jeanneovertheworld
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Gisèle
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Cathedral Cove
Dans mon établissement scolaire il y a encore de vieux ordinateurs, qui, lorsque je les allume, me transportent ailleurs.
C’est tout con, un fond d’écran. Sa seule fonction est d’habiller le vide. Ça a été inventé pour qu’on l’oublie, qu’on n’y prête pas attention, quelque chose de neutre et d’universel, quelque chose d’irréel. De ces riens que j’aime tant.
Lorsque j’allume l’ordinateur, je pars en voyage.
Je retourne immédiatement sur cette plage, océan pacifique, péninsule de Coromandel.
Quand j’allume l’ordinateur obsolète de la salle des professeurs je souris, je me dis que je suis en vie et que j’ai une chance folle, que ma vie est un cadeau. Qu’importent les pas qui raisonnent dans le couloir, les bruits de chaises et les cris des surveillants dans la salle de permanence voisine, qu’importe ce rappel incessant aux sombres aspects de mon travail, mes yeux se perdent dans ce fond d’écran à s’en humidifier.
J’ai foulé cette plage, aux antipodes parfaite de ma petite ville de province.
Par deux fois même, pour vérifier qu’elle existe et que je n’ai pas rêvé.
Je me souviens.
C’est moi qui ai vécu.
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synchrone
Sarah avait pris l’habitude d’écrire bien avant que les choses arrivent. C’est une fille qui anticipe, c’est sa manière d’avoir moins peur, de penser qu’elle maîtrise le monde, l’illusion d’un danger qui s’éloigne parce qu’on s’y est préparé.
Elle avait écrit cette scène à l’avance parce qu’elle espérait la vivre au point que, quand elle s’est réalisée, elle a perdu pied, sa mémoire, submergée d’émotions, n’a pas archivé correctement ce moment. Écrire ce que l’on prévoit, c’est aussi chercher en soi ses désirs profonds, ouvrir les yeux sur nos failles.
Les corps se sont emmêlés sans défaire le lit, cinquante nuances de gris.
Au moment de se quitter, elle a osé.
Elle avoue à Paul son plus grand fantasme : qu’il la prenne dans ses bras et qu’il prononce son prénom. Finie la censure, c’est peut-être la dernière occasion de lui parler, il est là, devant elle, il ne faut rien regretter. Dans cette chambre sans la vue, il est prisonnier, il n’a pas d’autre choix que l’écouter. Elle ne veut rien garder pour plus tard. Elle s’est promis de vivre chaque jour comme si c’était le dernier et d’enchaîner les derniers, à l’infini. Elle ne se dit pas que c’est la dernière fois, elle ne se dit rien, elle vit, l’absolu, l’intense comme elle l’a toujours voulu. Sans retenue.
Elle n’a pas d’âge, il n’y a pas de lendemain.
Paul avance vers elle, ouvre ses bras et l’y enferme, presque maladroitement, et elle entend : Sarah… Sarah !
Elle entend son prénom comme elle ne l’a jamais entendu. Sans accent, mais d’une intonation totalement inconnue qui la bouleverse. Elle se dit qu’elle n’a jamais rien vécu, que personne ne l’a jamais appelée. Il la prend dans ses bras et la baptise, elle vient de naître. Il lui donne le droit d’être. Par cet adoubement, elle devient.
C’est le dernier contact entre les amants, un dernier instant de chaleur d’une humanité troublante, eux cherchaient la vérité derrière la bestialité et la nudité.
Il est parti sans se retourner et elle a rassemblé ses souvenirs avant de revenir à sa vie.
Deux ans plus tard, par d’étranges hasards, elle fait une découverte stupéfiante : la mère des enfants de Paul se prénomme Sarah…
Elle ne le savait pas. Elle n’a pas vraiment cherché à le savoir.
Elle se repasse le film, revoit l’expression du visage de Paul à l’aveu de son fantasme enfantin. A-t-il pensé que c’était un dernier piège ? S’est-il dit qu’elle était d’une perversité extrême pour conclure leur rencontre charnelle par ce rappel à sa vie privée, son espace sacré ?
Jamais elle n’a voulu le blesser, jouer oui, mais cette information, elle ne l’avait pas.
C’est presque un monde qui s’écroule.
Cela veut dire qu’un nombre infini de jours de sa vie, Paul était avec une Sarah sans être avec elle.
Elle ressasse cette information sans vraiment savoir quoi en faire, comment est-ce possible ? Elle passe en revue leurs vies parallèles, les coïncidences, les synchronicités… C’est tellement énorme que cela ne peut pas être le monde réel.
Elle se sent blessée, elle qui aime tant son prénom se sent spoliée, bafouée.
Alors que par ce geste elle avait tant aimé prendre vie sous l’aveu de Paul, se sentant renaître et enfin être, aujourd’hui elle se sent volée, reléguée, elle n’a été qu’une ombre, qu’une Sarah de rechange, elle qui tirait sa force de l’unicité de cette relation.
Elle ne va pas bien.
Elle essaie de se consoler en se disant qu’à chaque fois qu’il prononçait ce prénom, il pensait à elle, qu’elle s’est immiscée entre eux tant de fois par la simple correspondance des cinq lettres de son prénom.
Elle ne sait pas quoi en penser, elle ne veut plus y penser.
Elle se dit quand même, encore une fois : « la vie se fout de ma gueule ».
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sur ta tombe
Un jour j’ai découvert que vous étiez enterrée dans la Meuse, Marcelle.
En lisant votre courte biographie, je me suis rendue compte que vous aviez fini sous cette terre rugueuse de l’Est, dans un village près de Verdun, rejoignant ainsi les milliers d’anonymes tombés pendant cette guerre que l’on dit grande.
Je ne sais pas s’il faut faire le lien, et pourtant…
Attirée viscéralement par ce champ de bataille, je savais que l’on allait se rencontrer. L’occasion est arrivée en ce 11 novembre, date symbolique, hasard d’un calendrier chargé, mais y a-t-il un hasard ?
C’est une visite qui se mérite, réservée à ceux qui bravent le brouillard et le froid, quel meilleur temps pour comprendre l’enfer de Verdun ?
Et il a fallu le chercher, ce cimetière municipal de Trésauvaux ! Il y en a tant d’autres autour : nécropole allemande, nécropole française, juifs, chrétiens, musulmans, et vous, enfin.
Le village est si petit, deux rues, l’église et plus rien, il faut rebrousser chemin pour découvrir que le cimetière est là, collé à l’édifice, tout semble abandonné, mais non, c’est la Meuse, voilà tout.
Le portail n’est pas fermé à clef, je le pousse comme on ouvre un paquet cadeau, avec délicatesse pour faire durer le moment. L’herbe, détrempée par la brume, s’écrase sous mes pas, je glisse un peu sur la mousse, votre monument est au bout, je l’ai vu en photo en préparant notre rencontre.
Devant votre tombe, je déchiffre votre nom verdi par les ans et vous devenez réelle.
Je lis des passages de votre livre à voix haute, m’entendez-vous ?
Parce que l’on vous a publiée, Marcelle, la tuberculose vous a emportée avant que ne vous parvienne la nouvelle. Sachez que votre petit livre se trouve sur mon chevet, que je suis heureuse de l’avoir trouvé sur mon chemin.
Je le lis régulièrement, dans les moments de nostalgie, et j’aime particulièrement le faire à voix haute, jusqu’à ce que ma voix chancelle, rattrapée par l’émotion. Au fil des pages, vous mourrez, et je retrouve la saveur de l'existence. Il faut aller à Verdun pour reprendre avec légèreté la bataille qu’est vivre.
Je repars dans la brume, heureuse de vous avoir rendu cette visite.
J’aime les cimetières mais longtemps je n’ai pas eu besoin de m’y rendre.
Pépère, pépé, puis mémère sont redevenus poussière, leurs cendres se sont envolées, laissant le doux souvenir de leur passage, la gratitude de tous ces moments de partage. Mais pas de tombe où aller.
Je retourne un peu plus dans les cimetières à présent, privilège de l’âge, je vais saluer Danièle en me demandant qui sera le prochain, la vie réserve des surprises et déjoue les pronostics.
Est-ce qu’un jour je serai devant ta tombe, à lire et relire ton nom en me disant :
« tout cela a vraiment existé » ?
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Marcelle Sauvageot (née le 10 mars 1900 à Charleville en France et morte le 6 janvier 1934 à Davos en Suisse) est une professeure agrégée de littérature, écrivaine, autrice d'un texte unique, Laissez-moi
Lisez Marcelle Sauvageot !
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warning
C’est le surlendemain de notre arrivée que je l’ai remarqué, le voyant lumineux sur le tableau de bord.
Je ne sais pas bien quand il est apparu, je n’avais pas encore beaucoup conduit.
C’est en traversant l’immensité des plaines du Wyoming que je l’ai vu, discret et penaud, à côté de l’aiguille comptant les miles que j’avais du mal à dompter.
Je n’ai pas réagi tout de suite, je n’ai rien dit.
J’ai regardé attentivement le petit dessin et, bien qu’ignare en mécanique, j’ai compris que c’était le voyant de la panne moteur. Mon cœur s’est emballé, le moteur de la voiture, lui, restait calme. Je faisais défiler dans ma tête tous les scénarios : arrêtés au bord d’une route déserte aux portes du Dakota du Sud, sans couverture téléphonique ou pire, la casse brutale, l’accident, fatal ?J’ai 300 miles à parcourir aujourd’hui, c’est la plus grande étape du roadtrip, ça laisse le temps de se raisonner. Ce n’est peut-être rien, un faux contact, un détail. Et si c’était grave ? Téléphoner à l’agence de location ? Loin de toute grande ville, que fera-t-elle pour nous ? Où aller échanger la voiture ? Combien de temps perdre ?
J’ai ravalé ma peur, je n’ai rien dit.
Inconscience ? Confiance en la Vie.Une glace au Mont Rushmore et j’oublie mes soucis.
Je suis toujours là, au même endroit, dix-ans ans plus tard, quelle ivresse !
Le lendemain il a pris le volant, il n’a rien vu, je n’ai rien dit. Il ne prête pas attention à ces détails, il ne s’inquiète pas, jamais ne s’emballe.
Alors j’ai fermé les yeux, la bouche et croisé les doigts.
Des paysages féeriques se sont enchaînés : Yellowstone, Grand Téton, Moab…
Quiétude et majesté.
Nous ne sommes que poussière mais tous ces grains de sable amalgamés sont si beaux.
Chaque jour dans cette nature démesurée donne des leçons d’humilité.Je ne suis rien mais je suis bien.
Finalement la boucle fut bouclée sans encombre, avec juste un petit soulagement en revoyant Denver quittée deux semaines auparavant.
Ma vie, c’est cela : un voyant moteur allumé.
Le circuit dans les Rocheuses s’est déroulé sans embûche avec cette menace sur la tête.
3 800 kilomètres à attendre que cela pète.
Et ça a tenu.
Ma vie, c’est continuer à avancer avec le voyant allumé.
Je sais que tout peut s’arrêter, sans autre préavis que ceux reçus en 2008 et 2015. Deux avertissements, tout le monde ne peut pas en dire autant.
J’ai dit et écrit que j’étais prête mais c’est faux.
Je ne suis pas prête à ce que mon moteur casse, je me suis juste faite à l’idée et l’accepte.
Ce petit voyant n’a rien d’inquiétant, il est mon doudou, mon grigri : tant que je le vois je suis en vie. -
quam minimum credula postero
On ne sait jamais quand un jour sera notre dernier. C’est pour cela que « profiter de chaque jour comme si c’était le dernier » est impossible. Si on en a encore la force, si on sait que c’est la fin, on ose l’excès, on ose tout court car il n’y aura rien à assumer, pas de service après vente, ni repris ni échangé.
Mais souvent il y a des lendemains.
Le Carpe Diem est plus juste : quam minimum credula postero, ne rien tenir comme certain, même pas l’existence d’un demain. Alors je profite, me sachant tellement chanceuse de vivre encore depuis seize années. Je fais en sorte de ne pas regretter de ne pas avoir fait sans pour autant regretter d’avoir fait. Comme chacun je fais des choix, avec peut-être plus de liberté, ou moins de freins, j’ose l’espérer.
Demain je fais un examen sous anesthésie générale, rien, très banal. Avec tout un protocole, une préparation. Ce midi j’ai regardé mon assiette en me disant « voici mon dernier repas », un repas blanc, sans résidu, insipide. Je ne pense pas vraiment que cela soit mon dernier repas mais il y a toujours ce fantasme : ne pas se réveiller.
Bien sûr je compte me jeter sur une énorme salade dès demain soir, faire une orgie des fruits et légumes dont on m’a privée.
Bien sûr je veux encore te prendre la main. Je veux traverser l’Atlantique avec toi, te regarder t’endormir sur le canapé, me blottir contre toi.
Dans la folle hypothèse que je ne me réveille pas, je vous remercie d’avoir traversé ma vie.
C’est moi qui ai vécu.
Et j’ai aimé.
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que restera-t-il de nous ?
Je suis une archéologue de l’époque contemporaine. J’aime observer les traces de vie, les traces que la vie laisse, sur les sols, sur les corps, les pierres érodées par la pluie, par le vent et les corps courbés par le temps, coupés et recousus, marqués mais pas foutus.
Tous ces petits détails insignifiants aux yeux des communs hurlent leur histoire à qui sait les voir.
J’aime les vieilles usines, les lieux abandonnés, ils témoignent d’une humanité oubliée.
Je les imagine pleins de vie, je les entends encore respirer.
Les machines se sont tues, tout est calme, il n’y a plus rien. Les derniers témoins s’éteignent, les anciens racontent encore, pour combien de temps ?
En me promenant à la Völklingen Hutte, je pense à nous.
Lorsque je ne serai plus là pour dépoussiérer mes souvenirs, que restera-t-il de nous ?
Je regarde ces carcasses envahies par la végétation, des ronces piquantes et impénétrables par endroit, des belles fleurs sauvages à d’autres.
Bruno m’a demandé si on s’était déjà rencontrés. Était-ce une blague ou un trouble passager de la mémoire ? J’aurais pu me vexer mais je sais que les souvenirs communs n’existent pas, chacun a le sien, son vécu propre même si le moment a été partagé. La question m’a plutôt effrayée. Serait-ce possible que tout ce réel s’évanouisse ? Les limbes de son cerveau m’effacent, je reste gardienne de nos rencontres, mais sans personne pour confirmer, peut-on dire que cela a vraiment existé ?
L’ancienne cokerie a été abandonnée à la nature. Cet endroit infernal pour l’ouvrier à cause de l’extrême chaleur, du bruit et de la pénibilité physique du travail s’appelle aujourd’hui « le paradis », les oiseaux piaillent et l’herbe envahit tout.
Que restera-t-il de nous ?
Aujourd’hui des milliers de visiteurs viennent rendre hommage aux forçats de l’acier, le site est classé au patrimoine mondial de l’humanité.
Mais nous, que restera-t-il de nous ?
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couleurs
Blanc.
Je sors d’une période blanche.
Comme une semaine sans dimanche, la vie sans rien, sans entrain, sans lendemain. Juste le vide et ses vertiges, l’avenir qui se fige, le néant après cinquante piges.
Je ne broie pas de noir, il n’est pas question d’espoir, les quotidiens s’enchaînent sans peur mais sans saveur. Les jours défilent mais moi je reste là, suspendue au dessus du vide, sans mots, sans larmes.
Je suis en zone blanche, pas de réseau, débranchée, rien pour me relier au passé, mamie est partie, rien pour rêver un futur, pas de mail, pas de rendez-vous.
Jour après jour le fantôme de moi avance comme on attend qu’il fasse, sans faillir en surface. Je déambule dans ma petite vie sans vibrer mais sans tomber.
Je n’ai pas d’angoisse de la page blanche, je suis bien, je suis rien.
Le blanc c’est reposant lorsqu’on apprivoise le néant.
Rouge.
Je suis entrée dans une période rouge.
Le sang s’écoule de moi, rien ne semble pouvoir l’arrêter.
Il ne s’agit pas de hémorragie mensuelle, chaque bouffée de chaleur éloigne le cauchemar menstruel, inutiles souffrances qui nettoient par caillots l’antre qui n’accueillit aucun marmot.
Mon corps saigne par là où j’ai péché : le cul. Chaque matin la cuvette rouge me rappelle ma condition de mortelle. Par l’orifice aux délices s’évacuent tous les résidus, salades, saucisses et desserts sont méconnaissables, seuls les grains de maïs s’affichent intacts avec malice.
Mon cul pleure ton absence en silence, à chaque ouverture de sphincter il libère des globules rouges, mon corps s’épuise à les fabriquer, la vie m’échappe jour après jour, je me vide, je m’éteins, plus de batterie, plus d’énergie. Tic tac, tic tac, le temps passe et rien n’y fait. Il faut attendre pour un rendez-vous, supplier pour un examen. Quand tout cela prendra-t-il fin ?
Je crève au ralenti, mes organes me lâchent insidieusement, inexorablement. Je sais que je ne peux pas continuer comme cela. Je rêve hémorroïdes, les médecins envisagent la tumeur.
Je me sais sursitaire, je me crois prête, est-ce ainsi que se finit la fête ?
Rose.
Fin de la période blanche.
Fin de la période rouge. Mise en délibéré. En attente d’un verdict.
Suis-je sortie d’affaire, la vie en rose ?
Après une année sans hiver, un avril sans printemps, voilà l’été.
Le brevet se termine, derniers cours comme ces trente dernières années, est-ce que ma vie va reprendre son cours ?
Comme si de rien n’était, rien a toujours été.
Old Faithful m’attend, fidèle et à l’heure, juste après la Devil Tower. Je veux (re)vivre ces moments magiques au Grand Prismatic.
Y croire ?
Espoir…
Ose le rose !
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je voeux
Mon corps saigne, mon cul pleure des larmes de sang.
À défaut de l’avoir portée, la vie s’écoule de moi, petit à petit.
Je me vide.
On cherche le coupable, y a-t-il quelqu’un à accuser ? Quelle défense adoptera-t-il après identification ? Quel traitement ? Peut-on se repentir et repartir, à nouveau ?
Je m’épuise.
Je ne suis plus qu’une enveloppe qui se disloque.
Memento mori…
Je le sais trop bien, comment l’oublier avec ces rappels réguliers ?
J’ai accepté, je crois m’y être préparée.
On voudrait tous partir avec panache, d’un coup, sans souffrance, sans déchéance, sans conscience même.
Je me vide, de mon énergie physique, de ma force mentale.
J’accepte de mourir, personne n’y échappera, mais jusque là je veux disposer de mon corps à ma guise.
Je veux pouvoir marcher, arpenter les rues, escarpées ou non.
Je veux pouvoir admirer les toiles dans les musées ou en plein air.
Je veux applaudir aux concerts.
Je veux rouler dans les immensités.
Je veux être là pour ceux qui comptent sur moi et ceux qui ne m’auraient pas totalement oubliée.
Je veux t’accompagner dans tes rêves.
Encore...
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coquillages et crustacés
Parfois on m’offre des souvenirs de voyage, des objets exotiques, en pensant me faire plaisir. Je ne suis pas une collectionneuse, je ne veux pas de souvenirs qui ne seraient pas les miens, le passé est déjà lourd à porter.
On peut trouver chez moi du sable blond de la dune du Pilat où j’aime m’oublier, du sable gris de la plage de la Grande Motte où enfant j’ai passé mes étés et du sable noir d’Islande où j’aimerais revenir, indéfiniment. Toutes ces petites boites pour moi prennent sens, j’aime les avoir près de moi, elles me racontent et me définissent.
Je ne collectionne pas les coquillages, je conserve des souvenirs.
Fuyant le soleil qui a tant mordu ma peau à ( ne pas ) en crever, j’aime cependant les plages. Marcher sur une plage, pour moi, c’est relever le défi de la vie, sentir sous mes pieds l’eau qui se dérobe, la planète qui vit, un résumé d’existence : de rocher tu deviendras poussière.
Les plages sont des finistères, le bout d’un monde, la fin du chemin, on ne peut que la longer, prolonger le moment, mais on ne peut plus aller plus loin.
Parfois je m’arrête, face à la mer, je respire et lui prends sa force.
En face de l’océan l’homme est à sa place : petit, insignifiant, un élément parmi tant.
Il n’y a rien à faire pour moi à la plage, surtout pas musarder, mais je suis attirée.
Au bout de la ligne B du métro de Rotterdam, à l’embouchure de la Meuse, on accède à la mer du Nord, belle même sous la pluie dans son dégradé de gris. On peut y reprendre sa respiration et, ensuite, le cours de notre existence.Les souvenirs ne sont pas cachés, ils m’accompagnent.
Lorsque je prends ma douche, j’ai toujours un regard pour les coquillages ramassés en Nouvelle-Zélande sur la plage de la baie de Plenty, au large de Rotorua. Un coup d’œil et je me retrouve sur cette plage, en manteau d’hiver, août est plutôt frisquet aux antipodes.Depuis cet été, chaque matin en prenant mes clefs je souris en voyant ces petits coquillages blancs.
Qu’importe le gris de l’hiver, qu’importe l’humide des pluies d’un printemps qui tarde à arriver, un regard et je me replonge à Bacalar au Mexique, dans la fameuse lagune aux sept couleurs.
Les photos feraient rêver bien des gens, je ne suis pas friande de ces endroits dégradés par les instagrameurs. Cette lagune est un joyau déjà mort, le sur-tourisme détruit tout et pourtant…
Et pourtant…
J’ai passé de très bon moments, les pieds dans l’eau, au bord de la lagune aux folles couleurs. Il suffit de s’écarter un peu.
J’ai nagé, j’ai plongé, masque et tuba. Je me souviens de cette sensation d’eau trop chaude, presque désagréable quand on cherche un peu de fraîcheur dans l’été mexicain. Les fonds marins immaculés sont spectaculaires de vide, pas un poisson qui survive, c’était presque triste. Et ce sable si fin, si doux. Je nageais donc dans le blanc, dans le chaud, dans le vide, la tête sous l’eau fuyant le bruit d’un bateau de touristes passant au loin en crachant de la musique techno quand soudain… J’aperçois un de ces coquillages, blanc sur blanc, en tenue de camouflage. Je le glisse dans mon maillot, puis un autre….
Et me voilà, des mois après, à replonger chaque matin avant de partir travailler, à m’évader, à vivre encore et encore.
Non pas un jour sans fin, mais la Vie sans fin.
Hier, aujourd’hui et demain.
Vivons encore !