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jeanneovertheworld - Page 18

  • La fille qui attend dans le brouillard

     Pour moi, ce ne fut qu’un moment évident de ma vie, mais tu as été surpris…

     

    Nous étions montés à la Jungfrau, un sommet des Alpes suisses, une succession de trains à crémaillères nous avait menés à 3454 mètres d’altitude.

    jungfrau 1.JPG

     

    Au bout du tunnel, une petite ville souterraine nous offrait quelques fenêtres sur le glacier, quelques points d’observation sur la beauté d’un monde si blanc et si grand.

     

    Par deux ouvertures, il est possible de marcher sur l'immaculé manteau, librement, emprunter des chemins balisés et damés, à l’abri des séracs sournois.

     

    Je voulais sortir, sentir le froid à mes joues, sentir le bout de mes doigts m’échapper un peu, quitte à le regretter après, les bouts rouges et gonflés à en éclater de vie.

    Tu m’as suivie sur le chemin du refuge.

    Mais le temps change si vite en montagne...

    Un nuage a épousé le sommet, nous plongeant dans la ouate, nous privant la vue.

     

    Et j’ai marché, doucement, sur le chemin blanc.

     

    jungfrau 2.JPGMalgré le nuage, la luminosité était presque insupportable, nous étions perdus dans le blanc, oppressés du rien, juste la neige tassée sous nos pieds et quelques piquets sur le chemin.

    Tu avançais derrière moi avec difficulté, la pente, le froid, mais surtout l’absence de but je crois. Il est vrai qu’avancer dans le brouillard ainsi ne rimait pas à grand-chose.

    Avancer oui, mais vers le rien, à quoi bon ?

    Je t’ai encouragé rassuré, je ne voulais pas rejoindre ce chalet, annoncé à 45 minutes de marche, je t’ai dis « juste encore un peu ».

    Et tu m’as suivi, aveuglé, aveuglément, en trainant derrière toi ton scepticisme, et cet excédent de cartésianisme que tu me reproches souvent.

    Je voyais bien que tu n’en pouvais plus, et je ne pouvais rien te promettre.

    Mais ce frais à mes poumons me faisait du bien, j’avais encore envie d’avancer, comme poussée, qu’importe si je n’avais pas la vue, il me fallait aller plus loin.

    Je t’ai dis « reste ici si tu veux, j’avance encore de deux piquets ».

    Guidée par les ombres sombres dans le brouillard, suivant le bord de la piste, j’ai donc avancé encore un peu.

     

    Puis je me suis arrêtée. Debout, droite, plantée vers l’aval.

    Et j’ai attendu, immobile.

     

    Intrigué, tu as finis par me rejoindre. Je t’ai juste dis « j’attends »... j’attends que le nuage passe.

    En riant je te demande si tu as le cell-phone de Dieu, pour que ça aille plus vite.

    Je reste debout, regard dans la ouate, sereine.

    Ça n’a pas duré dix minutes, mais probablement plus de cinq. Cinq minutes, c’est long quand on défie la raison.

    Je suis debout et je suis bien.

    La neige croustille sous mes pieds, l’air est frais à mes poumons mais je n’ai pas froid, les mains dans les poches. Décontractée, je suis debout face à l’immensité, je suis debout dans le brouillard, je ne suis pas dans le noir, je ne vois aucune lumière d’un tunnel, je suis juste quelque part, en attente.

     

    Je suis debout dans le brouillard et soudain….

     jugnfrau 3.JPG

     Tu es bluffé, je reste debout, sereine, émerveillée, mais pas surprise.

    J’avais confiance, je le savais, il fallait juste oser y croire, oser attendre et oser vivre !

     

    Nous reprenons le chemin fait dans le gris et à chaque instant nous émerveillons de ce que nous n’avions pas pu voir, c’est encore plus beau avec cet espoir fou, avec ce petit miracle qui a ôté pour nous le nuage. Nous pensons à cette famille française trop volubile qui avait fait demi-tour. Nous, nous  avons su voir.

     

    Ma foi en la Vie est  ainsi.

  • alitée

    La quiétude des lits d'hosto…

    hosto lit.JPGJ’avoue que je les aime.

    Sans doute car je n'ai pas vraiment souffert dans ma chaire, plus eu des bleus à la Vie que poussé des cris.

    Le lit d'hôpital pour moi est un endroit paisible, un endroit vide, un endroit calme.

    Et tant pis si je choque, pour moi, le lit d'hôpital est un sas entre la Vie et la Mort.

    Un endroit vide de peur aussi, juste une attente imprécise.

    Le temps n'a pas prise ou à peine, les rayons du soleil sont filtrés par le voile opaque des fenêtres.

    Plus rien de l'extérieur n'a d'importance, le travail a été laissé en plan, la lessive qu'il faut repasser, tout cela est devenu secondaire.

    Même les gens… les visites sont réduites, on est seul face à soi, on n'est rien, on est calme, tout petit en attendant que la Faucheuse nous oublie. Il y a des gens qui nous aiment, en dehors, qui pensent à nous, sûrement, qui ont mal, aussi, mais qui n’ont pas le droit de le dire. A côté du lit, il n’y a que des silences et des sourires, s’assurer d’une présence. Pour se retrouver seule, calme. Loin des yeux, dans le cœur, une chaleur.

    Plus rien de l'intérieur n'est vraiment maîtrisable, les infirmières passent quand elles veulent, quand elles peuvent, les examens nous sont faits sans qu'on en connaisse bien les résultats.

    Sur un lit d'hôpital on est que soi, un corps avec une âme.

    Sur un lit d’hôpital, on touche à l’essence, on atteint la vraie nudité.

    hosto plafond.JPG

     

    Je suis bien sur ce lit, je regarde le soleil jouer avec le plafond, j’imagine que la Terre tourne à l’extérieur, rien ne me l’indique à l’intérieur, ma vie est suspendue.

     

    J’aime m’allonger sur ces lits d’hôpitaux.

    Vide du monde, pleine de moi.

    Sereine.

    En paix.

     

     

  • Tatie Danièle

    Je supporte peu les discussions bien pensantes sur le cancer. Je devrais m'y faire, me blinder un peu plus, mais non, ça me donne toujours envie de vomir ou de pleurer, moins souvent de hurler.

    Ces gens qui supputent « je suppose qu'il faut être très fort dans sa tête»… C'est justement ces phrases qui me font craquer, pas les examens, pas la douleur : une sorte de compassion impossible, d'empathie illusoire. On est toujours tout seul et jamais personne ne pourra dire, juger, critiquer ou même commenter. Ou ces malades qui ne connaissent pas mon histoire, qui me répètent que c'est une saloperie, qu'on n'est jamais guéri et parfois même que j'ai "de la chance"...

    accroche.JPGJe me souviens d'une dame digne en apparence, snob, qui avait dépassé les 80 ans et fut amenée dans ma chambre à deux lits, dans un vieux service de dermatologie qui n'avait pas encore de chambres individuelles.

    Elle m'a saluée, puis ignorée.

    J’aurais bien fait de même mais impossible d'ignorer les visites des médecins, impossible de ne pas entendre ce qu'on lui annonce : « votre cancer est revenu ». Et de regarder un tout petit point noir qu'elle avait au mollet.

    Elle ne savait pas pourquoi moi j'étais là, elle savait à présent pourquoi elle, elle y était.

    Elle paraissait résignée, pas accablée, désireuse de partir rapidement de là, fuir sans doute, mourir en paix chez elle. Alors, trois minutes après l'annonce du verdict, elle essayait de reprendre les choses en main, de choisir sa vie alors que la maladie lui enlevait son futur, elle décréta "coupez-moi la jambe". Qu'on n'en parle plus. Éliminer le membre pour tuer le crabe. Dans sa maison de retraite confortable, étudiée pour laisser passer les fauteuils roulants, elle voyait déjà la fin de sa vie sur deux roues, avec une seule jambe, mais sans cancer.

    lit 2.JPGEt puis elle est partie dans un long monologue, je ne peux plus dire si elle s’adressait à moi, si elle parlait à une infirmière ou si elle lançait des mots en l'air comme ça, à l'heure de l'apéro-philo. Je me souviens bien de ses mots par contre qui m'ont plongée dans une colère contenue, qui m'ont blessée plus que tous les examens passés jusqu'alors...

    Elle disait:  " c'est une sale maladie vous savez... une vraie merde... mais moi je suis déjà vieille"…

    "Si j'avais eu ça à 30 ans, je me serais suicidée"

    J’étais dans le lit d'à côté, avec mes 35 ans, à vouloir vivre encore.

    Bien sur j'ai compris pourquoi elle disait ça, je suis certaine qu'à 30 ans, elle n'aurait jamais pensé cela, je sais bien... et pourtant, elle m'a tuée, cette mamie. Moral anéanti. Puis rage.

    Je ne sais pas si elle est encore en vie aujourd’hui.

    profil sourire fossatte.jpgTrois ans plus tard, j'entends encore ses mots.

    Je ne sais pas si elle vit encore.

    Moi oui.

     

  • mots sous Omnipaque

    perf 2.JPGLa perfusion,

    A profusion.

     

    Le froid dans les veines au bras

    Puis le chaud,

    En bas.

     

    Inspirez, bloquez…

    Expirez

    (le plus tard possible).

     

    scanner.jpgSoupire : j’ai vu pire.

     

    Où est l’humain ?

    Stérile -  usine.

    Bactéricide.

     

    Suis-je Bactérie ?

     

     

     

     

    .

  • Et piqûre

     

    Perfusion :  perfide illusion,

    en intraveineuse,

    d’avoir de la veine.

    perf.JPG

  • papilles immatures

    C’est la fin du printemps, il fait beau, j’ai 10 ans.

    Je virevolte sur la balançoire, je manque de toucher les nuages et repars de plus belle, tentant de réchauffer la plante de mes pieds au soleil, la corde qui craque et le crochet qui grince jouent la symphonie de l’enfance. Je me balance et à chaque mouvement s’approchent de mon visage les énormes cerises napoléon que j’aime tant croquer. Je m’impatiente, je dois encore attendre Candy%20Candy%20283a.jpgqu’elles deviennent presque noires pour les savourer.

    Je vois aussi les fleurs dont je ferai un bouquet pour ramener à mon institutrice….

     

    Je crois que je suis Candy…

     

    Mais elle rêve et elle imagine
    Tous les soirs en s'endormant
    Que le petit prince des collines
    Vient lui parler doucement…

     

    Je me balance et je vole, je suis légère, ivre du vent à mes oreilles.

    Non, c'est la maison qui s’avance et qui recule, ce n’est pas moi qui me balance, c’est le monde qui tourne autour de moi…
    Sur le mur est accrochée la cage du canari, il chante si bien, faisant la fierté de mon grand-père. Il rivalise avec les moineaux sauvages et vulgaires avec son jaune plumage et sa gorge déployée.

    C’est amusant un oiseau en cage dans un havre de verdure…
    Il y a tous ces éléments de décor que j’ai vu mille fois...


    Mais il y a un plus, le petit élément qui grave à jamais ces instants et ravit tous les sens : le son du canari, de la balançoire, du vent à mes oreilles, la vue de la nature immense autour de moi ; le toucher de la corde qui fait rougir mes galett10.jpgmains tellement je me sers fort pour monter plus haut ; l’odeur des fleurs et…. Une autre odeur plus humaine, une odeur qui déjà m’allèche et ravira mon dernier sens, celui du goût : les grumberkichle qui grillent dans leur bain huileux.

    Ma grand-mère est une cuisinière hors paire, une femme de fourneaux qui n’hésite pas à prendre 7 heures pour faire le gâteau justement nommé siebenstundenkuchen. fleischkiechle_prets_etre_cuits.jpgSes boulettes de viande ( fleischkiechle ) ses légumes du jardin, ses beignets… et ses grumberkichle !!!
    Jamais je n’en ai mangé de pareilles.

     

    Il faisait beau, je me balance et en guise de goûter j’ai eu des crêpes de pomme de terre, des râpées comme on dit parfois.
    Elle préparait le repas du soir mais on a tout mangé au goûter tellement c’était délicieux,

    Aucune notion de péché, mais tellement de gourmandise, aucune notion de calories encore, juste le plaisir nu de la dégustation des produits simples magiquement associés.

     

    J’aipommes-de-terre-rapees-150x150.jpg souvent tenté de refaire ces grumberkichle.

    J’ai toujours été déçue.
    Cela ne veut pas dire que je ne réussis pas la recette.
    Mais la jeunesse a fixé ce moment unique, je le garde au fond de moi, j’en salive encore, je sais que je ne retrouverai pas cette sensation, mais encore une fois, je peux dire avec grand émerveillement que c’est moi qui ai vécu, j’ai connu ce moment, je m’en souviens, j’ai aimé ! 

     

    En évoquant cet instant fugace mais ancré, j’ai éprouvé de la peine : se pouvait-il que je n’ai que des souvenirs de la cuisine de ma grand-mère maternelle ? Alors que je suis involontairement la prunelle de ma grand-mère paternelle… ? Un sentiment de culpabilité est né.

    crepes_biere.jpg

    Ma seconde grand-mère…

     

    Je me souviens du beurre et de l’odeur du beurre, racines normandes oblige mais si je dois retenir une ivresse du goût… Oui !

    Les crêpes du mercredi après-midi !

     

    Leur rareté en a fait la légende.

    Le cérémonial répété a fait le reste. La pâte est excellente, une recette du nord, à la bière. Mais les crêpes, à la poêle sur le gaz, c’est grand-père qui les fait sauter. La seule occasion d’aller derrière les fourneaux, faire sauter les crêpes, sa mission, un travail d’homme pour ce colosse au coeur si tendre.
    Je pense à eux à chaque fois que j’en fais chez moi.
    Je pense à eux.

    Une histoire de couple.

    Il faudra que je vous reparle d’eux…


     

  • 14-18, mon amour...

    14_18 garçonnet.jpgIl a le parfum de ces histoires dont on parle encore parfois le soir, qui font les légendes des peuples, les plaies refermées depuis si longtemps qu’on se demande si elles ont un jour suinté : mon amour 14-18.

    Il est de ces combats si anciens qu’on ne sait plus qui est le vainqueur, de ces batailles qui finissent lorsqu’il n’y a plus de survivants pour témoigner. On n’osait détourner les yeux devant les Poilus frêles mais debout, à présent que tout le monde est mort, il est enterré : mon amour 14-18.

    Il est de ces idylles qui ne tirent leur beauté que des rêves où elles ont grandi, arrosées le matin par un sourire, empourprées le midi par un morceau de pain partagé, fertilisées le soir par l’espoir d’un lendemain.

    Il est comme ça, l’amour qui m’accompagna de 14 à 18 ans…

     

    Une petite chanson et je me souviens..

    De tout ce que j’ai cru, imaginé, voulu, envisagé, perçu, déformé, relu, désiré, désirs d’absolu, d’intensité…

    Platonique, sans nique, platonique, sens unique peut-être. Sans interdit, sans partage, sans passage à l’acte. Un ami à mi chemin, sans les mains, mis sur mon chemin. Précieuse compagnie mais con nié.

     

    14-18 amour.jpgToutes ces batailles sans déclaration d’amour… il me fallait signer l’armistice.

    Le jour de mes 18 ans, j’ai pris ma liberté, je me suis émancipée.

    Je lui ai tout donné : mes rêves, mes émotions bâillonnées, des mots que je ne voulais que pour lui. 80 pages d’aveux à en perdre son latin.

    Amo, amas, amare, je n’avais que trop conjugué.

    Et je l’ai laissé avec mon amour mort sur les bras, sur le pas de sa porte.

    Il n’entra pas en moi, je n’entrai pas chez lui, nous restèrent dans nos mondes.

    Et je suis partie vivre.

     

    Un homme que je quittais m’a dit «  tu es une femme d’adieux ».

    Je n’en avais pas conscience. Mais a-t-il tort ?

    J’aime tant mettre des points aux phrases, une conclusion.

    Les suspensions me tiennent trop éveillée et m’empêchent de dormir.

    Et de vivre.

    Je n’attendais rien de toi.

    Je ne veux pas t’attendre.

    Femme d’adieux, je ne sais pas.

    Tuer l’espoir avant qu’il ne meurt de solitude : oui.

     

    http://www.youtube.com/watch?v=JwkEgmyrOU4

     

     

  • Je me sens Japon

    Je sais qu’avec l’actualité certains n’apprécieront pas et me jugeront nombriliste ou irrespectueuse des souffrances. Cette dramatique actualité souligne des évidences et me permet de mieux me voir. J’assume le nombrilisme.

     

    Un homme qui ne me connaissait pas discutait sur Facebook.

    « Tu es si forte… »

     

    Je me sens Japon.

    faille.jpgJe suis construite à l’intersection de plaques mouvantes, de plaques qui s’affrontent en moi : le bien, le mal, toi, eux, mes rêves, le devoir, mes lâchetés… 

    J’ai une longue histoire, je suis née à la confluence des désirs de la terre. J’ai grandi doucement, dans un archipel d’amour, j’ai appris, je me suis développée, suis devenue indépendante, ai constitué une place forte, à l’Est.

     

    La peste brune m’a atteinte.

    Puis Hiroshima : un cratère à mon bras.

    Et je me suis reconstruite, comme j’ai pu.

    Aujourd’hui, ceux qui ne connaissent pas mon histoire ne soupçonnent pas.

    Je ne mange plus de crabe, c’est tout.

    Et je me balade dans les rues, et je vais travailler le matin, et je vais au cinéma, et je sculpte, et j’écris, et je vis. Et je dis «  je n’ai pas survécu pour ne pas vivre », et j’exporte mon savoir-faire, je communique, je déborde de moi.

    Survivre, c’est sur-vivre, vivre plus.

    ECG rose.jpgOn vit tellement qu’on en oublie souvent les failles, les fêlures souterraines.

    Je tremble pourtant, tous les trimestres, tous les ans, lorsque l’on me scanne, lorsque l’on mesure, oui je tremble et le sol se dérobe sous mes pieds.

     

    « Tu es si forte. »

    Oui, je me tiens debout, je suis prête.

     Je sais qu’il viendra peut-être, le Big-One.

     

    « Tu es si forte. »

    Non, je ne suis pas forte, je suis toute fêlée dessous, il y a tant de forces qui s’opposent en moi.

    sismo.jpgEt quand ça tremble, quand s’ébranlent les fondements, quand s’écartèlent les entrailles, quand se rouvrent les fissures, tout s’effondre.

    tsunami vague.jpgEt parfois déferle un tsunami de larmes sur mes joues, des soubresauts, le souffle coupé, des hoquetements, un empire qui s’effondre.

    Et parfois de l’ouverture sort des mots, dégueulent des cris, éruption, cratère, cicatrices, signes extérieur de malheurs.

    Puis vient le matin où on voit qu’on est encore vivant.

     

    « Tu es si forte. »

    Je me sens Japon.

     

    Je suis si fragile.

    Les aléas ne sont pas risques sans humains, je me risque donc à vivre.

    Mon fatalisme n’est pas un pessimisme.

    Carpe diem quam minimum credula postero. 

    tsunami estampe.jpg

     

     

  • J'irai manger sur la Terre

    Dans ma famille on mange comme on aime : parfois mal, parfois trop, mais avec passion.

     

    Et toujours aussi on vide son assiette…

    De là sans doute mon obsession des adieux, des histoires qui se finissent.

     

    J’ai déjà fais quelque kilomètres sur la planète, traversé l’équateur, flirté avec les tropiques, nagé en eaux troubles ou pacifiques, flotté sur des mers mortes ou touché les fonds sans marin.

     

    Et chaque fois, quand je rentre en mes terres, les anciens me demandent «  est-ce que tu as bien mangé ? », seule chose à laquelle ils peuvent se raccrocher, ne comprenant que peu ce qui m’attire vers les terres stériles, vers les volcans et les glaciers, ce monde qui leur est inconnu, ce monde qui me prend aux tripes… La seule chose qu’ils espèrent est le plaisir de mon estomac.

    Et souvent, je les déçois.

     

    Je ne vais pas au monde pour manger, mais pour vivre, et je mange donc en conséquence.

    Mais je découvre, je m’adapte, de Poffidges hollandais en Ebelskivers danois, je goute à toutes les spécialités et ne prends jamais de steaks-frites.

     

    dessert.JPGJe me souviens d’une fougasse à la fleur d’oranger achetée au Grau du Roi avec mes parents quand j’étais enfant, d’une Seafood Chowder en Acadie, de la sauce qui crépite sur le riz soufflé en Chine, du pain au chorizo que nous achetions à Estoril, sur le marché, je me souviens les lieux, des personnes, des pubs, de toi, mais finalement peu des mets, moi la connaisseuse gourmande.

    J’ai plus bu que mangé, j’avoue. Une caipirinha à Copacabana, un Cuba Libre à Cienfuegos et des pintes, et des pintes all over the world… et des bières et des bières, blanches, blondes, brunes ou rousses…

     

    Sans réfléchir, ça m’est venu ce matin, la conscience du bon, par la conscience du manque.

    bouffe bali 2.JPGDe tous les voyages, de toutes mes découvertes gustatives avouables, j’en veux encore : Bali.

    Moi qui ne suis pas carnassière à outrance, moi qui aime le doux et le fort, moi qui n’aime pourtant pas tant le riz, j’ai aimé Bali.

    J’y ai retrouvé la sauce Satay qui troublait déjà mes sens lors de dégustations africaines avec sa cousine Mafé, j’y ai aussi gouté tous ces fruits magiques : dragon fruit (pythaya), snake fruit (salak) mangoustan…

     

    On va pas en faire tout un plat, mais je vais juste nous faire une petite salade ce soir…

     

    <3

     

  • mon père, ce héros terroriste.

    C’était dans les années 1970.

    Chez moi, la Border Line, y’a toujours eu une frontière, que l’on traversait parfois, tête haute, fière. Je sais bien que l’herbe n’est pas plus verte de l’autre côté, elle était souvent plus kakie pour tout dire.

     

    Malgré l’histoire de mes grands-parents, la frontière, depuis ma naissance, on joue avec, de guerre froide en union, de grève du zèle en libre circulation. On sait dépasser les limites tout en sachant très bien de quel côté on se situe.

    Souvent on faisait le mur pour gagner 200 francs, puis on a franchi la ligne pour économiser 30 euros.

     

    Quelques kilomètres pour voir que l’étranger est un autre, plus étrange par ses us que pas des coutumes semblables, pour voir que les hommes sont les mêmes mais qu’on n’entend rien à leur germanique latin.

     

    C’était dans les années 1970.

     

    Mon père allait acheter de l’essence de l’autre côté, après son poste de travail.

    La nuit.

    Dans le noir.

    Il passe la douane.

     

    La bande à Baader est en fuite, la tension monte, le rideau tombe aux limites.

    Et mon père se retrouve menacé, mitraillette sous le nez.

    La housse de la banquette arrière de la voiture, trop petite, mal adaptée, fait comme une tente entre le sol et le dossier… Sans doute cache-t-il des armes… Cet homme est dangereux…

     

    2cv.jpgMon père sous les mitraillettes au milieu de la nuit, à la frontière du réel, tente de passer de l’autre côté du miroir, aux alouettes, à l’essence, sans saisir le sens de ce déchainement.

     

    Mon père, le terroriste en deux chevaux orange…