
Il est là, il est tout neuf :
Le passeport, troisième du nom
A mon nom
Encore vierge
Comme un avenir à écrire
A coups de tampons !
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Il est là, il est tout neuf :
Le passeport, troisième du nom
A mon nom
Encore vierge
Comme un avenir à écrire
A coups de tampons !
25 août – 25 mars
7 mois
Voilà, plus personne ne me demande comment je vais.
Ils me regardent et se disent que ça va.
Pourquoi ça n'irait pas ?
Je fais mon travail, je fais les courses, dans quelques semaines je serai à genoux dans le jardin.
Pourquoi ça n'irait pas ?
- - - - - -
Assise sur un banc, Hall du livre de Nancy, j'attends Godot et griffonne sur mon Moleskine rouge.
« Je me sens spectatrice d'une vie dont le scénario ne m'a pas été dévoilé.
Et pourtant les choses arrivent,
les rebondissements se produisent,
ne laissant place à aucun ronronnement.
- vous serez inspectée jeudi
Surpris de mon absence de surprise, le chef.
Qu'ai-je à craindre ?
La Vie se déroule, je regarde, comme détachée,
bien assise derrière la lucarne de mes yeux.
Il ne peut rien m'arriver. »
- - - - - - -
Je suis allée voir mamie à l’hôpital. Une nouvelle fois.
Arpenter les couloirs fut difficile.
Bien sûr il y a les râles, bien sûr il y a les odeurs, les corps décharnés qui dorment bouches ouvertes, édentées...
Mes pas se faisaient lents, la faute à ce que je traînais derrière moi.
L’hôpital je connais, je peux même dire que j'y ai passé de bons moments, et puisque je n'y suis pas morte, on peut penser que j'y ai été sauvée.
Mais là, dans ce couloir aseptisé, me revenait comme un scalpel à l'âme, se rouvrait une blessure que je n'avais pas voulu voir, un trop-plein.
Une voix intérieure qui refuse d’avancer, un désir fou, un désir fort, de fuite.
J’avance jusqu’à me retrouver au pied du mur de l’évidence : l’obligation de passer à l’aveu de traumatisme.
Je crois que ces épisodes m'ont beaucoup plus marquée que je ne le pensais.
Je crois que malgré l'optimisme des analyses, je ne suis pas totalement remise.
Eh bien mon ami
Ecoute dans le vent
Ecoute la réponse dans le vent.
25 août – 25 février
6 mois, une demi-année...
Elle a éteint la lumière,
Et puis qu'est-ce qu'elle a bien pu faire ?
Juste après ?
A-t-elle écrit une lettre ?
Fini un bouquin peut-être ?
Une cigarette ?
Qu'est-ce qu'on peut bien faire,
Après ça ?
( Jean-Jacques Goldmann – Juste après – 1990 )
Je rallume la lumière et il n'y a rien.
Rien que moi et les draps froissés.
Rien que moi et l'idée de toi, est-ce un souvenir, vas-tu revenir ?
Ma main est humide à mes secrets. Sont-ils émus de ton passage ?
Ils ne passeront pas aux aveux et je reste là, avec le désir en bas.
J’éteins la lumière et je t'attends, le cul à l'air, l'amour propre un peu sale.
J'entends tes pas. Je me liquéfie. J'ai froid, j'ai chaud, je ne sais plus qui je suis. Quel est ce monde d’irradiantes ténèbres ? Tes mains me parcourent du nord au sud, me déboussolent. Mon être entier est pénétré sans que je ne sache bien par qui, par quoi, je ne suis plus qu'une boule à sensation, prête à exploser, feux d'artifices des orifices. Je renais petit à petit, en apnée. Mon monde tourne autour de mon sexe, tout gravite autour de l'origine, je flotte dans cette chambre, dans ton or bite.
Je rallume la lumière et il n'y a rien.
Rien que moi et les draps froissés.
Tout est si vide, tout est si froid.
Se peut-il que je t'aie rêvé ?
J'ouvre les yeux comme on revient au réel, je n'arrive plus à respirer, ma gorge se serre comme si mon corps entier voulait me quitter, je porte la main à mon sein mais rien ne me réanime, tu es parti avec mon souffle et mes soupirs.
Je te cherche en vain, deux oreillers pour ma solitude, tu n'es pas là.
L'as-tu jamais été ?
J’éteins la lumière et tu ne reviens pas.
Il faut se rendre à l'évidence, ici il n'y a que moi.
Moi et des rêves qui murmurent ton prénom, moi et mon corps qui se rappelle et appelle encore, moi et mes désirs d'absolu, moi et ma trouille de t'oublier.
J'essaie de consoler la pleureuse mais elle ne veut plus qu'on touche au bouton, elle veut t'attendre dans le noir. Et mourir là, à défaut.
Je rallume la lumière et il n'y a rien.
Rien que moi et les draps froissés.
Je vais et je viens entre ces riens, cela devient clair : tu n'as jamais existé.
Je me rhabille doucement, bâillonne mes lèvres orphelines de ta sève.
Je remballe toutes mes affaires, quitter l'alcôve en me répétant ces mots doucement, comme on prend à petite dose un poison pour s'en immuniser : tu n'existes pas... tu n'existes pas...
Je jette un dernier regard sur l'antre où tu ne fus pas, puisque tu n'existes pas.
Le lit, les murs, le sol...
Le sol !
Il a beaucoup plu ces derniers jours.
Inondations, sols saturés...
Ça y est, ils réapparaissent à mes yeux : les méandres recoupés, les méandres oubliés, souvenirs d'un ancien cours.
Je les regarde et je pense invariablement à toi, à ces temps où toi aussi, tu traversais ma vie.
J'ai écrit le texte qui suit en 2008, c'était une lettre.
Je le publie aujourd'hui, expurgé des allusions personnelles.
25 août – 25 janvier
5 mois, le temps passe sans que je ne trépasse.
Tout est si normal, c'est déstabilisant.
Tout est si normal, faut-il s'inquiéter ?
J'ai l'impression qu'elle couve : ma révolte.
Il y a le monde qui tourne et moi qui voudrais l'arrêter.
Pour hurler.
Hé ?! Je suis là !
Je suis ENCORE là !
Tout le monde s'habitue à ma présence, je fais partie du décor.
Je ne veux pas m’apitoyer sur mon sort, il est enviable par bien des points.
J'ai besoin d'une reconnaissance de traumatisme.
Les choses tues, clés de ma vie.
« C’en est fini de l'épisode gastrique »
Voilà ce que le chirurgien a dit avant de prendre congé.
Il n'y a plus que deux risques : l'occlusion et l'éventration. Risques effrayants mais rien que du banal et de l'inoffensif dans le monde de la chirurgie viscérale.
Si tout va bien, on ne se reverra donc pas.
Étrange, il ne semble pas avoir le mot récidive à son vocabulaire.
Je prends l'information et je me répète « c’en est fini »...
J'ai fait du ski le week-end dernier.
Souvenirs de séjour en famille.
J'avais peur d'avoir peur.
De ne pas oser, pour ne pas tomber ou forcer sur les abdominaux, spectre de l'éventration.
Descente après descente, je reprends confiance, je lâche prise jusqu'à l'ivresse de la morsure du froid à mes joues.
Il en va du ski comme de l'existence.
Jour après jour, je reprends confiance, je lâche prise jusqu'à l'ivresse de la morsure de la vie à mon ventre.
On critiquera les réseaux sociaux comme on critique le capitalisme ou la mondialisation, on a tous un pied dedans, pour vivre avec le monde.
Facebook m'a fait découvrir de nombreuses personnes,
Découvrir : verbe transitif, mettre à nu, laisser voir, révéler, commencer de connaître, trouver ce qui était resté ignoré.
que je rencontrais ou pas,
avec qui je parlais ou pas,
mais que je suis et qui de même, s'inquiètent et s'enquièrent.
La distance parfois rapproche, l'anonymat libère.
Dans la multitude des liens superficiels, certains se lient plus solidement, sans base aucune, c'est la magie du rien.
De clic en clic, je suis tombée sur Aline P., artiste. Je ne saurais expliquer ce qui me touche chez elle, sa façon d'être, d'être femme. J'aime plus particulièrement ses photos, souvent du sang, souvent des poils. Mais elle s'exprime aussi par le dessin ou la poterie. Tout me semble respirer son âme.
Allez vous perdre sur son site : http://alinep.com/fr/
Tous les mois revient à ma mémoire son cliché « sangre impura », quand coule entre mes jambes ce rappel à ma condition.
Plus de trente ans que cela dure ces conneries !
Et pour quoi ?
Et pour qui ?
Comme une prison du temps,
une con-damnation,
un supplice qui revient,
qui revient...
Sangre impura
Tu es femme, voilà ta punition !
Mais pour quelle faute ? La punition d'Eve ? Quel homme a inventé ce concept, rejetant l'erreur sur la gente féminine dans son intégralité et surtout pour les siècles des siècles ? ! Je ne suis pas Amen ! Qui a introduit cette culpabilisation qui traverse encore les générations ?
Je n'enfanterai pas dans la douleur, c'est mon histoire, mais chaque mois je vis ces quelques jours en toute sérénité.
Et ces clichés sur l'humeur irascible ? Si les femmes maugréent, c'est justement contre ces idées reçues. Nous ne sommes pas de divines victimes !
Les couloirs de l'Histoire sont remplis de superstitions, de mises à l'écart, tentatives de réponse face au mystère de la féminité.
L’étymologie ne lie-t-elle pas utérus et hystérie ?
On pourrait penser que la ménopause libère l'impie impure, que nenni... Les superfluités non éliminées augmentent la dangerosité.
Jamais la femme ne sera libérée...
Je ne parlerai pas de la « taxe rose »...
Moi qui ne suis pas féminine, à peine femme, moi qui suis avant tout humaine, face à ces constats, je deviens féministe !
JE NE SUIS PAS IMPURE !
Sur cette affirmation sans appel, je vous laisse, je vais aller prendre un bain,
en pensant aux hommes,
en pensant à mes sœurs de sang,
en pensant à Aline,
en pensant à toi...
Dis-moi... c'est comment sous ton ciel ?
Raconte-moi ta vie, démon émerveille,
Tes envies inassouvies derrière les persiennes.
Je devine les nuits chaudes, sans sommeil,
A compter les lunes, les brunes, appétits qui reviennent,
A conjuguer, à profaner, à con-biner le fiel et le miel.
Dis-moi tes soupirs, tes sourires
Quand se suspend l'avenir.
Dis-moi... c'est comment sous ton ciel ?
Je sais bien, le linge sale, la vaisselle,
Les jours qui se succèdent aux autres pareils
Le quotidien répété qui tue l'exceptionnel.
Je sais les cernes, les rides, les paradis artificiels
Tu n'es qu'homme, je ne suis plus pucelle,
Je ne suis plus celle,
Je suis plurielle.
Dis-moi... c'est comment sous ton ciel ?
Montre-moi tes rêves, immatériels
Laisse-moi respirer tes jours, en kyrielle
Il n'y a que des toujours, véniels
Oublions les rancœurs de mortels.
N'ai-je tant vécu que pour ce duel ?
Réel, irréel, surréel...
Memory hell !
Dis... c'est comment sous ton ciel ?