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jeanneovertheworld - Page 3

  • Méandres

    Lorsque vient l’automne, tout ce que la planète compte de géographes se retrouve à Saint-Dié-des-Vosges pour le festival international de Géographie, le FIG pour les intimes.

    Enfant du Grand Est, j’y suis souvent allée ces trente-trois dernières années.

    J’ai aimé cette année me replonger dans cette ambiance festive et scientifique, comme lorsque j’étais étudiante. De nombreuses conférences sont données, des cours, des tables rondes. D’un niveau revigorant, je redécouvre l’usage du mot paucité, je m’interroge sur le sens d’un autre. J’aime reprendre mes études, j’aime m’élever.

    Au Fig il y a aussi à boire et à manger, pour le corps comme l’esprit.

    Il y a un salon du livre magnifiquement dangereux.

    Magnifique car les références ont énormes, uniquement consacrées à la géographie, un peu d’histoire admettons, un peu de sociologie, bref, la vie.

    Dangereux car il faut garder les mains dans le dos pour ne pas tout acheter.

    On voit des livres merveilleux et intelligents dont on ne connaissait même pas l’existence, on se dit que l’édition n’est pas si mal en point. On se demande comment les auteurs font pour vivre avec une si faible visibilité.

    Quand soudain je l’ai vue, la carte œuvre d’art.mississipi 2.jpg

    Elle accroche médiatement mon œil.

    Je me suis dit quel génie ! Prendre de vieilles cartes et peindre par-dessus, customiser l’ancien pour lui redonner vie.

    Je trouve cela trop beau, je la veux !

    Je m’approche et je comprends, non sans émotion.

    Cette beauté n’est l’œuvre d’aucun artiste.

    Cette beauté est l’œuvre de la nature !

    Il s’agit d’une carte géologique du cours inférieur du Mississippi avec tous les états du fleuve depuis le début du pléistocène. Il y a 2,5 millions d’années.

    Là, sous nos yeux, nous avons un résumé de ce qu’est la vie, celle du fleuve et la nôtre aussi.

    Nous sommes une successions de couches, notre vécu nous compose, il ne faut pas oublier les anciens méandres, ils nous ont conduit où nous sommes aujourd’hui.

    J’ai accroché ce tableau dans mon salon, je le regarde en répétant ma phrase fétiche «  c’est moi qui ai vécu ».

  • je pense à toi

    Je pense à toi tout le temps.

    C'est ce que je ressens, une impression un rien coupable et réconfortante à la fois,

    je sais que tu es là quelque part, que tu existes, que tu vis.

     

    Je pense à toi tout le temps.

    N'est-ce qu'une impression ou plutôt quelque chose d'imprimé en moi ?

    Cela n'a rien de nouveau, c'est ainsi depuis la chambre noire, depuis la première lettre peut-être.

     

    Je pense à toi tout le temps.

    Et je fais la paix avec moi, et je fais la paix avec toi, il n'y avait qu'une guerre intestine, inutile, je t'ai peut-être volé et tu m'as prise, formée et déformée, tu es un composant de moi, une pièce fondatrice. Bien plus que les centimètres qui me pénétrèrent et s'évaporèrent, tu es et restes au plus profond de moi. Tu me constitues, il n'y a pas à culpabiliser, rien à renier, rien à refaire, rien à délier, tout à re-taire.

    Il n'est pas question d'amour, il n'est pas question de haine, tu es juste une composante du sang qui coule dans mes veines.

     

    Je ne pense pas plus à toi qu'avant.

    J'ai juste peur de t'oublier. Les fondations, ça s'enfouit dans le sol, on les perd vue.

    Je ne t'oublie pas mais les sensations s'estompent. La première brûlure, ta chevelure en bas, tes doigts à l'humide, cela reste. J'ai perdu ton goût, ton odeur, ta présence physique en moi.

    Je promène avec moi ce vécu invisible, je cherche la trace pour être certaine de ne pas avoir rêvé, je me rassure en me disant que seuls les vécus les plus exceptionnels ne peuvent être imaginés. Les traces de toi sont bien rangées dans ma mémoire, je sais qu'il leur suffira d'un rien pour se réveiller, souffler un peu la poussière, pousser la porte.

     

    J'aime savoir que tu es là.

    J'existe, tu existes, nous avons existé.

    J'ai peur.

    Comment peut-on autant se connaître en étant autant étranger l'un à l'autre ?

    Je veux...

    Je n'imagine pas...

     

    Je pense encore à toi.

    Et je sais pourtant que ce n'est pas toi.

    Je sais aussi que cela restera indissociable de toi.

    J'ai construit du réel dans les espaces, je t'ai imaginé dans les interstices, il y a ton corps quelque part et mon esprit fait le reste. Tu ne t'appartiens pas vraiment, celui qui m'accompagne est à moi, il est même de moi, fait de mes espoirs, à mes couleurs, partage mes fragrances de verveine. Il est un peu rebelle - les filles sages aiment les voyous - en chemise bois de rose... Il ne peut me décevoir, il est toujours à mes côtés, personne ne peut rivaliser. Il porte ton nom mais je sais que ce n'est pas toi, mon Pierre imaginaire. Rien de ce que tu pourrais dire ou faire ne saurait écorner son image, mon mirage mourra avec moi.

     

    Je pense encore à toi.

    Tu ne devrais pas le lire.

    Ne pas te méprendre en me pensant éprise ou prisonnière.

    Tu voulais une relation hors du monde, je suis la seule aujourd'hui à continuer à m'y refugier.

     

    IMG_20220915_1751144.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • En musique

    Encore un jour
    Encore une nuit
    Une vie sans lui
    Encore un été qui va venir
    Pour rien
    Sans lui
    Les blés vont grandir
    Sans lui
    Pour rien
    Les blés vont mûrir
    Et elle va déjà un peu vieillir
    Pour rien
    Sans lui

    https://www.youtube.com/watch?v=pd79cFfAHXg

     

    Encore un brevet de passé

    Heures de surveillance, somnolence adolescence en partance.

    Une année sans toi…

     

    Fortes chaleurs ces derniers jours, portes ouvertes pour faire cours.

    J’entends les enfants chanter, salle de musique au fond du couloir.

    Kyo dernière danse.

    https://www.youtube.com/watch?v=aU_TQcyGkvY&t=6s

    Je l'ai connue trop tôt mais c'est pas de ma faute
    La flèche a traversé ma peau
    C'est une douleur qui se garde
    Qui fait plus de bien que de mal
    Mais je connais l'histoire, il est déjà trop tard
    Dans son regard, on peut apercevoir qu'elle se prépare
    Au long voyage

    Je veux juste une dernière danse
    Avant l'ombre et l'indifférence
    Un vertige puis le silence
    Je veux juste une dernière danse

    Je peux mourir demain, ça ne change rien
    J'ai reçu de ses mains
    Le bonheur ancré dans mon âme
    C'est même trop pour un seul homme
    Et je l'ai vu partir, sans rien dire
    Il fallait seulement qu'elle respire
    Merci, d'avoir enchanté ma vie

    Avant l'ombre et l'indifférence
    Un vertige puis le silence
    Je veux juste une dernière danse

     

    Je chante pour ne pas déchanter

    Je chante pour enchanter mon quotidien

    La musique adoucit les mots

     

     

    J'ai cueilli ce brin de bruyère
    L'automne est morte souviens t'en
    Nous ne nous verrons plus sur terre
    Odeur du temps brin de bruyère
    Et souviens toi que je t'attends

    https://www.youtube.com/watch?v=qhJGkVJCUO0

     

    Et souviens toi que je t'attends...

  • les pas de mon père

    Il y a la mémoire, celle des dates, celle des événements vécus.

    Les autres mémoires me fascinent.

    La mémoire olfactive : une odeur et je retourne en enfance sur la balançoire du jardin de mémé, attendant que les grumbeerkiechle cuisent, un parfum et me revient la douceur musquée de ta peau.

    La mémoire auditive : une musique et l’on retourne en enfance, une voix et je tremble... ta voix et mes yeux s’inondent.

     

    Je me souviens…

    Les étés sont chauds à la Grande Motte.

    En un quart d’heure on rejoint la mer en empruntant une coulée verte.

    J’ai huit ans.

    J’ai quinze ans.

    Le rituel est le même, la petite tribu familiale rejoint la plage à l’ombre des pins parasols, le long des lauriers en fleurs.

    Mon père ouvre la marche.

     

    Je me souviens…

    La musique de ses pas est ma madeleine de Proust.

    Toute l’année au travail, en vacances il portait des tongs.

    Des tongs bon marché, en plastique, avec une semelle de mousse.

    Des tongs qui claquent sur sa voûte plantaire à chaque enjambée, un bruit sec, net, une musique régulière.

     

    Quand vient l’été et que je sors mes tongs, je pense à mon père.

    tongs.jpg

    Bonne fête papa...

     

  • piquant

    Offre moi une rose, mon Amour...

    J’aime t’appeler comme ça : mon amour

    Alors que nos amours sont interdites

    Et que jamais tu ne seras mien.

     

    La rose coupée est comme moi, déjà morte.

    La rose coupée va faner, comme moi, qu’importe.

    On peut encore s’enivrer de son parfum,

    Carpe diem, il n’y a pas de lendemain.

     

    IMG_3302.JPGOffre moi une rose à épines,

    Je veux qu’elle laisse des traces,

    Je ne veux pas sortir indemne.

    Offre moi une rose qui me pique,

    Pour me sortir de mes rêves

    Et me répéter à l’infini : «  tu es en vie ».

     

    Offre moi une rose à épines,

    Les éraflures sont mon vécu,

    Ma fleur porte ta marque.

    Absence, silence, souffrance,

    Je veux hurler ce qu’on n’a jamais su.

    Sur ma peau, viens tout avouer.

     

    Croquons la pomme,

    Mon amour défendu

    Qu’importe les piquants,

    Ils sont des diamants.

    La douleur nous rappelle

    DSC_323408082022.jpg

    Que tout est réel.

     

    Je veux ressentir,

    Je veux crier,

    Je veux me déchirer,

    Je veux exister.

     

    Croquons la pomme,

    Mon amour défendu

    Offre moi une rose,

    Sans peur de saigner encore,

    Laissons s’aimer nos corps,

    Demain nous serons morts.

     

     

     

    Mes mots illustrent les créations de l'artiste Aline Part,

    entrez dans son univers Aline Part

     

     

     

  • Une heure avec toi

    Le mardi, je nage.

    Je nage, je nage…

     

    Je n’aime pas me déshabiller dans les vestiaires surchauffés.

    Je n’aime pas remettre mes habits sur mon corps mal essuyé.

    Tout cela m’est pénible : avoir les cheveux qui dégoulinent, passer sous ce séchoir au bruit atroce.

     

    Mais ce que j’aime, c’est nager.

    Comme un retour aux sources, une plongée dans le liquide amniotique.

    Signe d’eau, le scorpion nage et ne se noie pas.

     

    Je me souviens de mes heures d’apprentissage, à la piscine de Saint-Avold, des cours particuliers le soir, sous les yeux protecteurs de mon père. Je devais avoir six ans et c’est un des souvenirs les plus précis de ma vie. pisc.jpgJ’apprenais les gestes, je mimais hors de l’eau à plat ventre sur le carrelage et puis je reproduisais dans l’eau, avec la perche du maître-nageur en secours si besoin. J’avais une ceinture pour flotter et, de séance en séance, il enlevait un flotteur. Jusqu’au jour où il m’a accroché une ceinture vide… Le jour où j’ai nagé sans aucune aide.

    C’était comme se jeter dans le vide, je me suis jetée à l’eau au sens premier et j’ai nagé.

    Je ne me suis plus arrêtée depuis.

     

    J’ai pris option natation en sport au baccalauréat et j’ai pu avoir une note inespérée, moi que ne suis pas sportive. Je me souviens de mes soirées mouillées, toujours à la piscine de Saint-Avold, lors de mon année de terminale . J’allais m’entraîner en plus des séances scolaires.

     

    Tous ces souvenirs de piscine sont nocturnes. Je suppose que mes entraînements étaient en hiver, quand il fait nuit tôt. La piscine était éclairée depuis les bassins, sous l’eau, créant une ambiance feutrée, créant une bulle de bien être.

     

    J’ai nagé dans tous les océans, nagé dans toutes les mers où je me suis trouvée.

    Je garde en mémoire la chaleur des eaux Caraïbes, les rouleaux du Pacifique.

    Cette expérience incroyable de baignades dans la mer Morte où le corps flotte tellement qu’on ne peut nager, vraiment pas, juste flotter sur le dos.IMG_1848.JPG

    mer morte.png

     

     

     

     

     

    Se baigner par -1 degré et avoir trop chaud , au lac Myvatn, en Islande.

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    Cette baignade inoubliable au Costa Rica :

    Robinsonnade - jeanneovertheworld (hautetfort.com)

     

     

    Et très récemment une baignade dans la Caldeira Vehla aux Açores, une gorge luxuriante, à l’ambiance crétacée avec ses immenses fougères arborescentes et sa rivière d’eau chaude, proximité avec le volcan oblige. Quel paradis.

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    Se plonger et tout oublier, sauf de vivre.

    Profiter.

     

     

    Aujourd’hui je nage le jour, je nage toujours.

    Avec la brasse coulée, j’ai la tête sous l’eau la plupart du temps, donc les oreilles bouchées. Je me retrouve dans mon monde, un monde de silence et de clapotis. Les gestes sont fluides, l’eau me porte et me transporte. Je suis là mais j’oublie le reste, j’oublie le monde et sa noirceur, il n’y a plus que du bleu. Je me concentre sur ma respiration, j’entends parfois mon cœur battre, il n’y a que l’écho de mon corps qui glisse.

    Je pourrais le faire sans fin, glisser sur l’eau en expirant des bulles, inspirer et recommencer le mouvement.

    Je le fais en général une heure.

    Je me détends et je repasse en revue la semaine, dans ma tête je prépare des phrases que je ne prononcerai jamais, je règle des problèmes, j’oublie ce que j’étais en train de penser, je ne pense plus à rien.

    C’est alors que je viens vers toi.

    Là où personne ne viendra nous chercher, là où personne ne peut nous voir.

    Je nage avec toi, je parle avec toi, je suis avec toi.

    Arrivée au bout de la ligne je me tourne doucement pour amorcer le demi-tour comme je me tortillerais dans les draps à l’approche de ton corps. Je me retourne et je prends appui sur le mur pour pousser et repartir, je m’éloigne, je fuis, non, tu es encore là, tu t’accroches à mon âme. Je hurle ton prénom dans l’eau et personne ne m’entend.

     

    J’aime ces retrouvailles régulières. Je ne devrais pas.

    Et pourquoi pas ?

    Je te garde auprès de moi.

    J’ai trop peur de t’oublier, toi qui n’existe pas.

     

    Demain, je vais nager. Tu viens ?

     

    .

     

     

  • traces de moi

    Moi, ce que j’aime, ce sont les traces.

    Ces témoins immobiles et muets qui nous disent :

    il y a eu de la Vie ici.

    J’aime chercher ce qui ne saute pas aux yeux,

    j’aime voir ce que personne ne regarde.

    traces roues.jpg

    Pas du tout historienne, je serais plus archéologue,

    à la recherche des signes d’un passé oublié,

    ramener des êtres à la vie en combattant l’oubli.

    J’aime les bâtiments enfouis dont ne subsistent que les fondations,

    je ferme les yeux et j’imagine les volumes,

    j’aime voir, à l’entrée d’un château fort ,

    le grès creusé par les roues des charriots,

    un regard et j’entends le son des sabots.

    J’aime les coups de pioches sur la roche,

    ils signent le travail des sculpteurs lorsque s’est évaporée la sueur

    j’aime les marches d’escaliers érodées.

    J’aime les lieux abandonnés,

    les villes fantômes.

     

    J’aime bien aussi toutes les traces que l'on peut lire dans la nature qui ne sont pas humaines.

    oxbow.jpg

    Les stries laissées par les glaciers sur les rochers de Central Park,

    les oxbows dans les champs qui laissent deviner l’ancien cours de la rivière, à la faveur d’inondations,

    les bourrelets morainiques,

    tout ce qui a disparu mais se lit tellement dans les paysages.

     

    Enfin, j’aime les traces sur mon corps.

    Les cicatrices avant tout qui sont mon histoire,

    elles racontent mon parcours,bras.png

    le dégradé de leurs couleurs laisse deviner la chronologie.

    J’aime mes cheveux blancs et mes rides

    j’adore dire que je suis vieille

    car cela signifie que je suis encore en vie

    tant pis si je n’ai « que » cinquante ans.

     

    Je sais par contre que je ne laisserai pas beaucoup de traces.

    Exceptée mon emprunte carbone, mes déchets non recyclables,

    mes milliers de litres de pisse et de merde,

    puis enfin mon corps, en cendres.

    Sans enfant, je ne m’accroche pas eu leurre de la transmission.

    Je vais disparaître, c’est tout.

    J’aurais aimé publier un beau roman, abouti,

    pour fixer mon histoire, immodestement.

    Une trace de qui je suis vraiment.

    Je me contenterai plus sûrement des traces que je laisserai dans la vie des gens,

    ces souvenirs de moi qui constituent mon puzzle :

    une petite fille sage, une élève timide et discrète,

    une grande sœur, un professeur bienveillant,

    une pipe d’anthologie, une maîtresse inventive,

    une fontaine imprévue, une amie à l’écoute,

    une belle-fille dévouée, une malade philosophe,

    une nageuse régulière, une actrice enthousiaste,

    des sculptures amusantes, des poèmes érotico-intellos,

    une cliente chiante, le femme de,

    la voisine aux mains vertes…

     

    Je dois me contenter de cela : l’infime trace laissée dans la vie de ceux qui m’ont croisée.

    Ces traces infimes définissent notre humanité.

    Elles disparaissent avec ceux qui les portent et je ne serai plus qu’un nom dans un registre.

    Faut-il chercher à laisser une trace plus importante, une œuvre ?

    Pensée orgueilleuse ou naïf espoir : changer le monde.

    Rien n’est éternel.

    Tout est périssable.

    On finit tout de même par passer de mode, tomber dans l’oubli.

    Ou pire : être critiqué, enterré au nom d’une morale différente, de mentalités qui ont évolué.

     

    Notre ambition doit se limiter au présent.

    Il y a comme une urgence à vivre.

     

  • Suitcase ( sweet case )

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    Dans ma valise il y a

    un pantalon de randonnée,

    pour faire le tour des cratères inondés,

    aux eaux bleues et vertes,

    pour parcourir les chemins jusqu’aux miradouros et chopper le vertige,

    pas celui des hauteurs

    mais celui d’une sorte de bonheur,

    de ces bouffées de Vie qui rendent ivre.

     

    Dans ma valise il y a

    un maillot de bain noir et blanc

    pour affronter le ressac de l’océan

    et me plonger dans les bains chauffés par les respirations de la Terre

    comme dans le ventre d’une mère,

    retrouver la chaleur des entrailles dans des odeurs de soufre.

    suitcase 2.JPG

    Dans ma valise il y a

    ma brosse à dents et puis une autre,

    ce petit détail qui dans les films fait comprendre que la fille ne voyage pas seule,

    qu’elle partage son intimité.

     

    Et puis dans ma valise il y a

    tout ce que l’on ne voit pas,

    tout ce qui m’a parfois empêché d’avancer,

    tout ce que je trimballe depuis toutes ces années,

    ce que je n’ai pas jeté,

    ce que je n’ai pas digéré.

    Dans mon surplus de bagage il y a toi tout entier.

    Mes souvenirs, mes désirs, ma réalité,

    tout ce que j’ai vécu, dans le noir et le silence.

    Du haut du Miradouro do Inferno

    j’aimerais bien te jeter, pour me sentir plus légère.

    Mais je sais que je me sentirais vide.

    Peut-être que mon cœur tomberait aussi.

    Alors, je te ramènerai, discrètement.

    C’est comme cela.

    Certains traînent des casseroles,

    moi, je trimballe un homme.

    suitcase 3.JPG

     

  • ma petite Vie

    2022 frappe à notre porte.
    Même si je sais que nous ne sommes pas vraiment au XXIème siècle, le calendrier n’est qu’une convention, même si le temps s’écoule, inexorablement.

    2022-fond-dessin-au-trait_360537-2222.jpg

    Je ne m’attache aux dates que pour avoir des prétextes, des excuses.
    Les fêtes permettent de se retrouver, de partager, même si on ne devrait pas attendre une date pour cela, même si on ne devrait pas se limiter à une seule journée de joie imposée.
    Mais voilà : 2022 frappe à notre porte et ouvre la voie vers mon jubilé.
    Un demi-siècle, la moitié d’une vie et bien plus encore pour moi, une échéance improbable encore il y a peu mais que finalement j’entrevois, de loin…

    Ce post de fin d’année est prétexte à bilan.
    Lorsqu’on me demande comment je vais, je réponds «  je suis là ».
    Ce constat suffit à m’emplir de joie.
    Là, sur mon canapé, quand je fais le tour de ma vie d’aujourd’hui, je peux dire que je suis en paix.
    Je veux dire que je peux mourir.
    Je ne veux pas, mais…
    Comme un sentiment d’accomplissement.

    J’ai fait déjà tellement de choses dans ma vie, connu bien des félicitées, le négatif je l’oublie.
    Je ne regrette rien, ce qui manque à ma vie ne dépend pas de moi, ce que je n’ai pas vécu fait de moi celle que je suis aujourd’hui, cela ne constitue pas une souffrance, juste ma différence.

    Alors c’est une petite vie, avec peu de paillettes, juste mon rire et mon sourire pour pétiller.
    Une vie raisonnée et raisonnable : la petite famille, le petit appart, la petite voiture.
    De quoi voir venir le lendemain avec sérénité.
    Oui, ma vie ronronne et j’en profite.
    Je vis au ralenti, les yeux grand ouverts, boulimique de riens, je suis rassasiée de mon quotidien.
    Je travaille, un peu, suffisamment pour en vivre mais assez peu pour pouvoir vivre en dehors du travail, ma vie n’est pas mon emploi.
    Je cuisine, je jardine, je nage, je sculpte, je vais au cinéma et au spectacle, jusque à côté de chez moi. Je suis présente pour ma famille, mes grands-mères me racontent chaque semaine les mêmes histoires que je feins de découvrir, je savoure leurs mots comme des comptines d’enfant, ces routines d’antant.

    paris 2.jpgMon monde s’agrandit parfois, d’escapades en voyages, ensemençant mon monde intérieur. Je marche sur des plages de magazines, savoure des fruits exotiques sans bilan carbone et fréquente des grandes surfaces où le nom des produits n’est pas en français, pour vivre comme les habitants.

    Et donc, pour cette année qui vient ?
    Je n’ai que l’ambition de la vivre, je ne trace pas mon chemin à l’avance mais j’avance sur des possibles en laissant les autres dans ma poche pour une prochaine occasion.

    Je suis pleine d’envies, je me nourris de ton désir.
    Je marche vers demain sans peur.

    Et si l’on se retrouve…
    Que me restera-t-il à espérer ?

     

    paris 1.jpg

     

     

  • Atlas

    J’avais sa tête entre mes seins,

    Comme Atlas porte le poids du monde.

    Je tenais tout un continent dans ma chaleur.

    Je caressais doucement sa tête, nue,

    Comme au premier jour sous le sisal bleu.

    Il enfonçait son nez dans mes chairs, à en perdre haleine.

    Il plongeait dans ma peau comme un poisson hors de l’eau,

    bouche ouverte, quémandant mon oxygène.

    Désarmé entre deux obus, il me laissait accéder à son moi, à l'enfant qu'il avait été.

    Sa joue se faisait douce à mon épiderme,

    Le musc se mélangeait à la verveine,

    Nos univers se confondaient dans l’ivresse des sens.

    Entre mes seins ce n’était plus l’homme, trop grand, trop vieux,

    Il redevenait ce nourrisson arraché à la mort qui renaît dans un émoi.

    Dans mes bras je voyais l’enfant assoiffé de mère,

    Le petit, mû pas ses instincts de sussions, qui cherche le téton nourricier.

    Tel le peau-à-peau des nouveaux nés, ce contact nous ramenait aux origines,

    J’entrevoyais l’essence de son être, là, sur ma poitrine,

    Qu’importe qu’elle fut trop laiteuse, elle lui offrait un accueil de miel,

    Moi, la femme vide et incomplète, je consolais l’enfant déraciné.

    Les battements de mon cœur faisaient taire ses peurs,

    Il s’enivrait de moi comme irradié de Vie

    et narguait une fois encore la mort au rythme des balafons.

     

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    J’avais sa tête entre mes seins,

    Je tenais son monde entre mes mains.

    Comme un résumé d’humanité

    Quelques secondes d’éternité.

     

    Plus tard je découvris que son étreinte avait marqué ma peau.

     

    La trace a disparu,

    En surface seulement.