Promenons nous dans l’émoi
Espérant que le loup, c’est toi
Si le loup voulait, je le mangerais
Si le loup veut d’moi, on s’allong’ra là
Mon Loulou, y es-tu ?
Que fais-tu ?
M'entends-tu ?
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Promenons nous dans l’émoi
Espérant que le loup, c’est toi
Si le loup voulait, je le mangerais
Si le loup veut d’moi, on s’allong’ra là
Mon Loulou, y es-tu ?
Que fais-tu ?
M'entends-tu ?
Jadis, je jouais au théâtre.
Je ne me souviens pas avoir eu envie.
Je ne me souviens que d’Antigone montée par une troupe au lycée, Bérénice vu en prépa… J’aimais le théâtre, mais jamais je ne pensais pouvoir monter sur scène, moi, la petite fille timide, moi la complexée, non, pas possible. Et puis jamais de la vie aussi jolie que cette actrice…
Pourtant j’ai toujours aimé ça : jouer.
Au papa, à la maman, à la dinette, réinventer un monde, édulcorer, me prendre pour Cendrillon.
Les spectacles de fin d’année, les représentations caritatives, c’était pour moi.
J’allais à la messe aussi, jadis.
Pas enfant de cœur, non, pas assez actif, trop soumis, je ne suis pas servante. Mais à l’époque je me retrouvais derrière les micros pour lire les lectures, les prières dites universelles. Actrice. Participante d’un spectacle, succès garanti, spectateurs qui disent toujours Amen !
Un jour tu m’as dis « viens » et m’a emmenée à une répétition de cette troupe, le Carton.
J’ai eu du mal au début : se donner en spectacle, c’est se mettre à nu, se donner aux inconnus. Mais on n’est pas soi, on est un autre, plus que soi parfois aussi.
L’atelier reposait sur quelques apprentissages et exercices, puis travaillait l’improvisation avec un sketch à écrire par séance, avec un thème, des contraintes. Nous en avons jeté beaucoup et gardé quelques uns, fameux.
Un fonctionnement à la Splendide.
Avec les meilleures créations nous montions tout un spectacle, autour d’un fil d’Ariane.
Et pour alterner quelques reprises (merci de ne pas trop le répéter à la SACD) : les Brèves de Comptoir, le Père Noel est une ordure… J’étais Thérèse. « Thérèse n’est pas moche, elle n’a pas un physique facile ». A quatre pattes je faisais le cochon par terre, Mortez/Yann derrière moi, pantalon baissé.
Moi, je n’avais pas tant de plaisir sur scène.
Parce que c’est un « travail », une responsabilité, une mission. Mais j’ai toujours aimé le faire. J’ai toujours aimé les coulisses, l’envers du décor. J’ai toujours aimé préparer, organiser, répéter.
Que de bons moments, le Carton, notre famille.
Une association qui tourne avec moins de dix bénévoles également acteurs, ça finit par s’essouffler.
J’ai revu Eric au supermarché.
On a parlé du bon vieux temps…
Le Carton a rempli nos vies pendant presque 10 ans.
… Et quand nous fûmes devenus grands,
Quand nous eûmes fini de jouer,
Nous repartîmes faire notre vie,
ailleurs….
Avec dans le cœur une expérience inoubliable.
Je prends le micro et je ne saurais trop vous dire… MERCi.
C'est moi qui ai vécu !

J’aime...
... les Etats-Unis. Pour une géographe, c’est une sorte de paradis, les grands espaces, Yellowstone, les grandes plaines, les Appalaches, la Cordillère, les déserts, le grand canyon, Death Valley, on ne sait même pas par quoi commencer, un peu d’histoire à Boston et des villes, des villes et des villes.
J’ai eu la chance de parcourir ce pays
de Washington jusqu’à l’Etat de Washington.
En voiture.
Automatique.
J’ai grandi avec Disney et Tex Avery.
Je les tiens pour génies.
Par contre je n’aime pas Disneyland.
Oh, je n’ai rien contre les parcs d’attraction, je m’y suis rendue, je m’y rendrai encore sans doute, mais ce que je n’aime pas c’est l’esprit « Disneyland » : la transformation de faits réels en produit attractifs à but lucratif.
A la suite de « nine eleven », un frisson de patriotisme a parcouru l’Amérique, un élan d’humanisme la planète. Et si l'on comprend l’histoire de ce pays, sa composition, ses recompositions, on ne peut qu’être ému.
Je dis souvent « un mort est un mort », jeune ou vieux, jaune ou vert, il n’y a pas de hiérarchie dans la douleur et la perte d’un être cher est sans commune mesure.
Alors oui, se souvenir du 11 septembre 2001 comme de tous les autres actes barbares, avec en plus la symbolique, pour nous, pour l’Amérique, avec en plus les conséquences politiques, économiques, psychologiques même.
J’ai visité le mémorial, ces deux fontaines comme des gouffres, les plaies des tours non refermées. Oui, on pourrait dire que c’est too much.
Acheter en sortant un « flag of honor », un drapeau à bandes et étoiles portant les noms de toutes les victimes, on pourrait dire que c’est too much. Mais je crois les visiteurs sincères. C’est une des composantes sociologiques de ce peuple qui nous rend moqueurs ou jaloux, nous Français râleurs et égoïstes, qui pensons que « patriotisme » est une insulte ou pire, une menace lepeniste.
Je m’accommode sans peine de ces too much, en respectant leurs différences, en m’avouant que nous sommes de culture proche mais si différente.
Je n’aime pas Disneyland.
La disneylandisation des souffrances.
Chez Macy’s cette année, pour célébrer les 10 ans des avions fous, vous pouviez vous faire un sapin odeur kérosène, vous pouviez cette année en guise de boule mettre des petites tours fantômes…
Je n’aime pas.
L’habitué de ce blog sait que certaines phrases vont revenir,
et je ne vais pas m’en excuser,
et je vais encore me répéter.
Rien ne vaut le vrai,
c’est moi qui ai vécu.
L’Origine du Monde de Courbet dort à Orsay.
Tous les soirs, la belle sans tête se rend compte qu’elle a encore dormi le sexe à l’air et redescend sa chemise, elle est bien plus pudique qu’on ne le croit, je le sais, moi…
Pour la voir, lascive et endormie le jour, il faut chercher dans les petites salles, parfois demander son chemin, on ne la rencontre pas par hasard. Et lorsqu’on désespère, lorsqu’on se demande ce qu’on est allé faire dans les allées de l’architecture, elle apparaît dans sa douce fragilité : l’Origine du Monde.
Je ne mettrai dans ce petit texte qu’un négatif,
bleu et froid,
parce que, je vous le dis,
rien ne vaut le réel,
la caresse de votre œil sur la toile de Gustave.
On a beau avoir vu cinquante reproductions, et autant de digressions ou de déformations, il faut voir l’original de l’Origine.
En saisir la taille, réelle, 0.463 sur 0.554, en percevoir la couleur, toutes les couleurs, sans artifice.
En saisir surtout toutes les nuances.
Entrer dans l’indécente fente, descente lente, jusqu’à en humer le parfum térébenthine.
Se laisser imprégner, impressionner, par le grain de sa peau, sa forêt indomptée et ces suggestions de source humide, oui…
mais aussi par son ventre exsangue, par le drap bleuté de sueur et par son sein orphelin…
Le réel efface toutes les suppositions, tue toutes les approximations, on découvre soudain une toile qu’on n’a jamais vu,
l’empirisme dépasse toutes les sciences,
sous l’emprise du sens
et dans l’empire des sens.
Voir l’Origine à Orsay et pas dans un livre, c’est savoir.
Voir l’Origine à Orsay et pas dans un livre, c’est vivre.
Je ne sais toujours pas si j’aime ce tableau, s’il est beau.
Mais je l’ai vu et j’aime qu’il existe.
Comme toi...
.
C’était un soir en novembre, Louis Chédid en concert.
Pas vraiment un hasard, mais juste une occasion.
Juste l’occasion de me rendre compte que je ne le connaissais pas.
Juste mes oreilles à la radio ou à la télévision, y’a longtemps et moins.
Quelques vérités d’actualités « on ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime ».
J’ai vu un type de presque 64 ans sorti tout droit d’un siècle révolu, des tennis aux semelles blanches et plates, un costume lâche, une chemise sortie, des poches sous les yeux, une moustache à la Brassens, en vieux.
Non, vraiment, pas une rock star.
Il a pris sa guitare, mis sa voix dans un micro très bien réglé, sous des lumières léchées.
Et j’ai voyagé.
Et j’ai pleuré aussi.
Quoi que la vie nous réserve
Où que le vent nous entraine
Même si le temps nous déchire
Même si la noirceur des choses
Nous fait comme une overdose
Que nos chemins se séparent
Et même si tous ces mots d'amour
Terminent un jour à la poubelle
Quelle belle histoire quand même
Quelle belle histoire quand même
Sans rancœur ni amertume
Sans cette haine importune
Que crée la beauté posthume
Je veux garder le souvenir
Du meilleur et pouvoir me dire
Quelle belle histoire quand même
Quoi que la vie nous réserve
Où que le vent nous entraine
Même si le temps nous déchire
Quelle belle histoire...
Et j’ai swingué.
Ça fait longtemps que je sais que les vieux cachent leur jeu derrière leurs derniers cheveux blancs.
Le concert le plus rock-and-roll de ma vie, avec l’élégance et la simplicité de tennis aux semelles blanches…
Merci Louis.
Pour ce concert, pour te connaître, pour te découvrir chaque jour encore, pour mes larmes et mes éclats de rire, pour les rebondissements inattendus, pour tous les chapitres secrets tant ils sont incroyables, pour les moments partagés, pour les mains saisies dans le froid...
je contemple l’œuvre de la Vie, la Bienveillante, Ma Vie,
et je me répète, la gorge serrée par l’émotion, à voix basse pour ne pas gêner les autres avec mes petits bonheurs :
quelle belle histoire quand même…
Quelle belle histoire quand même…
Quelle belle histoire quand même…
QUELLE BELLE HISTOIRE QUAND MEME !!!
Il y a toujours de la tristesse
un peu
dans les débuts.
Pour accéder au réel, il faut faire le deuil de l'imaginaire.
Pour faire naitre des possibles, il faut en sacrifier d'autres sur l'autel de la conscience rationnelle.

Tout début est une fin du monde.
Celui d'avant.
Rien ne sera plus comme avant...
Tant pis... : je t'aime.
Il y a cette horloge étrange,
sur le quai de la gare
qui égraine les minutes comme d’autres les secondes.
Depuis le temps que je la regarde,
j’ai déjà passé deux jours sur le quai.
Et si elle tournait à l’envers…
Pourrions-nous réécrire les pages,
pourrait-elle effacer ce que je ne veux oublier ?
Puisqu’on est déjà plus loin,
il n’y a plus aucun risque à oser vivre.
Peut-être même sommes nous déjà morts…
Dans mon wagon.
Le train démarre et m’entraine vers demain,
ou hier on ne sait plus bien.
Je m’éloigne du diktat de l’horloge.
Et passe la vie
sans que ne passe l’envie d’elle…
et de toi…
J’aime l’art.
Parce qu’il incarne l’inutile nécessaire à l’humanité.
La peinture entre autre.
Edward Hopper en particulier, pour ses tableaux si remplis de vide, si profonds dans le rien.
J’aime les musées à tableaux, du Rijksmuséum d'Amsterdam au Tate de Londres.
D’aucuns pourraient être surpris de mes photos, prises au Moma, et pourtant…
Dans un musée comme dans la vie, ce qui m’intéresse, c’est le vrai.
Voir de mes yeux, sans filtre.
Ne pas rester l’oreille contre l’audio-guide : juste planter mes pieds devant la toile et la vivre.
Ressentir.
Etre surprise la première fois par la taille des Demoiselles d’Avignon, par le sombre et l’immensité de la Ronde de nuit.
Il en va de même pour tout dans la vie : on a beau savoir, voir c’est autre chose.

Certains photographient Seurat de loin, passent comme on zappe.
Moi j’avance, encore et encore. Je cherche le vrai.
Au Moma, j’ai revu des Nymphéas.
Je suis toujours un peu émue, ou gênée du clin d’œil que Monet fait toujours à ma vie.
Et j’ai encore appris de lui. Sans plus comprendre, sans défaire le mystère.
En regardant.
Avec mon œil.
Mon œil qui ne s’attarde pas à l’apparence, qui n’a que faire de l’esthétique.
En avançant j’ai vu les couches, deviné les sous-couches. Comme on peut lire la folie et le génie de Van-Gogh dans les tourbillons du pinceau, j’ai cherché les poils à jamais exposés, englués dans la peinture.
Je veux encore aller dans les musées, chercher la peinture écaillée, les traces des vivants après leur vie.
Rentrer à l’intérieur des œuvres pour ressentir les hommes.
Pas regarder le tableau, ne m’intéresser qu'aux coups de pinceaux.
Je veux prendre tous les détails comme des semences que je laisserai germer en moi.
Et en sortant dans la rue, en sortant dans la vie, je sourirai sans doute en me disant « je sais ».
Ressentir.
Vivre.
Etre.
Devenir.
Je suis entrée la dernière, j’ai posé mon sac sur le bureau et j’ai déclaré ouverte la Nième cérémonie du savoir par cette phrase qui ne vieillit pas : « merci, vous pouvez vous asseoir, sortez vos affaires… ».
C’est lorsqu’ils sortaient trousses et cahiers que je l’ai vu :
le pot de craies.
Un petit pot de plastique, de la récup’, de la débrouille, un petit pot qu’on ne voit pas, qu’on ne regarde pas. Et c’est tant mieux, petit pot pas glorieux des écoles de la République.
Un petit pot de rien, vide comme un ciel de brouillard, avec des bouts de craies plus petits que l’espoir.
Un petit pot qui va me faire des clins d’œil toute l’heure…
Un petit pot au coin du bureau, un petit pot esseulé, un petit pot tatoué.
« we love PHiLO »
Un petit pot qui doit te regarder… philo-sopher
sans oser vraiment te dire qu’il aimerait... philo-lover.
Et je quitte la salle en souriant.
Avec tout de même cette interrogation folle :
We love Philo… est-ce pléonasme ?
We love Philo… est-ce truisme ?
We love Philo… est-ce euphémisme ?
En tout cas je retiens qu’il manque à toute cette histoire la –Sophie, σοφία, cette sagesse raisonnée…
Et si la clé c’était cela : consciemment perdre conscience,
cesser d’être sage pour se contenter d’aimer
et se nourrir d’aimer aimer …
C’était l‘histoire vraie d’un bavard petit pot de craies …
Les sapins de la Montagne Brûlée
Sont encore debout
Les sapins de la Montagne Brûlée
S’accrochent encore
Droits et fiers
Ils regardent sur la verte colline,
En face,
Ce qu’ils étaient hier.
La nuit, un train traverse les Rocheuses.
Et moi dedans, je traverse le temps.
On avance dans la nuit,
Comme on avance dans la vie :
A l’aveuglette, en suivant une voie.
On avance, on avance, de secousses en accélérations,
On avance, on avance, sans être certain de la destination.
On ne prend pas toujours le temps d’observer le paysage,
Moi, je n’ai rien d ‘autre à faire, dans cet étrange voyage.
La lumière du wagon met sur l’extérieur un voile de pudeur,
La lumière du wagon nous empêche de voir à l’extérieur.
Mais quelque chose m’attire, je veux voir, je veux savoir.
Je colle mon visage à la vitre froide,
Mes mains autour des yeux pour rejoindre l’autre monde.
Le spectacle est d’une beauté terrifiante :
Je ne vois que des squelettes qui dansent,
Je crois voir la fumée de leurs âmes qui s’élèvent.
J’ai le corps dans la vie du wagon
Et le visage dans la mort.
Sur des kilomètres défilent les cadavres,
La nuit porte leur deuil.
Je me dis que ce pays-là, près de Kamloops, au Canada, ne doit plus connaître le soleil et qu’il faudra bien des larmes pour que renaisse la forêt.
Je suis dans la nuit, je suis dans le train.
J’avance dans la vie, je ne perds pas mon entrain.
Les arbres calcinés sont restés debout
Pour rappeler, à toi, à moi, à nous,
La magie et la fragilité de l’existence.
Descendre
Du train
Des cendres
Demain
Aujourd’hui
La Vie !