais du détester la traversée de cette rue piétonne, d'ailleurs tous ces magasins clinquants, ces lumières clignotantes, les vitrines aguichantes m'ont laissée de marbre, je ne suis pas une shopping-girl.

    Pourtant, marcher dans cette rue m'a apporté une vision très complémentaire de celle des rues - des chemins de terre plutôt - des villages du désert.594a80df88e3be4e49456ac2779ecb45.jpg

    Les cireurs de chaussures proposent leurs services aux hommes d'affaire cravatés en échange de quelques pesos qui ne viendront pas les enrichir mais apporteront un peu plus d'aisance aux compagnies dont ils dépendent, la franchise s'est immiscée aussi dans le cirage.

    Les familles-modèles, bébé dans la poussette, affichent leur bonheur en léchant une glace.

    Les hommes mettent en jeu leur virilité à coup de parties de dames ou d'échecs improvisées à l'ombre d'un arbre.

    Un vieux couple endimanché est assis sur un banc et semble ne plus rien attendre, que la mort peut-être, leurs habits de cérémonie comme linceul.

    Un agent de sécurité  transporte la recette du jour dans un chariot bruyant dont le peu de discrétion est souligné par ses deux collègues qui l'escortent, doigt à la gâchette.

    Arrivée Plaza de Armas, les prêcheurs et les prédicateurs rivalisent de décibels avec les manifestants politiques qui en viendraient presque à regretter la dictature, victimes du mirage de la démocratie alimenté de libéralisme.

    Les artistes-peintres présentent des toiles que plus personne ne regarde.9f3cf64928ef482810d00b8286e51f14.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Un petit garçon court sous les jets d'eau de la fontaine, il rit à gorge déployée, sa joie simple est un réconfort.

    Des collégiennes en uniforme marine et jaune viennent chasser les pigeons après les cours.

    Des jeunes amoureux se roulent des pelles, encore et encore, à pleine bouche, sans retenue.

    Un passant me recommande de me méfier des voleurs.

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    Devant la cathédrale, un drôle de cône se dresse vers le ciel, gigantesque ossature de ferraille où est pendue une demi-douzaine d'ouvriers, tels des boules vivantes sur le futur sapin de Noel. Ils installent les guirlandes lumineuses en attendant l'habit vert. Cette vision me rappelle que malgré la douceur de ce printemps sud-américain, novembre est bien entamé.

    En quittant la place, une musique attire mon attention, je cherche du regard sa provenance. Un homme est couché par terre, c'est un clochard sans âge, une boite déformée en appel à la générosité. Sur sa tête, un chapeau de Père Noël qui envoie en clignotant sa musique féerique " gingle bell, gingle bell..."

    Je ne peux pas voir son visage, je crois qu'il n'a plus d'identité.
    Même sous le soleil, Noël ne sera pas joyeux pour tout le monde.

     

     

  • con fess'

    957c25b381dce255b763ecb9796db4c1.jpgPar jeu plus que par fétichisme,

    je me suis mise à photographier des confessionnaux :

    à Blois, à Valpo, à Tocoama... af0728654be60790f8779f48f042613d.jpg

     

     

     

     

     

    C'est dans la cathédrale de 'Tiago que les fantasmes cèdent le pas à l'émotion, bien plus chaste.

    Je revois cette dame pécheresse, agenouillée devant la petite porte du prêtre, sous la lumière, aux yeux de tous. Je suis restée jusqu'à la fin de sa pénitence, un bon quart d'heure, à regarder l'homme d'église toucher cette femme, comme si Dieu la soutenait, poser ses mains sur ses épaules et parler, parler encore. La femme n'a presque rien dit. J'imaginais toutes ces paroles réconfortantes, par ses bras, par son contact, le prêtre semblait offrir un cocon, un asile aux âmes perdues.

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    J'ai jalousé cette femme dont les mots sacrés semblaient panser toutes les plaies. Tout paraissait si simple, si réconfortant. Je me suis dit qu'un dieu pourrait m'aider moi aussi. Mais un prêtre ne peut avoir qu'une seule réponse en observant les points d'interrogation qui habitent le fond de mon coeur, l'Eglise n'a qu'une solution à mes tergiversations.

    Et cela ne me satisfait pas, ne me suffit pas.

    J'ai alors espéré un signe, plus grand encore que le réconfort des bras de ce prêtre, cherché un signe dans les vitraux mais aucun saint ne m'a parlé.

    Plus aniconiste qu'iconoclaste, j'ai quitté la cathédrale, pas fâchée de ce silence mais persuadée que la réponse est en moi, que je ne verrais ce que je veux voir qu'en avançant.

    Et cela peut-être sous un regard supérieur bienveillant... Faisons le même pari que Pascal.

     

     

  • on the road again

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    je revenais de Blois, je pensais à ces souvenirs que nous ne partagerons jamais.

    je regardais l'asphalte se dérouler comme se déroule ma vie, sans savoir ce qu'il y a derrière ce virage.

     tu m'as demandé de ne plus écrire en roulant, alors j'ai pris une photo...

    il n'y a personne sur cette route, ironie ? Cruauté ?

    juste un dimanche en France...

    je me rends compte que j'aime rouler comme ça, encore et encore, kilomètre après kilomètre. Comme une fuite. Une recherche. Avancer pour ne pas mourir.

    je me régale d'attendre ce jour prochain où je roulerai dans le désert, kilomètre après kilomètre, être encore une fois personne au milieu de nulle part.

    je vous raconterai...

  • fantôme

    Elle ae3030b6aa11b26bf690adcc4e378e4a.jpgle voit partout...

     

    Dans la cathédrale de Blois, il y a deux cartouches sculptés sous le déambulatoire du choeur. il n'y en a que deux, je ne sais pas si les autres n'ont jamais été réalisés ou s'ils ont été détruit.

    ça attire mon attention.

    en prof, je repère le style, décode les symboles.

    je jure que je ne l'ai pas fait exprès, la coïncidence me vole un sourire... Sur ce cartouche, "sanctus Petrus" me regarde... C'est lui qui détient les clés...

     je ne sais si je le cherche ou s'il me poursuit, où est ma volonté ou la sienne, je me perds dans le regard ténébreux de la sculpture. Le froid de la pierre me rejete la froide réalité.

    La semaine prochaine, dans les rues de San Pedro, je me reposerai les mêmes questions...

  • heures sans heurt

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     lorsque je ferme les rideaux de ma chambre, le soir, je me dis que c'est encore une nuit de manquée, mes lèvres sont orphelines sans ta peau. Mais je sais que lorsque je fermerai les paupières tu seras là. Dans ma tête.

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     Lorsque j'ouvre les rideaux de ma chambre, le matin, je me dis que je suis revenue en arrière, que c'est encore le même matin, avec le même soleil. Je me retourne et je regarde le lit, les draps en bataille, les oreillers froissés. Tu étais là.

    tu habites mon corps

    je ne suis jamais seule.

     

     

     

     

  • blois sans toi

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    bien sûr il y a les conférences, bien sûr il y a des ateliers plus intimistes, bien sûr il y a Michèle Cotta qui en profite pour rappeller que c'est une vraie historienne, qu'elle a écrit une THESE ( quel gros mot... )...

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     il y a aussi des ruelles pavées où nous ne nous prendrons pas la main mais où je me sens bien.

     

     

     

     

  • traces du temps - traces de toi

    2cb8b69a969f7259a97c63d09746a9aa.jpgj'aime les vieilles pierres, celles qui portent fièrement leurs fêlures, qui n'ont pas honte de se présenter aux yeux déçus des adeptes de l'aseptisé parfait et artificiel.

    je cherche les peintures carquelées, les statues estropiées et je me rappelle que l'orgueil des artistes est bien peu de chose.

    je trouve précieux ces témoignages poussiéreux qui n'en finissent pas de mourir dans une remise à l'abri du public, je suis émue de leurs cicatricesd2dad9c58a856647b12b20cc244f6b3b.jpg, admiratrice de leur énergie pour survivre

     les imperfections comme oeuvres d'art à part entière.

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    moi aussi  j'ai des traces indélébiles, celles qui sont apparantes et celles qui sont souterraines.

    ramène les tiennes, on va faire une expo !

  • vamos a la playa

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    il est des plages qui se ressemblent, celles qui rassemblent serviettes et odeurs de Monoï, rires d'enfants et ballons gonflables...9d08625c5e19ada1d7051e77890f2c46.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    et puis il y a les plages où l'on se promène seul , ou à deux.

    on ne peut plus aller plus loin, on est au bout d'un monde, les vagues viennent lêcher mes pieds. Un goéland râle de cette intrusion dans son monde.

     je suis instruse dans un monde sauvage, je suis privilégiée...d0a8ce6b5ff23917c06172756d6e36a8.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    mes yeux quittent l'horizon hypnotisant qui porte le deuil des rêves d'ailleurs des hommes.

    sous mes pieds la nature a laissé des tableaux que l'on ne verra jamais au Louvre. Je suis vraiment privilégiée...

     

     

     

  • cardiff - card'hips

    dans le monde des blogs on dit que mettre en titre un mot clé lié à l'actualité amène des centaines de nouveaux amis visiteurs, alors bonjour à tous ! Désolée, vous vous êtes fait avoir...

    Point d'Ovalie ici.0795e0476c8c0ee435ebaded8ec23bd0.jpg

    Pour ne pas décevoir tout le monde, voici un angle du Millénium stadium. En avril 2006, j'ai passé de bons moments dans cette ville où il n'y a pas d'anglais, shame : on est gallois ici.

    Après les châteaux de Colwyn, de Pembroke, après le petit train de la montagne Snowdonia et le port de Swansea, Cardiff ne tranche pas beaucoup avec la campagne. Le dimanche, les rues sont désertes, on ne sait plus si les gens roulent à droite ou à gauche...213405298abb258484be4e413028452c.jpg

    J'ai connu Cardiff un soir de match.

    Le stade est au centre ville, à deux pas des Champs Elysée locaux, à deux pas de mon hôtel aussi... Les rues sont bouclées et offertes aux piétons. On ne promène d'ailleurs surtout en groupe de même sexe à Cardiff. Cinq ou six mecs qui se croient virils, chantent forts, rotent en buvant ou boivent en rotant... De l'autre côté cinq ou six nenettes déguisées en Bunny gloussent en buvant elles aussi. Le spectacle est dans la rue, les déguisements quotidiens, on se dit que la France est triste. Les forces de l'ordre sont là, pour canaliser mais surtout pour faire appliquer le loi anti-alcoolisme : contrôle des papiers assurés au milieu de la nuit avant de pousser la porte d'un pub. Oui, je suis majeure sir !  Il y a surtout en permanence des pompiers qui attendent que les premiers fêtards tombent et les seules sirènes que l'on entend dans la nuit sont celles conduisent les comateux ethyliques vers d'autres nuits blanches...

    moi, je suis un peu trop vieille, trop contemplatrice. J'ai passé du temps à observer leur manège, en anthrolpologue presque.

    et puis le lendemain, je me suis assise dans ce pub :

    84742c099b9a3cb48383fd6e532f3b8a.jpgles aiguilles de l'horloge ne tournent pas à la même vitesse. la Guiness était comme j'aime.

    j'y suis à nouveau. Je me souviens de ce papy à la fenêtre. Je me demande ce qu'il pense des filles en Bunny qui courent les rues la nuit...

    On est bien avec les gens....