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jeanneovertheworld

  • L'Inévitable

     

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    Et les douleurs reviennent…

    Et les analyses deviennent suspectes…

    Alors on reprend l’enquête, la quête aux métastases.

    Putain de cancer qui s’affranchit des marqueurs, qui renie la chimiothérapie.

    Rien d’autre à faire que d’attendre que cela dégénère.

    Et re-dégénère.

    Combien de fois cela va-t-il recommencer ?

    Combien de fois vais-je renaître ?

    Seule certitude : on ne meurt qu’une fois.

     

    J’avais l’impression de m’être bien préparée.

    D’avoir tant dit, tant fait.

    Mais on s’habitue à vivre.

     

    Rien d’original.

    Qui supporterait l’idée de souffrir ?

    J’ai rendez-vous avec la mort mais je ne veux pas de ces moments qui précèdent.

    Je ne veux pas de ce cœur qui devient fou la nuit, à l’autre bout de le planète.

    Je ne veux pas de cette tête qui tourne et de ces pieds qui s’emmêlent au Sud de l’Europe.

    Je ne veux pas de ces vertiges quand je suis devant les élèves.

    Je veux vivre sans que rien ne me rappelle sans cesse mon rendez-vous.

    Et j’aimerais aussi que la rencontre soit repoussée.

     

    Il faudrait que les autres se préparent.

    Car moi, je ne peux rien.

    Je ne serai pas là pour les aider.

    Je ne serai plus là.

     

     

  • J'ai rêvé...

    - Monsieur Grégory Corso, qu'est-ce que la puissance?

    - Rester debout au coin d'une rue et n'attendre personne!

    J'ai rêvé New York!
    J'ai rêvé New York!
    J'ai rêvé New York!
    New York City sur Hudson!

     

    J’écoutais Yves Simon avant de rêver de New-York.

    Je lisais Yves Simon avant d’aller à New-York.

    Le vrai luxe pour moi est de retourner quelque part. De re-vivre. Encore et encore.
    New-York est ma ville des retours, des hasards, des escales prolongées.
    J’aurais beaucoup à écrire pour me justifier, moi qui ne respire que dans les espaces vides d’hommes, où l’insignifiance de l’être hurle.

    New-York n’est d’ailleurs pas une ville, c’est un monde dans le monde, une parenthèse baroque.

    Lors de mon denier passage, en octobre, je n’ai fait que savourer, retourner, respirer. Comme on emprunte les rues de son enfance, avec émotion et gourmandise, parfois en fermant les yeux, en se nourrissant des sons et des odeurs, une manière de revenir à soi.

    New-York est tellement dans les films, les séries, l’imaginaire collectif, que s’y déplacer est tel une bouffée délirante, une crise schizophrène. On croit reconnaître une rue qu’on n’a jamais arpenté. Les sirènes sont familières. On vit mais on rêve. Et quand on retourne dans cette ville, le syndrome ne disparaît pas : est-ce un rêve récurrent ?

    Mon meilleur souvenir de cette visite ?

    Vingt minutes à attendre… sur le trottoir.

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    Croisement entre la 40ème Rue et la 8ème Avenue. Il n’y a rien. Enfin, rien de spécial. Le New-York Times Building dresse fièrement sa façade, des femmes pressées vont acheter leur café à emporter chez Dean & Deluca. Un groupe d’afro-américains squatte derrière moi avec une radio qui rape. Le mouvement est incessant autour de moi, à droite une bouche de métro, ligne bleue, A et C, à gauche la sortie de la gare routière. Le monde tourne autour de moi, le monde défile sous mes yeux : des touristes, des riverains, des Américains de passage, des hommes d’affaires, des âmes perdues, des êtres fracassés, sans chaussures…

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    Les commerciaux des bus rouges des CitySightSeeing sont en escadrille et harcèlent les clients potentiels.

    Ils ne me demandent rien.

    Peut-être fais-je partie du décor. Peut-être suis-je invisible.

    Ils savent qu’ils vont perdre leur temps. Une femme seule, plantée sur le trottoir, qui ne se décroche pas la tête à essayer de regarder le haut des buildings, ça ne prend pas le bus.

    Et je reste à mon carrefour, et je jubile.

    Je n’ai pas peur, je suis invincible, debout sur mon mètre carré de bitume.

    Il y a du spectacle aujourd’hui. Il y a du trafic et des embouteillages. Les voitures, les bus, les limousines, les camions de livraison, tout ce qui roule doté d’un klaxon se retrouve là. Les feux ne règlent plus rien car tout est bouché. Les impatients avancent et empêchent les autres de tourner. Tout se retrouve bloqué en quelques minutes. Les piétons essaient de traverser et slaloment entre les carcasses. Personne ne veut céder.

    Je jouis d’être.

    Et de ne pas être.

    Qui me connaît ici ? Qui suis-je ?

    Une privilégiée qui observe.

    Une voleuse de moments insignifiants.

    Cette sensation, cette liesse intérieure est née parce que j’étais seule à ce carrefour. Ce moment m’appartient, me nourrit et me frustre à la fois car aucun mot ne saurait parfaitement traduire ce bien-être jubilatoire et éphémère.

    Je chantonnais Yves Simon…

    - qu'est-ce que la puissance?

    - Rester debout au coin d'une rue...
    et n'attendre personne !


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  • Wai-o-tapu

    « Le monde s’est rétréci. »

    Cette phrase que Rabelais fait prononcer à Epistémon, le maître philosophe de Pantagruel, que je vais jouer en avril, me revient souvent en bouche.

    C’est toujours ainsi lorsque l’on joue, il est des phrases qui reviennent sans cesse.

    Internet et la mondialisation ont aboli les distances tout en creusant les écarts, il n’y a plus d’heures, il n’y plus de lieux, seuls comptent les liens.

    Je like des pages, je m’abonne aux news-lettres et je me crois au centre du monde, mais je ne fais qu’essayer d’agglomérer le monde autour de mon nombril, de m’arrimer à l’existence pour en ressentir encore les rumeurs.

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    Je vois donc ainsi passer régulièrement des photos et informations sur un paradis que j’ai eu la chance de visiter en 2008 et l’immense privilège de revoir en 2018 : wai-o-tapu.

    Le vrai luxe pour moi est de retourner quelque part. De re-vivre. Encore et encore.

    J’ai pris mon temps pourtant, en juillet. Jamais je ne me lasserai de Wai-o-tapu.

    IMG_2209.JPGIMG_2261.JPGQuand je vois ces infos, ces publicités avec en photo les endroits que je crois miens, j’ai toujours cet émerveillement et cette émotion : je connais cet endroit, j’y ai été, c’est moi qui ai vécu. Le sourire me vient instantanément et je me sens bien, cet endroit m’habite. 
     

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    Et je me dis :

    «  j’aimerais que mes cendres soient dispersées là ».

    C’est irréaliste, c’est tellement loin et tellement égoïste d’imposer aux survivants ce voyage aux antipodes. Il faudrait partager ces moments de notre vivant.IMG_2273.JPGIMG_2271.JPG

     

    Wai-o-tapu est un Disneyland géothermal, une concentration des merveilles du monde sur quelques hectares, un monde paradoxalement en dehors du monde. Je ne l’ai parcouru qu’en hiver, où la brume des sources d’eau chaudes concurrence le brouillard, sans ciel bleu et sans touristes aussi.

    Le chemin de bois n’est que pour moi, j’écoute la respiration de la terre.

    Je me plante et je pourrais pleurer des heures, sans larmes.

    Juste emplir mes poumons.

    Vivre.

    Être.

     

     

    Pantagruel : Alors pourquoi suis-je mélancolique ?

    Epistémon : C’est que l’enfance est finie monseigneur. Jamais plus ne pourrez imaginer être un géant capable de couvrir de votre langue toute une armée, ou défier 300 géants ennemis, ou avaler un loup-garou. Le monde s’est rétréci.

  • été indien

    Les réseaux sociaux, les blogs, ne sont pas toujours plus profonds que la Vie, on finit par redevenir soi, d’une banalité affligeante, on finit par parler du beau temps et de l'absence de pluie…

    Aujourd’hui, on regarde à deux fois le calendrier pour se rappeler que nous sommes le 10 octobre. Les arbres l’ont bien compris et ils laissent tomber leurs feuilles comme on abandonne la lutte.

    Il n’y a que le thermomètre qui y croit encore, qui se dit que l’été n’est pas fini, qui ne veut pas tourner la page.

    Plus de 20 degrés, on hésite sur la saison…

    C'était l'automne

    Un automne où il faisait beau

    Une saison qui n'existe que dans le Nord de l'Amérique

    Là-bas on l'appelle l'été indien

     

    C’est cela, nous sommes en plein été indien.

    Je chantonne.

    Je fredonne.

    Avec ta robe longue

    Tu ressemblais à une aquarelle de Marie Laurencin

     

    Une enfance passée à chanter ces paroles. Sans les comprendre vraiment.

    Quand on est enfant, l’été indien c’est un concept étrange, avec des images de Cheyennes à plumes, de tepee et de scalp.

    Et une aquarelle, c’est quoi ? Comme une marelle dans l’eau ?

    Qui est cette Marie Lanrencin ?

    Je me souviens...

    Et je me souviens

    Je me souviens très bien de ce que je t'ai dit ce matin-là

    Il y a un an, y a un siècle, y a une éternité

     

    J’avais retrouvé Paul devant les nymphéas de l’Orangerie, juste le voir, toucher le réel du bout des yeux.Marie-Laurencin-trois_jeunes_filles.jpg

    Nous fîmes le tour du musée. Dans une petite pièce, des aquarelles de Marie Laurencin…. et une déception !

    Des années à imaginer des tableaux d’un romantisme fou, femme sur la plage aux couleurs dorées d’un coucher de soleil… Marie Laurencin est reconnue et je ne juge pas ici son travail mais j’ai été surprise, le réel m’obligeait à quelques réajustements.

    Je n’apprécie toujours pas ces toiles, mais j’aime fredonner ce refrain de Dassin, il me ramène à Paul.

    Mes pas dans ses pas, côte à côte, quelques instants...

    Je pense à toi

    Où es-tu, que fais-tu

    Est-ce que j'existe encore pour toi ?

     

     

     

  • Je suis Christchurch

    En 2008, Christchurch m’accueillait avec sa douceur de vivre toute néo-zélandaise.

    Aux antipodes, le temps n’est pas le temps.

    Déjà, le climat nous déboussole : on part de Paris avec la canicule, on sort de l’avion avec deux pulls.

    Notre corps, soumis aux saisons, perd raison.

    Même si la force de Coriolis emporte l’eau dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, le jour compte vingt-quatre heures dont chacune nous rapproche inexorablement du jour du retour. Mais si loin des autres, si loin des nôtres, on a vite fait de se couper d’une certaine forme de réel. Je vis à contre-courant, lorsque je ris ma famille dort, lorsqu’elle se languit je rêve.

    La Nouvelle Zélande c’est un ailleurs familier, le mode de vie est occidental, le niveau de vie dit développé, rien n’est compliqué si l’on parle un peu anglais et si rouler à gauche ne nous effraie pas. Les kiwis, les fougères arborescentes et les maoris suffisent à se sentir ailleurs mais tout le pays nous accueille avec la simplicité et l’authenticité nécessaires pour se sentir chez soi.

    Christchurch en 2008, bien que seconde ville du pays, apparaissait comme un gros village, autour de Cathedral Square, le pittoresque tramway traversait l’Avon où des gondoliers vénitiens s’étaient perdus. L’université de Canterbury nous diffusait des parfums d’Angleterre et ce n’est pas uniquement à cause du nom : enfants en uniformes, pierres de taille grises, cloître suranné.

    christ starbuck.PNGJe me laissais caressée par le soleil en sirotant un latte de Starbucks, insouciante.

    Vivante.

    Deux mois auparavant les médecins me disaient cancer, exérèse, greffe.

    Ce latte, je m’en souviens encore. Il avait un goût lacté avec un soupçon de café, un goût très normé. C’est justement cela que je retiens, il avait un goût de normalité. Pas celui de la maladie. Juste la vie, banale. Intensément nue. Il ne me fallait rien d’autre : de l’oxygène à mes poumons et un rayon de soleil timide sur ma peau convalescente.

     

    Je suis retournée à Christchurch. 2018.

    Rien qu’écrire la date me tire les larmes.

    Je suis retournée à Christchurch, comme les poilus retournaient à Verdun, en rescapée qui n’en revient pas d’être là.

    Je loge à deux pas de Cathedral Square, à deux pas du latte d’il y a dix ans mais il faut consulter les photos pour s’en persuader.

    Christchurch a tremblé, en 2010, en 2011… La cathédrale n’a pas résisté. C’est la première au chevet de laquelle je me rends. La plaie est encore béante, mon cœur se sert. Ce ne sont que quelques pierres mais le temps semble arrêté, remisé derrière les barrières. La vie a continué, devant, autour, mais le corps de la cathédrale reste là, immobile, éventré.

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    Éventré…

    Comme je l’ai été, par deux fois, en 2015.

     

    Je poursuis ma promenade. L’Avon coule toujours paisiblement vers l’Océan Pacifique mais certains bâtiments historiques ont des béquilles, beaucoup ne sont plus là.

    Les grues ne chôment pas, les nouvelles résidences poussent, les programmes immobiliers soulignent le dynamisme d’une population qui ne renonce pas. La ville change de siècle, osant toutes les architectures, choisissant des matériaux plus respectueux, plus résistants aussi peut-être. On peut encore voir quelques vieux bâtiments, presque comme des anomalies, témoins d’une page qu’on hésite à tourner.

    IMG_2786.JPGLa ville a changé de visage : des blocks entiers sont vides, les immeubles qui les occupaient ont été rasés. Christchurch doit être la ville avec le plus de parkings au monde : tous ces trous urbains servent provisoirement de stationnement, payant bien sûr, capitalisme oblige. Certains carrefours donnent sur des terrains vagues. Les feux tricolores y gèrent un trafic fantôme. Je marche dans la ville et ressens une grande force. Après la sidération, après le silence et le recueillement, il fait bien vivre, et avancer.

    Debout au milieu de ce parking désert, je me souviens des bâtiments d’avant, j’imagine ceux de demain. J’aime voir la vie au-delà des blessures. La ville est meurtrie mais elle renaît, elle ose, elle devient. Les grandes façades aveugles sur lesquelles s’appuyaient des bâtiments disparus accueillent aujourd’hui des fresques colorées pleines d’espoir.DSC_0040.JPG

    Et cet escalier, que deviendra-t-il ?

    Un témoin.

     

     

    Christchurch est encore Christchurch.

    Comme moi, elle garde son identité, son âme qu’une longue histoire a façonné.

    Comme moi, elle est un peu en chantier, ses cicatrices les plus visibles ne sont pas forcément les plus douloureuses.

    Comme moi, elle est debout, et regarde vers demain.

    Comme moi, elle n’oubliera pas.

     

    JE SUIS CHRISTCHURCH.

     

    Christchurch va encore trembler, c’est certain. La péninsule de Banks par sa forme ne peut cacher son passé volcanique, la ceinture de feu n’a pas fini de faire parler d’elle.

    Je vais encore trembler, c’est certain. Chaque scanner ramène à la surface la possible récidive, la maladie n’a pas fini de…

  • De(ux)troit de Cook

    Carnet de vacances - été 2018

     

    Sur le chemin qui mène plus au Sud encore des antipodes, je suis les traces de James Cook.
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    On quitte Wellington comme on y arrive : avec une douce facilité, le monde s’ouvre à nous, le monde s’offre à qui regarde l’horizon.

    La côte est découpée mais domptée par les hommes qui accrochent aux collines leurs maisons .

    Le phare de Pencarrow Head nous laisse partir, bientôt il n’y a que du bleu autour de nous, mer de Tasman.
    Je crois reconnaître les rivages.
    Ont-ils changé ?
    M’ont-ils attendue ?
    Debout sur le pont du ferry, je suis sereine, je me sens si forte d’être revenue, d’être toujours là.
    Dix ans de vie, dix ans de survie. Je n’en reviens toujours pas mais aujourd’hui je reviens le traverser, le détroit de Cook.
    J’ai l’impression que ce bout du monde m’appartient. Ou plutôt d’être à ma place. J’appartiens à ce monde et m’y tiens debout, ne cède pas.
    Certains rivages me semblent si familiers, mais j’en découvre d’autres.
    Pourtant, depuis James, le passage n’a pas changé.
    Est-ce que nous avons changé ?
    La mémoire fait son œuvre, fixant des images, en supprimant d’autres, sélectionnant, réorganisant.
    Alors, comme Annie Ernaux écrivait dans Passion Simple cette question qui m’a toujours hantée « où est notre ( mon ? ) histoire ? ».
    Je peux me demander de même : où est le réel ? Qu’est-ce que connaître ?
    Toute appréhension est personnelle et partielle. Je suis là, mais j’oublie. Je vis mais ne vois pas tout.

    Où est donc notre histoire ?
    Qu’avons-nous vécu ?
    Peut-on seulement dire « notre réel » ? Ce que je vis est unique, insaisissable et ne peut être totalement partagé. Chaque événement traverse mon corps et mon âme, je modifie sans le vouloir ce simple vécu pour le faire mien. Un chant polyphonique maori va me tirer les larmes alors que cette femme assise là-bas, qui entend le même chant, pense à son repas du soir et a hâte que ce cirque finisse.

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    Les Marlborough Sounds sont en vue. Je rejoins le pont supérieur pour ne rien manquer. La nature m’entoure, je suis au centre du monde, au cœur de la vie. Comme il y a dix ans. Comme James en 1769. Les rivages sont vierges, abordés par quelques pêcheurs, c’est un univers bicolore : bleu et vert. J’ai mis dans mes oreilles les mêmes musiques pour me faire croire que je suis la même. Derrière le bateau une traînée blanche. Qui va disparaître. Comme ta trace entre mes cuisses.

    Y penses-tu seulement, de temps en temps ?
    Les événements passent par notre propre filtre avant d’exister vraiment.
    Nous avons partagé des moments mais avons-nous le même vécu ?
    Je sais que cela a existé, que tu étais là, qu’il y a eu tes doigts sur moi.
    Le reste, c’est interprétation.
    Qualifier ces moments, mettre un Nous, c’est mon filtre, ce sont mes désirs.
    La fusion, la communion, voilà d’utopiques concepts romantiques.
    Reste le chemin que nous avons partagé, côte à côte, un réel rétréci, presque froid, dépassionné pour que personne ne puisse le nier.
    Je sais, Annie, où est mon histoire.
    Elle est en moi.
    Personne ne peut vraiment en voir l’étendue, la beauté, la folie, la passion.
    Personne ne saurait ressentir cette faim, décrire mon envie.
    Elle est si belle mon histoire.
    J’aime que tu l’aies partagée, en partie, même un instant.
    Personne ne pourra me la voler.
    C’est moi qui ai vécu.

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    Picton se cache encore un peu dans sa baie.
    La parenthèse introspective entre L’Île du Nord et L’Île du Sud se referme.
    Je reste immobile sur le pont, apaisée par la majesté de l’endroit, rassurée par sa permanence. L’érosion a fait son œuvre, imperceptiblement, comme le temps sur mon visage mais nous sommes toujours là.
    Le détroit et moi.
    Toi et moi.

  • Envie

    Carnet de vacances - été 2018

     

    J’ai envie

    Je suis envie

    En vie.

     

    J’ai l’impression d’avoir toujours envie.

    Je flâne dans le musée « Te Papa Tongarewa » (en maori, « le lieu des trésors de cette terre »).

    Je musarde, me hasarde et me dis « j’ai envie de baiser ». envie 1.PNG

    Je dis cela parce que je ne le dis qu’à moi, qu’il ne faut pas travestir les mots de bienséance lorsqu’on dialogue entre soi.

    C’est une étrange sensation. Ce n’est pas désagréable, je vis avec ça, c’est un état permanent.

    Je ne suis pas affamée, je pourrais l’être.

    L’envie ne souffre aucune désillusion, il n’y a pas d’impératif de réalisation.

    Je me demande pourquoi j’ai tout de même envie mais je me réjouis : c’est une preuve de vie. Celui qui n’a plus envie meurt.

    Je n’ai pas envie d’un rapport normé, convenu, oublié avant qu’il ne commence.

     

    Je me demande si cette envie n’est pas une envie de toi, uniquement de toi.

    Cette envie, sans faim impérieuse, est sans doute une forme d’attente.

    Je t’attends toujours.

    Je n’ai pas fait ton deuil.

    Je suis envie.

    Tu es en vie.

     

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    ( photos JM : murs du musée Te Papa, Wellington)

     

  • Wellington

    Carnet de vacances - été 2018

     

    Au bout du monde, Wellington est un finistère, toutes les routes y mènent et se jettent dans la baie, toutes les routes en partent et desservent L’Île du Nord.

    Wellington est une ville où on arrive et d’où l’on part.   well.PNG

    Je me demande s’il y a des personnes qui y restent.

    Le vent s’engouffre avec force dans les rues, le vent nous pousse à bouger le vent nous emporte ailleurs.

    La ville ouvre ses bras vers le détroit.

    James Cook imaginait-il cela ?

    La nuit tombe.

    Demain le bal des porte-conteneurs et des ferrys va reprendre, amenant et emportant hommes et marchandises.

    Je me promène dans les rues, comme il y a 10 ans.

    Je n’y étais restée que quelques heures, comme toute cette effervescence en transit et pourtant tout me paraît familier : les odeurs, les ambiances, le vent.

    Je suis en terre connue, je suis presque chez moi.

    Cette atmosphère avait marqué ma mémoire alors que je n’ai fait qu’y passer.

    Comme si la ville était entrée en moi pour me marquer à jamais.

     

    Il ne faut pas toujours beaucoup de temps pour marquer la mémoire à tout jamais.

  • le lundi volé

    carnet de vacances - été 2018

     

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    J’ai chaud

    j’ai froid

    je respire

    mon cœur bat

    je somnole

    je rigole quand tu veux gonfler l’oreiller de voyage.

    Je m’endors sur ton épaule,

    la chaleur de ta peau me rassure.

     

    Pourtant je vis un jour qui n’existe pas.

    Décollage dimanche soir, retour sur terre mardi en fin de matinée.

    Ils font quoi, les hommes en bas ?

    Est-ce qu’ils sont sages ?

    Certains vont mourir, d’autres divorcer.

    Moi je suis là,

    suspendue entre un hier et un demain qui va se vêtit d’aujourd’hui.

    Il n’y a plus rien à faire, le sort en est jeté.

    A moi de sortir de cet avion et de vivre,

    dans un autre pays, presque un autre monde.avion fuseau.jpg

     

    Qui me rendra le lundi perdu ?

     

     

  • Verbena

    Carnet de vacances - été 2018

    Six heures d’avion,

    puis seize heures d’avion…

     

    Je me suis aspergée de Verveine,

    je voyage dans un nuage de fragrance citronnée,

    la même que je dépose entre mes seins quand je sais que tu vas venir,

    ce parfum qui accompagne nos nuits gourmandes.

     

    Cette odeur me calme et m’apaise,

    déposant mon inconscient sur un oreiller de douceur.

     

    Et si je ferme les yeux,IMG_2816.JPG

    enivrée de cette senteur,

    je voyage vers toi,

    je sens presque ta main sur mon sein

    et tes yeux un peu plus loin.

     

    La Verveine est comme un autre voyage,

    intérieur.

     

    La Verveine me ramène à toi.

     

    La Verveine me ramène à moi.