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jeanneovertheworld - Page 38

  • le chêne et le roseau - le gland et moi -

    La petite fille de novembre ne se lasse pas, laisse aller ses pas.

    J'ai refais le tour de l'étang cet après-midi. Arrivée loin de tout, il n'y a plus de bruit de voiture, plus de bruit d'usine. Je me plante face au soleil, j'offre mon visage à ses rayons meutriers comme un pied de nez à la maladie. Je ferme les yeux. Je cesse ma course pour profiter de ce nowhere.

    Et la magie opère : la musique du vent dans les roseaux.

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     Voilà ce que je voudrais pouvoir emmener avec moi : la musique du vent dans les roseaux de l'automne.

  • armistice

    "Petite fille de novembre
    Si blanche dans la nuit de cendre
    Trouble adolescente en sursis

    Petite fille inconséquence
    Entre deux tempos qui balancent
    Est-ce une présence, une absence ?
    Est-ce blessure, est-ce naissance ?
    Petite fille malentendu
    Petite fille ambigüe
    Même si t'as perdu la mémoire
    Garde nous juste un peu d'espoir ( JJG)

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    Je suis un champ de bataille, tout ce qui a explosé en moi laisse une trace : l'hymen disparu, le trou au bras refermé et toutes ces années qui me fissurent.

    En ce jour d'armistice, la petite fille de novembre peut-elle faire la paix avec elle-même ?

     

  • Rat des Champs

    embouteillag.JPGJe ne peux pas dire que je n'aime pas être là, sur les marche de la Madeleine , enivrée par la foule et les voitures, que je n'aime pas m'abandonner à l'anonymat et descendre les Champs.

    DSCF3368b.JPGC'est cela peut-être l'idée du paysage mental, ce que j'aime c'est être là et respirer jusqu'à sentir mon corps, jusqu'à avoir conscience de moi dans un décor.

    J'aime regarder les toits depuis les fenêtres de ma chambre place Clichy, sourire du spectacle d'ombre et de lumière que me jouent les nuages, j'aime être à la fenêtre et regarder jusqu'à ne plus rien voir, que moi, en vie, ici.

    Ou ailleurs.

    Qu'importe donc le décor... ? Pas si sûr.

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    gondrforet.JPGJ'ai beau marcher à perdre haleine, jusqu'à ne plus savoir ce qui actionne mes jambes, jusqu'à ne pas savoir si je marche, si je cours ou si je flotte, une grande bouffée de rien me vient entre canal et l'étang.

     

    J'aime être là et y revenir, j'aime me perdre et me retrouver.

    C'est chez moi...

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  • Fantôme

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     Il y a comme un truc qui sort du brouillard...

    "Eiffel Tour" en photo, quel cliché...

    Mais je ne peux m'empêcher d'immortaliser sa tête dans les nuages.

    La brume la rend moins prétentieuse, elle ne se donne pas entièrement aux regards, ne s'offre pas entièrement aux objectifs. Elle en impose plus en fait, moins pute, plus inquiétante par ce mystère du flou.

    Il n'y a pas d'autre fantôme ici. 

  • paripsychopathe

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    Je pourrais faire ça...

    Faire croire que je suis allée sur les traces de Deguerry, à genoux, arpentant les rues, de Saint Joseph des Nations jusqu'à la Madeleine... Mais il n'y a que des plaques commémoratives, pas de corps, même pas de cendres.

    DSCF3402b.JPGJe pourrais faire ça...

    Dire que je suis allée entre Blanche et Abbesses à la recherche de la plaque de ma mort. Elle ne se voit pas, mais elle est là. Pour le beauté de l'idée, dire que j'aurais aimé y mourir une seconde fois...

    Je pourrais faire ça, pour le plaisir de te faire peur, pour l'ivresse de passer pour folle...

  • Illusion sur Oise

    Parfois on a besoin de toucher l'irréel du doigt, parce que l'irréel n'est pas toujours impalpable...

    Mais quand on est tout près, un rien nous ramène à la réalité.

    Il suffit d'une vieille enseigne, vieille enseigne d'un cinéma qui porte bien son nom...

    Utopia = synthèse des mots grecs "ύ-τοπος" nulle part et de "ηύ-τοπος" lieu de bonheur

     

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  • En chanson

    Quelques notes qui me trottent dans la tête  :

    Le Paraguay n'est plus ce qu'il était,
    Moi non plus.
    On ne va pas regretter
    Les occasions manquées
    Ni les slows pour danser :
    Y'en a plus.
    Ceux qui restaient,
    Ou la mort ou l'amour les a eus.
    On a vu s'éloigner
    Sur des eaux agitées
    Les derniers grands voiliers.
    Y'en a plus...

    Le Paraguay n'est plus ce qu'il était,
    Nous non plus.
    Faut pas pleurer pour ça,
    Les eaux du Niagara,
    Nos amours d'autrefois
    Disparues.

    Cette chanson me plonge dans une douce nostalgie, de celle qui ne nous font rien regretter, parce que c'est la vie, parce qu'on est heureux d'avoir vécu...

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    J'étais au Paraguay, un jour d'avril 2003, c'était une autre vie. Sur mon passeport, aucune preuve de mon passage au Paraguay : le poste frontière était en rupture d'encre... Et en même temps, cette pénurie, authentique, nous donnait peut-être une image réelle de la vie de ce pays... Qu'importe le passé, la gloriole ou les ambitions, plus d'encre à la frontière, le Paraguay n'est plus ce qu'il était.

    Moi je sais que j'y étais... Mon Paraguay à moi est dans ma tête.

  • Once upon a time

    Soixante et un balais, ça fait du matos pour dépoussiérer les idées reçues. Tout en étant dans le système jusqu'au premier plan à vingt heures, tu as toujours été un peu différent, pas pareil.

    Certains auront vite fait de te qualifier d'has-been...

    Mais leur langue est sèche à force de ne plus fréquenter mon antre, has-been vaut mieux que has-never-been.

    Moi j'aime quand il t'appelle comme ça, moi la sémantik-lover. Has-been ramène à ma phrase favorite empruntée à Musset : c'est moi qui ai vécu.

    Bon anniversaire "sexagénaire"...

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  • Cours Forest

    Le jour où je me suis mise à courir…

    gondrchem1.JPGÇa m’a pris comme ça. Ce dimanche je suis seule, il fait beau, je termine une lettre, plaisir exquis du retour au manuscrit et quelque chose me pousse dehors. Je prends la voiture, me gare sur un parking bondé aux abords de l’étang de Gondrexange et j’en entame le tour, comme si j’étais poursuivie par le diable. Je passe à côté des pêcheurs du dimanche, je marche entre canal et étang, sur le chemin de halage, je rivalise avec cette péniche de location pour touristes peu pressés, théoriquement limitée à 6 km/h. J’accélère pour la doubler, mes pas s’enchainent de plus en plus vite et je ne sais pas ce qui me prend, tout à coup, je cours. Mais oui, je cours. Moi, la fille trop rationnelle je ne peux faire ce geste fou et inutile, moi la fille allergique au sport pour l’exploit et la sueur, je me mets à courir encore et encore. Mes pas sur le tapis de feuilles font une étrange musique, je cours sous les marronniers pour échapper à la chute des bogues comme si je traversais un champ de mines. Je me rends compte que les feuilles de hêtres et les feuilles de noisetiers ne font pas le même son… Lorsque mon corps n’en peut plus, lorsque je sens mes poumons collés sur ma cage thoracique, lorsque les muscles de mes cuisses se détachent de mes os comme trop cuits, je reprends ma marche. Mais c’est là que mon cœur s’emballe, que ma respiration se coupe. J’aimerais pleurer, vider tout ce qu’il y a en moi mais je n’en ai pas la force. J’avance, encore et encore. Je comprends enfin les gens qui courent, je me retourne, je regarde quelle Utopia j’ai cherché à fuir, mais il n’y a derrière moi que des couples et des familles, qui promènent chien ou enfants, c’est selon. Moi je suis seule et j’avance. J’ai le soleil dans le dos, mon ombre me dépasse, je me vois seule et je ne reconnais pas mon propre reflet, est-ce que j’ai changé ? Arrivée au pont qui enjambe le canal, je cherche la comparaison symbolique avec ma vie, quel Rubicon m’attend. Je monte sur le petit pont de bois vermoulu qui tremble. J’aimerais y voir ma vie mais je suis soudain happée hors de mes pensées, scotchée par la beauté du paysage ; il faudra que j’y repasse avec mon appareil photo : les roseaux habillés d’automne, l’étang impassible, le clocher lorrain du village, la ligne bleue du Donon au loin, et moi et moi et moi. Je reprends ma course de l’autre côté, comme une malade que je suis, comme une malade que j’ai été. Et putain, je me sens en vie. J’ai toujours une envie folle de pleurer, de hurler même mais je croise des promeneurs en ce dimanche si doux, autant de « bonjour » que l’on se doit de donner, alors que personne dans la rue la semaine ne se salue. Il faudra que je revienne dans la semaine, à l’heure où la foule travaille. J’alterne course et marche, mais je ne me sens bien que quand je cours, parce que mon corps pour suivre doit se forcer à respirer calmement, à coordonner tous ces gestes pour survivre. Je n’ai mal que lorsque je m’arrête, mais aujourd’hui je suis incapable de courir tout le long.

    gondrsquelet.JPGEn refermant la boucle, en revenant progressivement vers mon point de départ, je passe à côté du camping. Il est encore bien fréquenté pour une mi-octobre. Je reviens vers la civilisation. J’approche de la plage. En fermant les yeux je me crois à la mer, objectivement ça sent le bord de mer. Concrètement, le niveau de l’étang est bas, la vase sèche et répand cette odeur caractéristique de marée basse. J’approche de la plage, bercée par le clapotis des petites vagues rythmées par le vent. En fermant les yeux je crois respirer des relents de monoï. Je croise pour finir un groupe, un homme regarde les caravanes et dit « quand ils nous auront repris la maison, on vivra dans des caravanes », plus loin l’aire de jeu de la plage est bondée d’enfants, un couple se dispute sur la manière de ranger la poussette dans le coffre, avec un accent alsacien si prononcé qu’on dirait un spectacle comique.

    Brutal retour à la réalité, bienvenue chez les cons.

    Je rentre chez moi et je ne sais pas ce qui m’est arrivé.

    Je me suis mise à courir.

    Personne ne va me croire…

  • consolation

    bourru.JPGFinalement, outre le fait que le temps file et que personne n'ait daigné me prévenir, l'arrivée claire de l'automne a du bon. Surtout le long de la route des vins...

    L'an passé je courrais les marchés, quai des Chartrons à Bordeaux. Cette année je me contente des producteurs alsaciens.

    Le vin bourru est arrivé !

    A votre santé...

    ( la mienne... vous savez... )