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jeanneovertheworld - Page 4

  • je voeux...

    Longtemps je suis partie à Noël.

    Certains pourront penser que je fuis.

    Quand on n’a pas d’enfant, Noël est une fête qui perd de son intérêt. Ce n’est qu’un constat, sans aigreur aucune.

    Cette année, la soif d’ailleurs ne l’a pas emporté : je suis restée.

    Et j’en profite pour voir le maximum de personnes, de l’ami qui habite au bout du monde, de passage dans la région, à l’amie du bout de la rue, celle de mon ancien village.

    Je vais saluer ma famille, proche et élargie.

    Chaque jour signe d’autres retrouvailles.

    C’est simple, c’est bien.

    Aucun cadeau n’aura plus de valeur que celle du moment partagé.



    Pour confirmer le rendez-vous, j’ai envoyé un SMS à Odji.

    Mon téléphone m’a rappelé que mon dernier short-message vers lui datait du 22 octobre 2015.tempus.jpg

    Soudain je me rends compte que ce jour, si proche, s’est éloigné.

    Dans un coin de ma tête je pense que c’était il y a deux mois.

    Mais ça fait un an et deux mois !

    Je me demande où est passée cette année.

    Qu’ai-je fais de ces douze mois ?

    Je voyais les mois s’égrainer en vous faisant les chroniques post-opératoires, un an durant. Je voyais mon corps changer, la trace faire corps avec moi, mais je n’ai pas vu le temps passer.

    Bien qu’ayant repris le cours de ma vie, je ne le suivais pas, je me laissais porter par le courant. Je gardais la tête hors de l’eau mais j’ai mis longtemps à me relever, sur la terre ferme.

    Puis se dessina une nouvelle rentrée scolaire, la reprise. J’avais repris le dessus. Emportée par le challenge, j’ai beaucoup travaillé, j’aime cela, préparer, faire du neuf.

    Et voilà que 2016 se meurt…

    Mais pas moi !

    Les réseaux sociaux larmoient, trop de disparitions pour cette fin d’année. Quelques milliers d’enfants morts de faim feront toujours moins de bruit que quelques célébrités qui s’en vont. Je ne parle même pas des migrants ou d’Alep dont on entend parler, même mal. J’évoque la mémoire des milliers dont on ne parle pas, au Malawi, en Ethiopie…

    Je suis toujours là.

    Je ne pourrais pas rattraper ce temps que je n’ai pas vu passer, mais s’il me reste assez de force pour continuer, avec un peu de chance, lui ne me rattrapera pas.

    Pas tout de suite.

    Je suis là.times.jpg

    Je ne sais pas s’il est bon que je m’y habitue.

    Petite j’imaginais avec peine passer l’an 2000, le mythique.

    Et voilà que 2017 se profile.

    Alors je ne vais pas faire trop de bruit, je vais faire comme si je n’avais pas fini par réaliser que 2016 s’enfuit.

    La coutume nous pousse à formuler des vœux comme on écrit au Père Noël.

    A chaque rentrée de janvier, je tiens le même discours aux élèves, il faut leur dire la vérité : se souhaiter une bonne année (scolaire ou autre), ça ne sert à rien, il faut faire en sorte qu’elle le soit.

    Il ne suffit pas de faire un vœu et de rester sur sa chaise.

    Debout, peuples du monde !

    Cependant je vais me plier à la coutume car la banalité des mots ne tue pas la sincérité, la pudeur s’habille de formules éculées.



    JE NOUS SOUHAITE 2017 !

  • le jour d'avant

    Au rendez-vous d’anesthésie, j’ai eu droit à toutes les consignes que je connais par cœur : se laver, être en jeun…

    J’ai eu droit à toutes les questions : antécédents, dents qui bougent, prise de médicaments…

    Au dernier moment, j’ai eu droit à tous les avertissements : ne prendre aucune décision importante dans la journée qui suit, ne signer aucun engagement de crédit. Ce jour là, la jeune praticienne slave est d’humeur rieuse, elle a du prendre mon côté blasé pour de la décontraction et rajoute «  ne décidez pas de divorcer lundi »… Comique…


    Je ne dois prendre aucune décision car j’aurais le cerveau en vrac, sans même m’en rendre compte.

    Je ne dois prendre aucune décision car, revenue à moi, je ne serai pas encore moi.


    Le cerveau en vrac, je l’ai déjà maintenant, sans anesthésiant, c’est sans doute pour cela que cela fait mal.

    J'aurais du vous écrire bien avant, à présent je n’ose plus envoyer de mail.


    Je n’ai pas réellement peur de l’examen en lui-même, qui devrait être court, même si l’anesthésiste trouvait que cela fait beaucoup d’anesthésies générales pour une seule personne…

    - Est-ce qu’au bout d’un moment, le corps oublie de se réveiller ? -

    L’anesthésie générale est un miracle de la science moderne.

    On se prépare au pire, souvent on le vit mais sans s’en rendre compte, sans en garder souvenir.

    On se réveille et on est après.anesthé.jpg

    Il manque des morceaux, censurés.

    Il me manque parfois des morceaux, prélevés, analysés, carbonisés.

    On se réveille et rien n’est pareil, on a une cicatrice de plus, au corps ou à l’âme.

    On ne se réveille jamais sans séquelle, imperceptiblement on profite de notre inconscience pour tuer notre innocence, notre confiance en demain.


    J’ai peur de la suite.

    Je suis fatiguée d’une suite qui recommence sans cesse, comme on trébuche, qui nous fait revenir en arrière, en convalescence, et arrête notre course par un nouvel examen, par une nouvelle sentence.


    Cette sentence je ne veux pas l’entendre.

    Je supporte sans qu’on me laisse assez d’élan pour traverser définitivement cette épreuve.

    A quoi sert de survivre si on n’a plus le temps de vivre ?


    Depuis la dernière anesthésie pourtant j’ai aimé.

    Depuis la dernière anesthésie, j’ai voyagé.

    Depuis la dernière anesthésie j’ai repris goût en mon métier.

    Depuis la dernière anesthésie, j’ai repris la natation, j’ai repris le théâtre, j’ai repris la poterie…

    Par cette nouvelle anesthésie, me laisserai-je reprendre ma vie, moi qui n’ambitionne que de la continuer ?


    Que ceux qui me plaignent en lissant ces mots se détrompent : ma vie est bien plus facile que la vôtre. Parce que je n’ai pas de choix à faire, ou très peu.


    Je vais aller faire cet examen, demain.

    Je ne veux plus être coincée de l’autre côté.

    Incapable de faire des projets, incapable d’avancer.


    J’ai rempli tous mes bulletins scolaires, j’ai préparé TOUS les cours de ces nouveaux programmes, mis à jour quelques textes, je suis prête.

    Il me reste à vous dire que je vous aime.

    Il me reste à te dire que je t’aime.
    PICT1174.JPG


    A après.

  • chambre 304

    Tu es partout dans cette chambre.

    Je te vois passer la porte, ta silhoutette se détache en contre-jour,

    tu rentres un peu la tête dans tes épaules, toujours,

    mais cela ne suffit pas pour te cacher au monde.

     

    Par le déclic de la serrure qui se ferme s’ouvre notre monde,

    hors du temps,

    hors du commun.

    Les autres sont exclus,

    il ne reste que nos âmes nues.

    Et nos corps, presque inconnus.

     

    Tu es partout dans cette chambre.

    Je te vois glisser sans un mot vers la salle de bains.

    Des rayons de lumière, rayons de promesses, passent sous la porte.

    Je ne tiens plus, je tournoie, je virevolte.

    Entre mes seins, de l’essence de verveine, ma madeleine, révélatrice de sens.

     

    Tu es partout dans cette chambre.

    Entre mes cuisses s’affolent les rêves.

    Si je ferme les yeux, pourrais-je te cacher mon bonheur de te sentir là ?

    Je sens encore la douceur de tes cheveux à mes secrets, comme la première fois,

    je sens encore l’irradiante rugueur de ton menton à mon bouton, comme la dernière fois.

     

    Je frétille dans le coton peigné

    je me dandine, je me tortille,

    il est si bon de s’abandonner

    je me trémousse, je manque d’air

    sur cette couche j’en appelle à ta bouche

    qu’elle me redonne vie, calme mes envies.

     

    Tu es partout dans cette chambre.

    Pour une fois, pas de musique,

    le silence qui nous accompagne taira nos ébats.

    On n’entend que les mumures de la ville.

    On n’écoute que la symphonie baroque

    des corps qui s’entrechoquent,

    polyphonie des fluides qui se mélangent :

    ta queue, l’aqueux, la fente, la fange.

    Tu renifles, comme un tic,

    je soupire, béatique.

    Sous tes doigts enfin le verbe être prend sens,

    le présent est un cadeau que nous conjugons.

     

    Tu es partout dans cette chambre,

    la nuit est douce dans cette torpeur,

    le noir est si lumineux quand tu es là,

    je ne dors pas, je flotte, et s’éloigne le matelas.

     

    Morphée m’emporte

    J’entends la porte…

     

     

     

    Tu es partout dans cette chambre, où tu n’as jamais été.

    Je me retourne une dernière fois...

    et je t’emporte avec moi.

     

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    .

  • Avec sursis

    Je rentre d’un rendez-vous à l’hôpital, service anesthésie.

    Je rentre d’un week-end à Heidelberg, Germanie.

    Je rentre d’un séjour à Riga, Lettonie.

     

    J’avance, je fuis, je vadrouille,

    Je m’égare, je me retrouve, j’ai la trouille,

    Je parcours la terre,

    Je me localise toujours quelque part,

    Je me localise souvent ailleurs,

    Je me localise sur la Terre :

    Je suis loca-terre.

     

    J’ai un rendez-vous, médecine ambulatoire

    Hospitalisation de jour

    Hospitalisation d’un jour

    Hospitalisation toujours ?

    Explorer, prélever, analyser,

    Qui cherche trouve,

    Et si je ferme les yeux,

    Est-ce que cela ira mieux ?

    C’est moi que l’on endort

    Est-ce que cela réveille la maladie ?

    On m’enlève des bouts,

    Sans jamais en remettre,

    Je suis à bout,

    Vais-je m’en remettre ?

     

    Je suis en sursis,

    Je suis en suspens,

    Je suis suspendue

    A cet examen de plus.

    Je suis en sursis sur cette terre,

    Je suis sursi-terre !

     

     

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  • pro-âge

    J'ai passé la journée de samedi avec une amie,

    laissée dans le village où je résidais jadis,

    laissée au collège où j'exerçais naguère.

    Repas partagé, sourires échangés, complicité rénovée.

    Nous nous sommes promenées au hasard, dans cette ville qui me devient étrangère, arpentant les quelques rues piétonnes, léchant quelques vitrines sans but précis, dissertant d'un quotidien que l'on voudrait doux.

    Nous n'avions pas d'achat à faire, juste savourer la banalité d'un quotidien qui ne l'est pas toujours, la normalité devenue exceptionnelle.

    Elle est entrée dans une pharmacie « tiens, je vais me racheter une crème... »

    Une crème de jour, un truc de fille.

    Et la vendeuse qui nous saute dessus (est-elle vraiment pharmacienne ?). La crème qu'elle voulait n'est plus disponible, ou n'existe plus mais il y en a tant d'autres... Et l'employée de nous faire une explication scientifique sur les pores de la peau, les rides, l'effet escompté, la composition chimique. Je n'ai rien retenu de ce monde qui m'est étranger, sauf… l'envie folle d'avoir ma crème à moi, une crème adaptée, à ma peau et son âge.

     

    Je n'en ai pas acheté.

    A cause de mon esprit trop cartésien, de mon éducation économe.

    A quoi bon une crème anti-âge si je ne vis pas longtemps ?

    La faute à ce putain d'espoir et son revers, l'absence d'espoir.

     

    Je suis encore en attente, d'un rendez-vous, d'une phrase « il n'y a rien » , à défaut je me contenterai de « je ne vois rien ».

    Pourquoi ces points qui brillent lorsque mon corps passe dans la machine à soucis, pourquoi le produit radioactif se fixe-t-il au lieu de se répandre et de se contenter d'irradier mes veines ?

     

    Je ne sais pas si j’achèterai une crème.

     

    Ne lisez pas cette phrase comme excès de pessimisme.

     

    Il m'arrive d'aimer les imperfections de ma peau, d'aimer mes cheveux dépigmentés.

    Ils me disent que le temps a passé et que je suis encore là.

     

    Ce que j'aime vraiment c'est voir tes rides à toi, me prend souvent Rides_d_expression_de_la_patte_d_oie.jpgl'envie d'y passer le doigt, de vouloir les souligner alors que sans doute tu voudrais les nier.

    J'aime tant te voir vieux.

    Ça veut dire : je te vois.

    Ça veut dire : je suis, tu es, nous sommes.

  • Robinsonnade

    Sur les pentes du volcan Rincón de la Vieja, l’hacienda Guachipelin m’attendait. Pas besoin de ses excursions à sensations, le Costa Rica suffit à affoler mes sens de géographe, la nature fait vibrer mon cœur, j’entends le souffle sourd du volcan, je vis, je suis.
    Les sensations, je les ressens, je ne les achète pas !

    Rincón de la Vieja, c’est le coin de la vieille, selon la légende, le père d’une jeune-fille aurait jeté son prétendant issu d’une autre tribu dans le volcan, l’amoureuse est restée hanter la montagne. Moi, je l’arpente.

    Je laisse les fumerolles et autres mares de boue en ébullition pour m’enfoncer dans la verdure. Comme moi, la nature se nourrit de ce volcanisme, c’est une explosion de vie.

    Les chutes de Chorreras sont mon objectif. chorreras-waterfall-%200614.jpg

    On franchit une barrière qu’il faut refermer derrière soi et on descend, le chemin n’est plus fléché, il faut suivre son instinct et les rigoles laissées par les pluies tropicales.

    Ici, c’est la saison verte, concept touristique inventé pour ne pas effrayer, saison des pluies ça faisait trop gris.

    Je croise un groupe de jeunes en maillots, certains pieds nus, je ne dois plus être loin.

    Je croise un homme qui me dévisage. Il me demande si je vais à la chute...

    Si señor...

    Il se met à me baragouiner je ne sais quoi, no poder, levant les bras au ciel, gesticulant négativement avant de poursuivre son chemin en bougonnant.

    Il ne baragouinait pas : c’est mon espagnol qui est mauvais. Je pense qu’il m’a mise en garde, à cause de la menace d’orage.

    Je lui ai dit que je n’allais prendre que quelques clichés. Il n’a pas vu le maillot qui comprime mes seins et la serviette dans mon sac à dos.

    Je marche encore.

    J’entends le murmure de la chute, elle s’approche, non, c’est moi qui m’approche.

    C’est moi qui la découvre.
    DSC_0496.JPG

    Elle est toute à moi, avec sa couleur magiquement bleue de ouate, descendant du volcan, chargée de silice.

    Elle n’est pas si impressionnante finalement.

    Tout ça pour ça ?

    Le Rio Blanco a creusé un canyon en amont. Je comprends l’avertissement du gardien, le cours doit grossir avec les pluies et devenir bien plus tumultueux. Je regarde le ciel.DSC_0495.JPG

    Dans les forêts du Costa Rica, on peut rarement regarder le ciel, la luxuriance a vite fait de nous englober.

    Je ne suis pas inquiète.

    Allez…

    Quelques marches aménagées contre le rocher et me voilà sur la grève.

    Je n’hésite plus.

    Je reprends juste ma respiration.

    DSC_0498.JPG

    Chaussures et vêtements abandonnés, me voilà dans l’eau.

    Ni froide ni chaude, on dirait qu’elle m’attendait.

    L’espace de baignade est restreint mais les pierres émoussées sont douces sous mes pieds.

    Très vite je perds pieds.

    Je flotte, bercée par le clapotis, caressée par les molécules d’eau, je sens la force du volcan entrer par tous mes pores, je suis comme suspendue dans cet Éden.

    Je suis au cœur du monde, je regarde tout autour de moi pour fixer ce moment, je deviens un être ressentant, l’apesanteur n’a plus prise, je flotte, je vole.

    La végétation forme mon cocon, le minéral s’allie au végétal en parfaite harmonie.

    Je suis au centre du monde.

    Il n’y a plus que moi.

    Je suis.

    Je laisse doucement s’enfoncer mon corps, je veux me laisser happer et disparaître par le nombril du monde.

    Je sors brutalement ma tête hors de l’eau, le besoin d’oxygène a gagné.

    Je me laisse encore flotter quelques instants.

    La nuit va tomber, il est raisonnable de sortir du Rio.
    DSC_0502.JPG

    Débout au bord de l’eau, j’essaie d’essuyer mes cheveux, c’est dérisoire, j’ai enfilé mon short sur le maillot détrempé.

    Je me sens bien, libérée. J’ai les fesses mouillées, et alors ?

    Qu’est-ce qui est important à ce moment précis ?

    Rien.

    Rien d’autre que l’instant présent.

    Vivre.

    Être.

    Laisser la société au loin, presque à l’état de nature.

    Se baigner dans l’eau claire d’une rivière, comme une Robinsone Privilégiée.

    Je regarde l’eau continuer son chemin vers le Pacifique.

    Je sais bien, qu’on ne peut toucher la même eau deux fois, comme le temps elle passe mais elle m’a nourrie, elle m’a vivifiée, elle fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

    Rien ne pourra effacer ces instants passés ensemble, je les garde au fond de ma mémoire, au bord des larmes du vécu.

    Je suis forte de nous.

     

     

  • return ticket

    ALLER

    Je n’en reviens pas du temps qu’il ne faut plus pour rejoindre la capitale.

    ICE.jpgJe ne me fais pas à l’accélération des choses, l’abolition des distances et du temps, théorie de la relativité.

    Suis-je plus près de toi ?

    Sommes-nous plus proches pour autant?

    J’aimais bien ce sas de décompression

    - ou de con pression -

    du temps où il fallait quatre heures pour venir à toi,

    quatre heures pour devenir une autre,

    pour devenir moi.

    J’aimais tant attendre.

    Attendre tes lettres,

    attendre tes lèvres,

    la vie suspendue restait la vie.

    Feus mes souvenirs :

    je m’y réchauffe et me consume.

    Feu vient du latin fatatus, qui a accompli sa destinée …

    L’était-on ? Destinés ?

    Les têtons… ?

    Tais-toi !


    Le train amène divagation de l’esprit, les secousses mélangent les idées, heureusement que les rails sont bien fichés dans le sol, mon esprit divague mais mon corps assurément se dirige vers…

    Vers toi ?

    Ivresse.



    RETOUR


    La gare de l’Est n’a pas beaucoup changé.

    Elle a pris des cheveux blancs mais comme moi elle triche, elle fait des mèches, ravalement de façade.

    Subrepticement, elle est passée au XXIème siècle et moi je me souviens.

    gare_de_l_est_1391006_18.jpgDes immeubles ont poussé, d’autres cachent leur décrépitude sous les tags, mais c’est la même ville à laquelle je m’arrache avec ce même sentiment de parenthèse qui se ferme, je m’en retourne à ma vie de femme comme je m’en retournais à ma vie d’étudiante.

    Je laisse s’humidifier mes yeux, sans tristesse, juste un élixir nostalgique et l’émotion d’un vécu.


    Le sentiment de me toucher du doigt.


    Le train m’emporte à plus de 300 kilomètres/heure, il semble pressé le con !

    Il ne me laisse pas regarder en arrière.

    Sans arrêt, sans changement, inéxorablement il m’éloigne.


    J’en sors décoiffée.

    Je sors de la gare comme on cherche à reprendre son souffle en le perdant,

    comme je me suis réveillée de la dernière anesthésie :

    un choc, une forte douleur à l’inspiration,

    comme la vie qui essaie de revenir en moi.


    Je me retrouve dans le noir brumeux d’une nuit germanique.

  • Le plus beau métier du monde

     

    On a tendance à abuser des superlatifs.

    Et à faire des raccourcis.

    Et à généraliser.

    Un monde en noir ou blanc.

    Alors qu’il y a une infinité de nuances de gris…

     

    Un film reprend ce titre pour parler de la profession de professeur : le plus beau métier du monde !

    J’ai eu de la chance, il s’en est fallu de peu, d’un adjectif, pour que j’exerce le plus vieux métier du monde !

    Comment se fait-il que je n’exulte pas tous les jours de joie à l’idée de rejoindre le collège ?

    Comment se fait-il que je finisse, comme beaucoup, par compter les jours qui me séparent des prochaines vacances, ces avantages qu’on nous balance, à chaque fois, comme réponse à nos doléances ?

     

    Je profite d’une éclaircie pour écrire cet article et dire combien j’aime mon métier.

    J’ai toujours aimé préparer des cours, chez moi, bien au chaud, me documenter au niveau scientifique comme on dit pompeusement, mais surtout réfléchir à la meilleure manière de faire comprendre une notion, adapter mon vocabulaire sans trahir mon domaine de prédilection.

    Même si cette année, une réforme aux forceps nous mène à devoir refaire les cours des tous les niveaux en même temps.

    Je n’ai jamais détesté effectuer des corrections, chez moi, bien au chaud. J’ai plus souvent souri que désespéré. Je ne dis pas interrogation, je dis contrôle, juste une vérification des acquis, du compris.

    J’ai tout un album de perles de collégiens, plus touchants que ridicules.

    Même si, les années passant, les maladresses d’enfants se muent en néant, il y a plus de copies blanches que de ratures.carte.jpg

    Je n’ai par contre pas toujours aimé donné mes cours, au collège, bien au froid.

    Fatiguée d’avoir plus à éduquer qu’à enseigner, épuisée du bruit, des cris, des drames sans rapport avec mon programme.

    Salle_de_classe_lfc01.jpg

     

    Alors j’ai réduit mon temps de travail…

    Qu’importent les cotisations, si je vis assez longtemps pour toucher une retraite, je me consolerai en me disant que jamais je n’aurais pensé rester si longtemps en vie.

    Faire autre chose ? Aussi modique soit la paie, elle reste honorable. Et puis il reste ces fameuses vacances pour se consoler, pour se retaper…

     

    Le métier a changé.

    Les enfants ont changé.

    J’ai tellement changé…

     

    Je profite d’une éclaircie pour dire mon bonheur…

    J’ai des petits élèves de sixième adorables cette année.

    Bonheur des classes peu nombreuses, 22 élèves au lieu de 30, ça change la vie, ça change l’enseignement ! On n’entend pas les mouches voler, mais le ventilateur du vidéoprojecteur fait un boucan d’enfer quand ces têtes pas toutes blondes réfléchissent !

    La semaine passée une collègue a eu un malaise en présence de neuf de ces tous jeunes collégiens. Je me suis retrouvée à faire la cellule psychologique pour ces traumatisés en pleurs qu’on avait isolé, j’ai été une des premières personne à les écouter, à les laisser parler, à les obliger à verbaliser. Ils ont été solidaires, ils ont été exemplaires.

    Une belle bouffée d’humanité.

    En quittant le collège ce matin, je partage le chemin avec les élèves dont je suis professeure principale, ils sortaient de mathématiques et spontanément m’ont dit leur fierté d’avoir eu une bonne note, comme si j’étais leur maman !

     

    Je ne suis pas leur maman.

    Je ne suis pas une maman.

     

    Je n’ai jamais trouvé de substitution, pour moi un élève n’est même pas vraiment un enfant, un élève est un apprenant. Un être unique et seul, détaché de son univers, plongé dans le bain républicain.

     

    Ils sont formidables ces jeunes, encore épargnés quelques mois par les affres de l’âge qu’on nomme ingrat à juste titre.

    Ce matin un petit rouquin pleurait, ayant du mal à terminer son contrôle : « ma maman, elle est fâchée si je n’ai pas un 15... ».

    De quoi me faire mollir !

     

    Mollir, moi ? Jamais !

    Les plus âgés piétinent déjà devant la porte, j’entends des hurlements, des coups dans le mur et des insultes, qui n’en sont pas, juste des expressions amicales « fils de pute », « PD », celui qui n’en a pas son lot n’a pas la reconnaissance de ses pairs.

    Les plus âgés sont là pour me ramener à la réalité : mon métier redevient un emploi.

  • on the road again, again...

    Certains rêvent de routes,

    avec des numéros :

    un coup de dé vainqueur

    double six pour happy riders.

    Mes penchants étasuniens ne sont pas attachés à ce mythe

    A 66, je préfère ajouter 3, autant le dire tout de suite.

    Mais j’aime tant parcourir les routes du monde,

    comme si je marchais anonymement dans des pas illustres,

    une incursion privilégiée dans l’histoire, sans les livres.

    Regarder la mer depuis Belém à Lisbonne

    et sentir battre le pouls des explorateurs du nouveau monde.

    Frissonner dans le détroit de Cook

    et prendre un instant le regard de James sur ces terres australes…

     

    Passer la cinquième sur la Panaméricaine

    et avaler les kilomètres avec gourmandise.

     

    Ce n’est qu’une route pour certains,

    tout est toujours une question de regard,

    pour moi c’est un monument en soi,

    des promesses, des espoirs,

    une folle aventure, un serpent qui relie les hommes.

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    J’étais sur des petites routes qui me ressemblent,

    avec des trous et des bosses,

    des coatis qui traversent sans préavis,

    quand soudain une bretelle m’appelle

    la voilà : la panaméricaine...

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    Elle s’est d’abord offerte large et lisse

    avec juste ce qu’il faut de palmiers sur les côtés

    pour marquer l’intertropicalité.

     

    Très vite elle se rétrécit,

    les voitures roulent en convoi

    pestant derrière les poids-lourds tortillards.

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    La panaméricaine n’a d’intérêt que pour les rêves qu’elle porte.

    Et moi, j’en ai ramené toute une valise !

     

    Je quitte la routepuntarenas blog.jpg

    pour rejoindre Puntarenas

    sans trop savoir ce qu’il y a à voir.

    Sur la carte la ville est belle, sur sa langue de sable.

    J’ai mis mon clignotant pour me dire ça :

    « j’ai roulé sur la Panaméricaine jusque Puntarenas »

    J’ai mis mon clignotant pour ce simple frisson de l’esprit,

    Et mon espagnol approximatif prolonge le rêve

    dans une confusion sémantique.

     

    Je roule sur la Panaméricaine,

    mon cerveau en pilote automatique reste collé à l’asphalte,

    il traverse déjà les pays et les frontières.

    Peut-être pourrais-je te voir,

    au-delà de Medellin,

    fantasme d’Escobar et de Miguel Pascuas,

    les bad boys, valeurs sûres des filles sages.

    Et si je continuais plus loin ?

    Je retrouverais San Pedro,

    Santiago…

     

    Et au bout de la route…

    Punta Arenas !

    Le bout du monde...

    La fin de mes rêves ?

    Non, au bout du bout il y a Magellan,

    son détroit et le mirage de l’Antarctique.

     

    Je n’aurais jamais fini de rêver,

    même arrivée au bout de la route.

    Je n’aurais jamais fini de te rêver.

     

     

     

     

    .

     

  • 12/12

     

    25 août – 25 août

     

    Non, je ne rêve pas, je ne bégaie pas...

    12 mois écoulés

    Un an que je suis revenue,

    que je me suis réveillée

    dans une respiration éprouvante

    arrachée à un monde sans douleur.

    On ne se souvient pas de l’instant où l’on perd conscience

    mais je me souviens bien des instants de retour à moi.

     

    Retour à moi…

    quelle belle expression

    au-delà le l’égoïsme

    comme un retour à ma source.

     

    Branchée sur un lit,

    attache à la vie

    seule, nue,

    débarrassée du superflu,

    sans habits, sans bijoux, sans alliance,

    comme au premier jour :

    juste moi.

     

    Qu’ai-je fais de ces douze mois

    si ce n’est, encore une fois, m’oublier ?

     

    Je n’ai pas oublié pourtant, ma finitude.

    Et toi dis, est-ce que tu y penses ?

     

    Ce 25 août 2016,

    je me suis réveillée devant ce paysage que j’observe une dernière fois,

    un rien mélancoliqueDSC_0897.JPG

    De la fenêtre de ma chambre j’entends le ressac qui me dit que la vie continue

    sous de mêmes apparences

    une vague qui se meurt laisse place à une vague un peu plus forte

    une année écoulée laisse place à une année qui commence.

     

    Seras-tu là ?

     

     

     

    Cette série de textes mensuels post-opératoires est terminée,

    mais l'histoire continue,

    je sais qu'il y aura encore des épisodes, heureux et moins.

    Vous n'avez pas fini

    d'entendre parler de mon nombril ...  !

     

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