jeanneovertheworld - Page 2
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2024
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mots dits
Je lui ai dit :
je ne sortirai pas d’ici indemne...
J’ai vu dans ses yeux la peur, l’incompréhension qui soudain plomba une relation légère et sans conséquence. Il ne voulait pas être sage, mais juste de passage ; il voulait me prendre et me laisser, je l’avais accepté, je n’aurais pas su quoi faire de lui.
Mais je ne voulais pas sortir de cette chambre indemne, pour moi, de cela, il n’a jamais été question.
La vie laisse des traces, c’est à cela qu’on voit qu’on est vivant.
Je voulais me souvenir de chaque moment, je voulais savourer et me l’avouer, puis partir, poursuivre mon chemin, semblable mais différente, nourrie de cette expérience, troublée peut-être, blessée pourquoi pas, mais jamais, non jamais indemne.
Je lui ai dit :
vous ne savez pas embrasser...
Je me la suis jouée maîtresse, comme si je maîtrisais ces instants de découverte, je me la suis jouée experte comme si j’embrassais jour après jour des inconnus dans les rues.
Je ne lui ai pas laissé le temps de se rattraper, de m’initier à ses baisers. Mon vrai trouble était de n’en ressentir aucun et de ne pas avoir envie de sa bouche engluée à la mienne, de sa langue au chaud tourbillonnant avec la mienne.
Et si le baiser amoureux, le baiser langoureux, était le summum de l’intime entre deux êtres ? Le sexe c’est animal, viscéral, c’est organique, bien moins dramatique qu’un baiser...
Je lui ai dit :
j’aimerais que tu reste là pour le reste de ma vie...
Il m’a fait répéter, j’ai senti sa gêne et presque sa tristesse, il a du me croire éprise ou brisée, soumise ou emprisonnée. Il a du croire que je n’avais pas renoncé à ma vie avec lui, à l’espoir d’un quotidien sous son soleil.
Je voulais dire : j’aimerais que tu restes là, abouché à mon sexe, tout le reste de ma vie.
Je voulais dire : je veux mourir comme cela, maintenant, ta langue en bas.
Il connaît les endroits, il connaît la manière, mon sexe le reconnaît et l’attend, éternellement. Il navigue entre les chairs, du bouton aux méats, il passe sans insister et repasse sans se lasser, il me dévore, il me picore, je cède, abandonnant ma pudeur, je lâche prise, je deviens une boule de sensations, douces, subtiles et chaudes. Les mots manquent pour qualifier le bien être qui m’envahit alors, je fonds, les draps s’inondent. Je perds pieds, je perds l’équilibre, il persévère. Tout l’univers tourne alors autour de ce bouton, sa langue s’y enlace, inlassablement, cette langue dont je me languis aujourd’hui.
Je ferme les yeux, allongée sur mon lit, j’écarte doucement les jambes et j’essaie de l’imaginer là. Cruels souvenirs qui ne fixent pas les sensations, je suis incapable de le retrouver, de sentir son souffle à ma fente, sa chaleur irradiante. Plus rien de ce bien-être, de cet oubli de soi qui me fait me sentir être, qui ressuscite la femme qui sommeille.
Main qui caresse et qui blesse, rien ne le remplace.
Je lui ai dit :
je ne suis pas une fille qui reste...
Je ne savais pas et je pense que je ne voulais pas. Je n’avais pas encore expérimenté la vie, je voulais tester, goûter à tous les fruits, même ceux qui sont défendus, surtout ceux-là…
Je lui ai dit : je ne suis pas une fille qui reste, alors il a pris ma main et il est venu avec moi.
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il pleut des papillons
Rouler, rouler encore…
Avaler les kilomètres, avancer…
J’aime rouler sur toutes les routes du monde, voitures manuelles ou automatiques, route sèche ou bitume glacé, conduite à gauche ou à droite, éviter les nids de poule, traverser les espaces, parcourir le monde à 80 kilomètres/heure.
Chaque pays a ses spécificités, lignes blanches, lignes jaunes, chaque région a ses dangers, traversées de singe, vélos non éclairés.
Après trente ans de conduite, le Mexique m’a appris encore bien des choses. Doubler les trucks interminables, me méfier des trous et des bosses, deviner l’axe de la chaussée lorsque une pluie de mousson l’efface, ne pas me laisser avoir par les marchandes qui barrent le passage, ne pas énerver les manifestants qui extorquent quelques pesos, surveiller la jauge jusqu’à l’hypothétique station dans la brousse, ne pas écraser les serpents et surtout deviner où il faut bifurquer car rien n’est indiqué.
Nous quittions Uxmal par la route 261, vers le Sud et Campeche.
Inutile de préciser le numéro de la route, il n’y en a qu’une.
Elle traverse ce que les locaux appellent la jungle.
Chaleur, humidité, végétation envahissante, l’ombre d’Ingrid Betancourt et des Farc n’est pas si loin, quatre touristes français sont portés disparus au Guatemala voisin…
Des kilomètres de vert sans humain, juste nous sur la route, personne en face, personne derrière.
Je n’ai pas peur, le plein d’essence est fait. J’ai de l’eau et la clim’.
Je n’ai pas peur, je ne suis rien ni personne, légère et libérée.
J’ai lâché prise, je savoure le jour, les yeux grand ouverts sur les beautés d’un monde pas encore totalement détruit, je me repose la nuit le sourire aux lèvres, consciente de ma chance, de mon privilège d’être là et d’être ENCORE là.
Je roule, j’avance en conscience et je vis intensément ce moment de rien, entre deux, dans la forêt dense.
Entre deux monuments mayas les hommes ont laissé une porte, limite entre l’état du Yucatan et l’état de Campeche, construction décrépie et bientôt mangée par la végétation.
On la passe et on replonge dans le vert, on dirait que l’herbe veut traverser la route, les arbres s’inclinent à notre passage.
Quelque chose obstrue le passage au loin, il pleut du jaune sur la route, des centaines de papillons virevoltent.
Paf, un, paf, deux, paf paf, oh non, il n’y a rien à faire pour les éviter, ils sont si nombreux !
Alors je roule, un peu plus doucement.
C’est un spectacle merveilleux, inattendu, magique.
Au milieu de nulle part, un ballet de papillons nous salue.
Moment féerique et surréaliste.
Un moment pour rien, sans témoin.
Une expérience d’une folle et dramatique beauté.
Le pare-brise se couvre de poudre de papillon, comme s’ils attendaient notre passage pour nous bénir.
Dans cette vie difficile, à l’heure où l’homme bombarde l’homme, où des professeurs se font tuer parce qu’ils sont professeurs, je repense à ce moment presque divin.
Il me nourrit encore.
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projets pour 2023
Voici arriver notre rendez-vous annuel.
Celui où l’on se retrouve seul face à soi à se demander « qu’est-ce que j’ai fait de ce temps ? »… qui file…
L’année 2022… déjà finie.
Je ne dirai pas que j’ai adoré cette année , ce ne fut pas un cauchemar. Depuis le Covid, on ne fait que rebondir et accepter l’impensable, on ne fait que s’adapter, on continue de râler, pour le principe mais on courbe l’échine et on continue d’avancer.Même cette phrase est une posture, pour me conformer à l’ambiance.
Râler à propos de quoi ? Je n’ai pas vu le temps passer.
30 ans ? Quoi, j’ai 50 ans ? Tout cela est une plaisanterie !
Je sais que le temps n’est qu’une convention mais je ne m’y fais pas.
Je ferme les yeux et passe à autre chose.
J’ai tendance à regarder derrière, c’est plus rassurant et déculpabilisant, il n’y aucune décision à prendre, on ne peut rien changer. Je ne suis pas passéiste, c’est juste ce qui me constitue, mon histoire, alors m’y replonger c’est mieux l’intégrer et donc mieux me connaître.
Je regarde vers demain parce que je t’attends encore, je t’attends toujours.
J’attends de voir ce que me réserve la Vie.
Je ne suis pas pressée, tout le monde sait comment se finit l’histoire.
Alors pour cette année qui commence, je souhaite qu’elle nous livre son lot d’imprévus et que nous soyons là dans un an pour en faire le bilan.
Un pas après l’autre, un jour après l’autre, un an après l’autre…
Et vivre ! Je nous souhaite de vivre !
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50 nuances de moi
Franchement, je n’y crois pas.
C’est quoi le temps ? Rien qu’une convention.
Il paraît que j’ai cinquante ans. Qui a décidé qu’une année était composée de douze mois ? Question phatique, je le sais bien, le calendrier est un accord entre humains, nous ne sommes pas en 2022, je n’ai pas cinquante ans.
Mais je n’ai plus vingt ans, je le sais et c’est ma joie, ma victoire.
Lorsque l’on m’a dit « cancer », tout mon futur s’est effacé, je ne me voyais pas forcément morte mais je ne voyais plus rien. J’avance dans le brouillard. J’ai perdu mes repères, le notion du temps, cela fait plus de quinze ans que je vis au présent.
Enfant on pense que cinquante ans, c’est vieux, symboliquement la moitié de la vie, bonjour les arrondis !
Aujourd’hui, cinquante ans, c’est rien, même pas l’espoir de la retraite, juste un corps qui devient plus douloureux et des cheveux qui s’éclaircissent.
Moi, je n’y crois pas.
Je vois bien mon corps flasque, mon souffle court en haut des escaliers.
Mais cinquante ans, c’est une blague.
J’accepte de souffler mes bougies, je ne renie rien, j’ai juste du mal à y croire.
J’exulte : je suis en vie.
Merci de m’avoir accompagnée jusque-là...
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the end
Je me croyais prête, je ne l’étais pas.
À trente-cinq ans on m’a dit cancer.
J’ai cru que j’allais mourir.
Je me demande si je n’en ai pas eu l’espoir.
J’avais fait le tour de ma vie, avec peut-être même cette sensation de l’avoir ratée.
N’avoir plus rien à espérer, plus rien à vivre.
Le cancer expliquerait cette impasse, à quoi bon puisque tu trépasses ?
Et je ne suis pas morte.
Douze ans plus tard, on me dit métastases.
Pas la méga extase…
Me voilà éventrée sur la table d’opération, boyaux à l’air, à la recherche des miettes de crabe.
Puis recousue.
Ni vu, ni connu.
Cinq ans plus tard, la vie bégaie, on me répète cancer.
Pas gai, il faut que je digère.
On oublie vite notre statut de sursitaire.
Et je ne suis pas morte.
J’ai préparé ma sortie, sous les conseils choquants d’une psychologue « faites votre testament ».
Laisser couler les larmes et reprendre les armes.
Organiser sa fin, c’est apprivoiser la mort et se libérer pour avancer. Mortels, nous oublions notre finitude. Envisager concrètement notre propre décès, c’est accepter notre mort et déjà un peu la vivre, par anticipation.
Et puisque je ne suis pas morte, tout ce qu’il me reste à faire, c’est vivre !
Je me croyais libérée.
Je n’avais pas regardé assez loin.
Je n’ai pensé qu’à moi.
Et toi, comment tu vas ?
Je me suis préparée à ma mort, c’est presque confortable, partir dans un geste dramatique. Adieu.
Un sentiment de culpabilité, laisser les autres, les abandonner à leur tristesse, vite envolé car on ne peut rien changer.
Mais je ne me suis pas préparée à la mort des autres, je n’ai jamais envisagé TA mort.
Tu es mon souffle, mon bâton, mon soutien.
Tu m’as permis de traverser cette vie, de supporter le non-sens de l’existence. Tu es mon phare lorsque le réel perd de ses couleurs. Même loin, je sais que tu existes et cela me permet de continuer à avancer.
Je ne suis pas prête à ton départ, je n’ai pas envisagé de respirer seule.
« On est toujours tout seul »…
Connard, ne me laisse pas !
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Méandres
Lorsque vient l’automne, tout ce que la planète compte de géographes se retrouve à Saint-Dié-des-Vosges pour le festival international de Géographie, le FIG pour les intimes.
Enfant du Grand Est, j’y suis souvent allée ces trente-trois dernières années.
J’ai aimé cette année me replonger dans cette ambiance festive et scientifique, comme lorsque j’étais étudiante. De nombreuses conférences sont données, des cours, des tables rondes. D’un niveau revigorant, je redécouvre l’usage du mot paucité, je m’interroge sur le sens d’un autre. J’aime reprendre mes études, j’aime m’élever.
Au Fig il y a aussi à boire et à manger, pour le corps comme l’esprit.
Il y a un salon du livre magnifiquement dangereux.
Magnifique car les références ont énormes, uniquement consacrées à la géographie, un peu d’histoire admettons, un peu de sociologie, bref, la vie.
Dangereux car il faut garder les mains dans le dos pour ne pas tout acheter.
On voit des livres merveilleux et intelligents dont on ne connaissait même pas l’existence, on se dit que l’édition n’est pas si mal en point. On se demande comment les auteurs font pour vivre avec une si faible visibilité.
Quand soudain je l’ai vue, la carte œuvre d’art.
Elle accroche médiatement mon œil.
Je me suis dit quel génie ! Prendre de vieilles cartes et peindre par-dessus, customiser l’ancien pour lui redonner vie.
Je trouve cela trop beau, je la veux !
Je m’approche et je comprends, non sans émotion.
Cette beauté n’est l’œuvre d’aucun artiste.
Cette beauté est l’œuvre de la nature !
Il s’agit d’une carte géologique du cours inférieur du Mississippi avec tous les états du fleuve depuis le début du pléistocène. Il y a 2,5 millions d’années.
Là, sous nos yeux, nous avons un résumé de ce qu’est la vie, celle du fleuve et la nôtre aussi.
Nous sommes une successions de couches, notre vécu nous compose, il ne faut pas oublier les anciens méandres, ils nous ont conduit où nous sommes aujourd’hui.
J’ai accroché ce tableau dans mon salon, je le regarde en répétant ma phrase fétiche « c’est moi qui ai vécu ».
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je pense à toi
Je pense à toi tout le temps.
C'est ce que je ressens, une impression un rien coupable et réconfortante à la fois,
je sais que tu es là quelque part, que tu existes, que tu vis.
Je pense à toi tout le temps.
N'est-ce qu'une impression ou plutôt quelque chose d'imprimé en moi ?
Cela n'a rien de nouveau, c'est ainsi depuis la chambre noire, depuis la première lettre peut-être.
Je pense à toi tout le temps.
Et je fais la paix avec moi, et je fais la paix avec toi, il n'y avait qu'une guerre intestine, inutile, je t'ai peut-être volé et tu m'as prise, formée et déformée, tu es un composant de moi, une pièce fondatrice. Bien plus que les centimètres qui me pénétrèrent et s'évaporèrent, tu es et restes au plus profond de moi. Tu me constitues, il n'y a pas à culpabiliser, rien à renier, rien à refaire, rien à délier, tout à re-taire.
Il n'est pas question d'amour, il n'est pas question de haine, tu es juste une composante du sang qui coule dans mes veines.
Je ne pense pas plus à toi qu'avant.
J'ai juste peur de t'oublier. Les fondations, ça s'enfouit dans le sol, on les perd vue.
Je ne t'oublie pas mais les sensations s'estompent. La première brûlure, ta chevelure en bas, tes doigts à l'humide, cela reste. J'ai perdu ton goût, ton odeur, ta présence physique en moi.
Je promène avec moi ce vécu invisible, je cherche la trace pour être certaine de ne pas avoir rêvé, je me rassure en me disant que seuls les vécus les plus exceptionnels ne peuvent être imaginés. Les traces de toi sont bien rangées dans ma mémoire, je sais qu'il leur suffira d'un rien pour se réveiller, souffler un peu la poussière, pousser la porte.
J'aime savoir que tu es là.
J'existe, tu existes, nous avons existé.
J'ai peur.
Comment peut-on autant se connaître en étant autant étranger l'un à l'autre ?
Je veux...
Je n'imagine pas...
Je pense encore à toi.
Et je sais pourtant que ce n'est pas toi.
Je sais aussi que cela restera indissociable de toi.
J'ai construit du réel dans les espaces, je t'ai imaginé dans les interstices, il y a ton corps quelque part et mon esprit fait le reste. Tu ne t'appartiens pas vraiment, celui qui m'accompagne est à moi, il est même de moi, fait de mes espoirs, à mes couleurs, partage mes fragrances de verveine. Il est un peu rebelle - les filles sages aiment les voyous - en chemise bois de rose... Il ne peut me décevoir, il est toujours à mes côtés, personne ne peut rivaliser. Il porte ton nom mais je sais que ce n'est pas toi, mon Pierre imaginaire. Rien de ce que tu pourrais dire ou faire ne saurait écorner son image, mon mirage mourra avec moi.
Je pense encore à toi.
Tu ne devrais pas le lire.
Ne pas te méprendre en me pensant éprise ou prisonnière.
Tu voulais une relation hors du monde, je suis la seule aujourd'hui à continuer à m'y refugier.
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En musique
Encore un jour
Encore une nuit
Une vie sans lui
Encore un été qui va venir
Pour rien
Sans lui
Les blés vont grandir
Sans lui
Pour rien
Les blés vont mûrir
Et elle va déjà un peu vieillir
Pour rien
Sans luihttps://www.youtube.com/watch?v=pd79cFfAHXg
Encore un brevet de passé
Heures de surveillance, somnolence adolescence en partance.
Une année sans toi…
Fortes chaleurs ces derniers jours, portes ouvertes pour faire cours.
J’entends les enfants chanter, salle de musique au fond du couloir.
Kyo dernière danse.
https://www.youtube.com/watch?v=aU_TQcyGkvY&t=6s
Je l'ai connue trop tôt mais c'est pas de ma faute
La flèche a traversé ma peau
C'est une douleur qui se garde
Qui fait plus de bien que de mal
Mais je connais l'histoire, il est déjà trop tard
Dans son regard, on peut apercevoir qu'elle se prépare
Au long voyageJe veux juste une dernière danse
Avant l'ombre et l'indifférence
Un vertige puis le silence
Je veux juste une dernière danseJe peux mourir demain, ça ne change rien
J'ai reçu de ses mains
Le bonheur ancré dans mon âme
C'est même trop pour un seul homme
Et je l'ai vu partir, sans rien dire
Il fallait seulement qu'elle respire
Merci, d'avoir enchanté ma vieAvant l'ombre et l'indifférence
Un vertige puis le silence
Je veux juste une dernière danseJe chante pour ne pas déchanter
Je chante pour enchanter mon quotidien
La musique adoucit les mots
J'ai cueilli ce brin de bruyère
L'automne est morte souviens t'en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens toi que je t'attendshttps://www.youtube.com/watch?v=qhJGkVJCUO0
Et souviens toi que je t'attends...
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les pas de mon père
Il y a la mémoire, celle des dates, celle des événements vécus.
Les autres mémoires me fascinent.
La mémoire olfactive : une odeur et je retourne en enfance sur la balançoire du jardin de mémé, attendant que les grumbeerkiechle cuisent, un parfum et me revient la douceur musquée de ta peau.
La mémoire auditive : une musique et l’on retourne en enfance, une voix et je tremble... ta voix et mes yeux s’inondent.
Je me souviens…
Les étés sont chauds à la Grande Motte.
En un quart d’heure on rejoint la mer en empruntant une coulée verte.
J’ai huit ans.
J’ai quinze ans.
Le rituel est le même, la petite tribu familiale rejoint la plage à l’ombre des pins parasols, le long des lauriers en fleurs.
Mon père ouvre la marche.
Je me souviens…
La musique de ses pas est ma madeleine de Proust.
Toute l’année au travail, en vacances il portait des tongs.
Des tongs bon marché, en plastique, avec une semelle de mousse.
Des tongs qui claquent sur sa voûte plantaire à chaque enjambée, un bruit sec, net, une musique régulière.
Quand vient l’été et que je sors mes tongs, je pense à mon père.
Bonne fête papa...