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jeanneovertheworld - Page 5

  • Salsa !

    Allez savoir pourquoi, allez savoir comment,

    la fille qui écoute Kieslowski aime la salsa !

    Je l’ai découvert à la fin des années 1990,yuri 90.jpg

    Yuri Buenaventura.

    Je l’ai vu en concert, hier.

    Grand moment de bonheur.

    Il n’est pas question ici de groupie

    (le pianiste n’était pas mon genre).

    Juste le ravissement de la musique qui pénètre mon corps

    et vient chatouiller mon âme.

     

    Le petit diable colombien ne se ménage pas,

    on peut le penser envoûté, il est envoûtant.

    Souvent il ne chante pas, il vit la musique,

    se frappe le corps, il nous emmène...

     

    C’est aussi un homme dans le sens détenteur d’humanité,

    il répète sans cesse son espérance de l’unité de l’humain,

    il ne se déhanche pas pour se déhancher,

    les percussions sont des coups que l’on porte aux hommes.

     

    Il se produisait dans un festival dit de jazz.

    Le jazz est un océan de musiques, avec des courants parfois contraires.

    Je me suis fait un devoir de le découvrir étudiante,

    mes parents écoutant Johnny Hallyday et Brel.

    Écouter du jazz, ça faisait bien, ça faisait instruit, ça faisait snob, parvenu,

    pour nous qui voulions devenir.

    Le pourquoi, l’histoire, font la valeur des choses.

    Écouter sans comprendre n’est qu’une vision esthétique,

    l’esthétisme n’est pas une porte vers l’âme.

    Yuri fait des liens entre le jazz et la salsa,

    comme il fait des liens entre les hommes :

    les Cubains, influencés par les Russes,

    les esclaves privés d’instruments de musique qui subliment les calebasses,

    les influences africaines des cols blancs new-yorkais

    et tout finit toujours par la douleur de l’homme noir.

    Il faut écouter cette musique, si gaie en apparence,

    en pensant à toutes ces souffrances.

    IMG_5158.JPG

    Et nous sommes là, à l’entrée du château de granite rose de La Petite Pierre

    Sous les platanes une scène est montée

    Une brise à mes cheveux

    Et c’est parti

    Et ça en jette !

    Jamais je n’aurais cru m’extasier un jour devant un solo de trombone !

    Et je suis là

    Dans cette nuit lumineuse

    Vivante

    Je ferme les yeux

    Je suis bien

    Tout peut s’arrêter là.

     

     watch?v=aNoL_h5hUdc&list=PL39MBytvAxoNgCzfVEfud6d4O12suOg0-&index=4

     

     

    https://www.youtube.com/watch?v=aNoL_h5hUdc&list=PL39MBytvAxoNgCzfVEfud6d4O12suOg0-&index=4

     

  • 11/12

    25 août – 25 juillet

    11 mois…

     

    Le temps file et moi je cours encore plus vite.

    Hâte de finir cette série, de boucler la boucle.

    Une fois bouclée, je n’aurai rien,

    rien de plus,

    rien d’autre que la satisfaction d’avoir fait sans encombre le tour d’un calendrier,

    c’est déjà ça.

    Des hauts, des bas,

    et moi debout.

     

    Je cours et je ne m’arrête pas.

    Je prépare mon année scolaire, rendant tous les jours hommage à Alekseï Stakhanov.

    Comme à l’époque, il y a un peu d’exagération dans mon affirmation,

    mais je me prends pour une héroïne dévouée à la cause,

    moi qui n’y crois plus beaucoup…

    Préparer ces cours, c’est vouloir les faire, devant mon public, devant mes classes.

    Je ne veux pas douter,

    je ne veux pas me dire que peut-être je ne ferais pas l’année entière.

    Les deux années précédentes ont été amputées de quelques mois de cours,

    congé maladie oblige,

    et moi amputée de parcelles intestines.

    Je veux faire cette année,

    complète…

     

    Je n’ai toujours pas mal,

    il n’y a que les scanners pour m’inquiéter.

    Je vous parlerai plus tard peut-être de ma thyroïde qu’on finira par m’enlever.

    Je vous parlerai plus tard de mon cardia, que j’aimerais bien garder.

     

    Le temps file et moi je cours encore plus vite.Rinconde-la-Vieja.jpg

    Je rédige cette note, la onzième sur douze,

    et je ne pense qu’à la prochaine.

    Le 25 août prochain je serai à San José, Costa Rica.

    Laissant, entre deux préparations de cours, mon esprit déjà voyager, j’ai posté sur les réseaux sociaux cette photo du Ricon de la Vieja.

    Un ami riposta en mettant en parallèle une photo de mon nombril parue dans une précédente chronique.

    Il n’y a visiblement pas qu’à moi que cela apparaît comme une évidence.

    Je suis volcan.

    Définitivement.

    Et même lorsque je serai volcan éteint, on trouvera ma trace.

    Puisse mon souvenir continuer à fertiliser vos vies, mes « âmes-mis »...

    11 mois.PNG

  • crustacé c'est assez !

    Demain dès l'aube

    à l'heure où blanchit la campagne,

    je partirai

    à la pêche au crabe

    ou ses miettes.

     

    Je publie ce petit « statut » sur Facebook et ça like, et ça like...

     

    Je ne like pas du tout.

     

    A l'heure où tous les parents attendent fébrilement de savoir si leur enfant est reçu,

    résultats du Baccalauréat,

    j'attends tout aussi fébrilement le verdict du jury médical,

    savoir si mon examen fut bon,

    sans avoir besoin de passer par le rattrapage,

    espérant même être gratifiée d’une mention Vie.

    On a beau travailler toute l’année au bien-être,

    au mieux-être,

    on a beau vouloir,

    reste le visa nécessaire du douanier,

    la vignette du contrôle technique,

    le tampon au bas de la page pour sceller le dossier,

    sceller mon avenir…

     

    Il n’y a pas de routine dans ce genre de rendez-vous,

    on revient pour ne pas entendre le mot récidive

    alors que la récidive est ce qui revient.

    Quand on en a connu une,

    on a peur qu’elle nous reconnaisse,

    encore dans le corps.

     

    Et si le Crabe perdait la mémoire ?

    Depuis le temps que je le trimballe, un petit Alzheimer, bien fait !

    Et si le Crabe perdait mon numéro ?

    L’eau salée fatale pour son smartphone, bien fait !

    Et si...

     

    Faut que je vous dise : 

    je n'aime pas du tout quand on emploie "Crabe" à la place de CANCER.

    ça ne fait pas moins peur, ça ne l'éloigne pas non plus.

    Les malades ont besoin de vérité et de reconnaissance, pas d'édulcorant.

     

    Et puis c'est injuste pour tous les petits crabes, les vrais,

    qui essaient de marcher droit dans la vie quoi qu'on en dise !

    Au Costa Rica vit un petit crabe bigarré, le crabe Halloween...halloween-crab-on-rock-in-costa-rica-photo-poster-print.jpg

    Je le dis haut et fort : c'est avec un plaisir infini que je le prendrais dans mes mains

    Je n'hésiterai pas à marcher pieds nus sur le sable pour aller à sa rencontre !

    Hé le crabe !!! Je n'ai pas peur de toi !

    Hé le Crabe : me voilà !!!

  • 10/12

    25 août – 25 juin

    10 mois

     

    Dix mois, dis-moi…

     

    Eh toi dis-moi que tu m'aimes

    Même si c'est un mensonge et qu'on n'a pas une chance

    La vie est si triste, dis-moi que tu m'aimes

    Tous les jours sont les mêmes, j'ai besoin de romance

     

    Les paroles du premier 45 tours que mes parents m’ont acheté.

    J’avais 8 ans et allez savoir pourquoi je chantais à tue-tête « amoureux solitaires » de Lio.

     

    Eh toi, dis-moi…

    J’attends cela : qu’on me dise, non qu’on m’aime – mais vous pouvez, ça fait toujours plaisir !- mais qu’on renouvelle ma concession de vie.

    Pas de nouvelle, bonne nouvelle ? On verra…

     

    Tout s’arrête autour de moi.

    zebreee.jpgFin de l'atelier céramique, on cuit les dernières créations, on émaille à la chaine, on compte les heures à regret.

    Fin de l’année culturelle et de sa ribambelle de spectacles, on arrache le dernier billet au carnet de réservations en voyant sur la souche les mois écoulés, les rires, les émotions partagées.

    Fin de l’année scolaire bien sûr, avec les examens à surveiller, les dernières copies, les réunions inutiles, mais aussi quelques moments de convivialité.

    Tout s’arrête mais tout s’apprête à continuer : nouvelle programmation, nouveaux programmes, réforme sans transformation.

    A peine une pause pour reprendre sa respiration et se retourner sur l’année passée.

    L’impression d’avoir laissé passer beaucoup de choses, et de ne revenir un peu plus dans la vie qu’aujourd’hui, quand tout finit.

     

    Mais cela va reprendre…

    N’est-ce pas que cela va reprendre ?

    Dis-moi…

    Dix mois !

     

     

    Je vous fais des photos de ma cicatrice depuis des mois,

    voir les traces qui s’estompent sans s’effacer.

    L’œil au quotidien lisse les images,

    fait des raccords sans notre accord,

    on n’a pas toujours conscience de l’évolution.

    Je n’ai jamais voulu cacher mes cicatrices,

    elles me constituent,

    me racontent,

    mais à force de vivre avec, on ne les voit plus.

    Mon ventre, je l’oublie.

    Il me fait rarement souffrir, il me laisse en paix, bien camouflé sous les tissus bariolés.

    Personne ne le regarde, plus personne ne soupçonne.

    Il n’y a que le matin…

    Il n’y a que le soir…

    Lorsque je m’habille, me déshabille devant le grand miroir de la salle de bains.

    Il me saute à la gueule, le balafré.

    Chaque jour je sors de la salle de bains en tentant de reprendre ma respiration.

    Une collègue intriguée m’a demandé ce que j’avais au bras.

    Surprise de l’explication elle me décerne une médaille en quelques mots :

     « tu es donc une survivante ».

    J’ai toujours aimé ce mot car je me veux sur-vivante, au sens vivre plus.

    Maintenant que j’ai repris une vie dite normale, presque routinière, je vais devoir m’atteler à la question du plus.

    Attention, j’arrive !

     

     

  • chronique de maladie

    Quand c'est ? Quand c'est ?
    Que tu cesses tes avances ?
    Quand c'est ? Quand c'est ?
    Que tu pars en vacances ? Quand c'est ?
    Quand c'est ? Quand c'est ?
    Quand est-ce que tu y penses ?
    Quand c'est ? Quand c'est ?
    Ça nous f'ra des vacances.

    C’est la mode, c’est de la com’…

    De nos jours, on court contre le cancer.

    On nous donne un t-shirt rose et on court.

    Et tout le monde est content, ça donne bonne conscience.

    J’ai participé à une de ces « courses ».

    10 euros, dont seuls les bénéfices sont versés à la recherche.

    Combien au juste sur les 10 euros ? 4 ? 5 ?

    C’est quoi l’exploit de faire un don de 5 euros ?

    J’ai vu quelques femmes que je savais malades dans la foule, quelques infirmières.

    Je ne sais pas à quoi je m’attendais… Une fête du cancer ?

    Ce n’était même pas une kermesse : on court ou on marche 5 kilomètres et chacun rentre chez soi.

    Fier !rose.jpg

    ?

    C’est mieux que rien.

    Mieux que l’indifférence.

    Low-cost de la bonne conscience.

    Opium des gens qui ne sont pas (encore) malades.

     

     

    Cancer, cancer
    Dis-moi quand c'est
    Cancer, cancer
    Qui est le prochain ?
    Cancer, cancer
    Dis-moi quand c'est
    Cancer, cancer
    Qui est le prochain ?

     

    Je suis allée m’asseoir, dans la cathédrale de Strasbourg.

    On vient juste de scanner mon corps, du haut en bas, à la recherche des cellules trop vivantes pour me laisser en vie.

    On m’a laissée repartir sans réponse et me voilà, assise dans la cathédrale de Strasbourg.

     

    Je n’ai pas rendez-vous avec Dieu. Lequel d’abord ?

    Je ne crois pas vraiment en celui-là. J’ai trop grandi pour en garder cette vision étriquée. S’il existe une force supérieure, elle n’est pas ce qu’en imaginent les hommes qui s’entre-tuent en son nom.

    stras.jpg

    J’ai rendez-vous avec moi.

    Moi qui déambule seule dans ces rues pour rejoindre le centre Paul Strauss…

    Quelle belle idée que de ne pas l’appeler « centre du cancer », les cancéreux sont les nouveaux lépreux. Strauss, un nom symphonique et pourtant il n’a pas de lien avec la musique, ni avec le cancer d’ailleurs. Strauss comme un nom de code, pour repousser la maladie en ne la nommant pas.

     

    Il n’y a presque que des touristes ici, ou des gens qui viennent se reposer, au frais.

     

    Tu me disais «  on est toujours tout seul »

    Mais alors… qu’est ce qui garantit que je suis vraiment là ?

     

    Je suis là, assise à feuilleter ma mémoire, grimoire de moments magiques.

    Je suis là, à deux pas de l’endroit où un homme découvrit ma source.

    Je suis là, à deux pas de Jeanne.

     

    Je me suis mise assise dans cette cathédrale pour écrire en paix, pour écrire au frais.

    Mais j’ai seulement envie de pleurer.

    Comme un contrecoup.

    La Vie en boomerang.

    Je fais cet examen sans inquiétude particulière.

    Et pourtant, j’en ai assez.

    L’infirmière, pourtant aguerrie dans ce genre de centre, a tournicoté deux fois l’aiguille en vain dans mon bras avant d’appeler à la rescousse.

     

    J’en ai marre.

     

    Dans le tunnel pour la première fois je me suis dit «  je ne veux plus continuer »

    Bien sûr j’ai des projets, bien sûr je veux vivre demain mais je ne me sens plus la force pour me battre. Plus envie.

     

    Il n’y a aucun contrôle de sécurité à l’entrée de la cathédrale de Strasbourg…

    Étrange remarque de la part d’une fille qui ne veut plus vraiment vivre me direz-vous…

    Erreur : je ne veux pas RE-vivre tout cela.

    Je ne peux plus.

     

     

     

  • 9/12

    25 août – 25 mai

    9 mois

    Ventre arrondi, balafré.

    La gestation arrive à terme.

    La nouvelle Jeanne va naître.

    Ou renaître ?

     

    9 mois pour fabriquer quoi ?

    9 mois pour revenir dans la routine

    9 mois pour se faire croire que tout est normal.

     

    Plus je me sens bien, plus je me rends compte de l’épreuve que j’ai traversé, notamment au niveau de la vie sociale. Deux mois d’arrêt maladie et la reprise du travail puisque objectivement et physiquement cela allait bien, deux mois d’arrêt et une reprise, parce qu’il le faut. Un peu comme on oblige les cavaliers d‘un jour à remonter sur le cheval après une chute.

    Je me rends compte maintenant comme ce fut dur, retomber dans le bain d’un collège qui ne m’avait pas attendu, recommencer sans douceur, devoir lutter pour reprendre sa place et retrouver foi en son métier.

    Malgré l’ambiance délitée, voire délétère, je me sens enfin en selle, comme refaire surface après avoir retenu sa respiration.

     

    9 mois et quelques escapades.

    Retourner voir l’océan, le traverser…

    Escalader d’autres sommets et s’arrêter, là sur le banc.

    photo 9 mois.PNG

    Reprendre ma respiration et avoir le souffle coupé, du paysage, de la grandeur du monde, de notre petitesse.

    Comment ai-je fait pour te rencontrer, dans cette immensité ?

    Je suis là sans trop savoir pourquoi.

    Les grandes questions sont sans réponses, pourquoi donc les chercher ?

    Je renonce à savoir, je me contente de respirer et de m’emplir de cette vie qui m’est encore donnée.

    Je finis par me lever et quitter ce petit paradis si proche du ciel, je reprends mon chemin, mes pas se succèdent, je reprends ma route sans connaître la destination, c’est une forme de foi, la mienne : une confiance en la Vie.

    Et si on s’approchait de l’Espérance ?9 mois.PNG

     

     

  • arrêt sur images

    Trois photos et des mots,

    issus de mon récent séjour dans les Alpes bavaroises.

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  • vol AF 06

    L’A 380 décolle dans une douceur majestueuse.

    Nous sommes entre le ciel et la terre, en route vers un ailleurs.

    Tu es là.IMG_4769.JPG

    Le soleil éclaire la tête des nuages qui doivent rendre maussades ceux qui sont en-dessous.

    Ici, tout est ouaté.

    Soudain, la côté française.

    L’Atlantique…

    Et après l’Atlantique… !

    Je n’ose pas vraiment y croire. Je suis là, recousue, émue.

    Je vais faire semblant de croire que tout cela est normal.

     

    En l’air, tout est exacerbé.

    On parle de modification du goût. Il faut plus saler, le palais avec l’altitude ne ressent pas les goûts comme sur terre.

    Dans l’air, on est définitivement ailleurs.

    L’alcool me fait planer encore plus haut. Une dose et je m’envole…

    J’ai bien fait d’accrocher ma ceinture !

     

    Je pleure toujours dans les avions.

    Qu’importe le film, comédie romantique ou dramatique, je pleure.

    Avec l’altitude, les échos sont plus forts.

     

    Même quand j’écris, je pleure.

    Penser à la finalité de l’écriture : laisser une trace, faire croire que j’existe.

    Je pleure.

    En apesanteur.

     

    Je crois qu’ils diffusent du gaz dans l’air climatisé.

    Tu es à mes côtés.

    Je t’aime.

     

    Musique.

    J’écoute l’album « Alors Regarde » de Patrick Bruel et je pleure encore.

    L’altitude je vous dis, le produit dans la clim…

    La version studio, la version originale de 1989.

    DSCN4751.JPGQue j’ai écouté à en user la bande, du temps des cassettes et des walkmans.

    Que j’ai écouté jusqu’à en racheter la version CD à la naissance du petit disque argenté.

    Je reviens 25 ans en arrière.

    Dans ma chambre chez mes parents, dans ma chambre d’étudiante, foyer SNCF, chambre 8720.

    Tu te souviens ?

    Je monte le son et je pleure.

    Je ne suis pas forcément triste, je ne suis pas forcément nostalgique, ils diffusent de l’exhausteur de sentiments dans la clim, je vous dis !

     

    «  alors regarde, regarde un peu… tu verras tout ce qu’on peut faire si on est deux... »

    J’étais toute seule avec mon amour.

    A courir chaque matin vers la boite à lettres.

    Dis- moi que cela a existé !

    Fais-moi entendre ta voix !

     

    « Flash-Back »…

    Je monte le son. Je pleure encore.

    Merci à mes voisins de faire semblant de ne rien voir.

    C’était bien…

    MON histoire.

    « Tu vois si on s' raconte tous notre vie,
    C'est qu'on croit que c'est pas la même que celle des autres… »

     

    « J’te l’dis quand même.. »

    C’est pas comme ça que je vais cesser de pleurer. Je me souviens avoir quitté un homme avec qui je  n’étais pas . Dominique. Que j’ai cessé d’aimer avant que commence notre histoire. Un aveu qui mit quasiment fin à notre amitié. Sans aucun regret. Comme chaque décision importante que j’ai pris dans ma vie : une évidence. Facile et nécessaire.

    Allez…

    « Je sais bien que j’t’l’ai trop dit », même si tu n’étais pas là pour l’entendre : je t’aime.

     

    « on s’était dit rendez-vous dans 10 ans »

    Et 25, ça marche ?

    « Qu’est-ce que j’ai fait de ces années ? »

    Qu’est-ce que ces années ont fait de moi ?

    « T’as pas changé, qu’est-ce tu deviens ?

    Tu t’es marié t’as trois gamins »

    Ou moins…

     

    Je regarde la pochette de l’album.bruel alors regarde.jpg

    La tête juvénile de Patrick.

    Imaginant la mienne de l’époque.

    Les billets de concert reprenaient cette pochette. J’en ai fait. Deux dans la région et un au Zénith, à Paname.

    Papa m’accompagnait, j’étais trop jeune pour y aller. Qui va seul(e) au concert ? Merci à lui pour ces moments où je n’avais d’yeux que pour un autre. Merci pour ces moments où je me souviens m’être sentie vivante.

    Je ferme les yeux et tout me revient, tout se mélange, par bouffées, à couper le souffle.

     

    On approche de JFK.

    La tour doit nous avoir mis en attente, on tourne, on tourne, on tourne… Il y a des turbulences.

    J’écoute Patrick à fond les écouteurs, je ne pleure plus, je gigote sur mon siège.

    Avec un petit sourire aux lèvres : si on tombe ( à cours de kérosène ?) je mourrais en écoutant cet album sans savoir, au dernier moment, si je suis en 2016 ou dans les années 90.

    Nos années.

    Mes années.

  • 8/12

    25 août – 25 avril

    8 mois

    Je ne porte pas de montre.

    Depuis des lustres.

    Ça me manque seulement lorsqu’il faut prendre le train, le ferry, lorsqu’il y a un départ fixe et définitif.

    Il y a des repères partout dans mon quotidien : une sonnerie qui retentit toutes les heures au collège, une cloche qui sonne tous les quarts d’heure dans mon quartier, les lycéens qui passent dans la rue, les employés qui rentrent chez eux.

     A quoi sert une montre ? Les minutes et les secondes diffèrent de l’une à l’autre nous laissant cependant dans un même mouvement, côte à côte.

     

    fraises.PNGJe suis assise à la table de ma cuisine, je regarde vers la fenêtre, vers le soleil qui se lève, il doit bientôt être 7 heures.

    J’ai mis quelques pieds de fraisiers en jardinière pour goûter plus tôt à l’été, bien à la lumière mais protégés des dernier frimas du printemps mosellan.

    Je les observe doucement pousser, les petites fleurs blanches se forment fièrement. Chaque jour est une découverte.

    Je vais encore devoir patienter pour les voir rougir.

     

    Nous courons beaucoup trop.

    Nous avons perdu le sens du temps.

     

    Dans le parc, les marronniers se parent de leur habit vert, les cerisiers du Japon exultent en rose.

    La nature nous ramène au réel, au rythme parfois oublié de la vie.

    Lent mais immuable.

     

    Bien sûr il y a eu Charlie, le Bataclan, Bruxelles…

    Bien sûr il y a eu une laparotomie, deux…

     

    ny dedicate.PNGA New-York, à côté du mémorial 9/11, une fresque a été mise au mur en mémoire plus particulièrement des pompiers. Un homme s’attelait à la faire briller. Un bénévole, un SDF, peut-être un parent d’une victime. Avec sa petite bouteille de produit et son chiffon, sa façon à lui d’entretenir la mémoire. Il frottait, et il hurlait « never forget », il frottait, et il hurlait « remember Nive Eleven ».

    La tristesse s’empara de moi.

    Il fallait bien l’avouer : même à cet endroit, à l’ombre effacée des tours effondrées, même à proximité immédiate de tous les mémoriaux, on oublie.

    On vient en visite comme on va au musée ou à Disneyland.

    On a oublié.

     

    J’ai vécu la chute du mur de Berlin, j’ai grandi avec des histoires de Rocky contre les méchants soviétiques. Les enfants d’aujourd’hui n’en savent rien. Faute de mémoire et de culture, les cours d’histoire sont de la science-fiction. Et ceux qui lèvent les bras au ciel, ceux qui tentent d’avertir, sont qualifiés de vieux cons.

     

    Mon con à moi a pris de l’âge, mais il se souvient de toi.

    Mon corps à moi a pris de l’âge, mais il se souvient.

    Combien de temps encore pour que cela devienne du passé ?

    Combien de temps encore pour douter que cela s’est passé ?

     

    La cicatrice s’estompe, mais elle est là.

    Les traces sont là, pour qui sait les regarder.

    C’est nous qui avons vécu.

    C’est moi qui ai survécu.

     

    8 mois.PNG

  • croquer encore

    img280.jpg
    Il est là, il est tout neuf :

    Le passeport, troisième du nom

    A mon nom

    Encore vierge

    Comme un avenir à écrire

    A coups de tampons !

     

     

     

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