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  • la forêt des ombres

    calcinés 2.JPGLes sapins de la Montagne Brûlée

    Sont encore debout

    Les sapins de la Montagne Brûlée

    S’accrochent encore

    Droits et fiers

    Ils regardent sur la verte colline,

    En face,

    Ce qu’ils étaient hier. 

     

     

    La nuit, un train traverse les Rocheuses.

    Et moi dedans, je traverse le temps.

    On avance dans la nuit,

    Comme on avance dans la vie :

    A l’aveuglette, en suivant une voie.

    On avance, on avance, de secousses en accélérations,

    On avance, on avance, sans être certain de la destination.

    On ne prend pas toujours le temps d’observer le paysage,

    Moi, je n’ai rien d ‘autre à faire, dans cet étrange voyage.

    La lumière du wagon met sur l’extérieur un voile de pudeur,

    La lumière du wagon nous empêche de voir à l’extérieur.

    Mais quelque chose m’attire, je veux voir, je veux savoir.

    Je colle mon visage à la vitre froide,

    Mes mains autour des yeux pour rejoindre l’autre monde.

    calcinés 1.JPGLe spectacle est d’une beauté terrifiante :

    Je ne vois que des squelettes qui dansent,

    Je crois voir la fumée de leurs âmes qui s’élèvent.

    J’ai le corps dans la vie du wagon

    Et le visage dans la mort.

    Sur des kilomètres défilent les cadavres,

    La nuit porte leur deuil.

    Je me dis que ce pays-là, près de Kamloops, au Canada, ne doit plus connaître le soleil et qu’il faudra bien des larmes pour que renaisse la forêt.

    Je suis dans la nuit, je suis dans le train.

    J’avance dans la vie, je ne perds pas mon entrain.

    Les arbres calcinés sont restés debout

    Pour rappeler, à toi, à moi, à nous,

    La magie et la fragilité de l’existence.

     

    Descendre

    Du train

    Des cendres

    Demain

    Aujourd’hui

    La Vie !

  • ô temps...

    ombre moraine.JPG

     

     

    L’ombre des sapins morts

     

    Vit encore l’été

     

    L’ombre des sapins morts

     

    Reflète ce qu’ils ont été

     

    Dans un trou d’eau,

     

    Lac Moraine.

  • Tristes Rex

    La région de Drumheller, à l’est de Calgary, Canada, est réputée pour ses dinosaures.

    Je n’ai jamais été attirée par ces bestioles, je n’ai jamais été jurassique-maniaque.

    Mais aller à Drumheller m’intéressait, surtout pour le milieu, la géographie.

    Alors aller à Drumheller pour les Hoodoos, ces cheminées de fées, tellement magiques.

    drumheller hoodoo.JPG

     

    Alors aller à Drumheller parce qu’on appelle cette zone les Badlands et que moi je me dis qu’un pays ne peut être si bad, que le Bad a une âme et une histoire plus forte peut-être que les zones où s’écoule le miel. Alors oui, ces Badlands sont immenses, interminables et parfois monotones, mais toujours authentiques et magnifiques, démesurés.

    drumheller badlands.JPG

     

    Ayant fait la route, je suis tout de même allée voir les dinosaures…

    Si on en a trouvé beaucoup ici, c’est que la géologie a favorisé à la fois la conservation et la mise à jour de nombreux vestiges plus beaux et incroyables les uns que les autres.

    Même une néophyte trouve à s’émerveiller dans les allées du Musée Royal Tyrrell.

    drumheller ammonite.JPGLe musée est surpeuplé, plein d’enfants qui grouillent, plein de poussettes en ce mois de juillet.

    Des pièces exceptionnelles sont exposées, par leur taille ou leur valeur.

    drumheller traces.JPGJ’y ai vu des ammonites magnifiques aux couleurs féériques, j’ai été émue par ces morceaux de roches, troués d’empreintes de dinosaures.

    Vraiment émue.

     

    J’avance et je vois ces squelettes.

    Un sentiment étrange ne me lâche plus.

    Je regarde ces os comme je regarderais ceux de Pompéi, ces dinosaures couchés et recroquevillés.

    Je me sens chanceuse de les voir, mais je suis gênée, comme si je rentrais par effraction dans leur intimité.

     

    Le hall « lords of the lands »  porte bien son nom : dans cette salle plongée dans l’obscurité, un grand Ty-Rex semble courir encore, voler dans l’espace, avec ses petits amis, on ne voit rien des supports, l’éclairage ne souligne que les os.

    drumheller tableauu.JPG

     

    Je reste sans mots.

    Sur les murs de cette pièce noire d’étranges tableaux de famille, encadrés d’or.

    Je ne peux détacher mon regard de ce « tableau »…

      

    Je ne peux m’empêcher de me demander s’il y a quelque part des tableaux de la sorte, avec des os d’humains, je ne peux m’empêcher de me dire que ce morceau d’être qui fut vivant a eu une famille, je ne peux m’empêcher de me demander si nous aussi un jour serons sous cloche et observés par des foules en tongs….

     

    Je n’ai jamais eu la passion des dinosaures.

    A Drumheller, j’ai eu la compassion des dinosaures.

  • l'effet papillon

    Je ne sais pas pourquoi, j’ai retenu cette fenêtre là,

    Son ironie,

    Ses promesses,

    Service ORL,

    Hôpital Central,

    Nancy.

     

    ORL.jpg

    C’était juillet, il faisait beau, il faisait même plutôt chaud.

    Dans cet univers aseptisé, dans cet univers d’éclopés, une fenêtre ouverte,

    Derrière la plante verte,

    Et nous, bien assis sur les chaises

    Qui attendions l’appel de notre nom.

    Avec ces petites pensées atroces : se comparer aux autres malades,

    Avec ces petites satisfactions mesquines de se croire moins atteint,

    Ces petits plaisirs de se dire, de se voir, de se croire, d’être… différent.

    Une salle d’attente lumineuse et colorée,

    Nouvellement repeinte,

    Budget pour les pots, pas pour les fesses : de vieilles chaises défoncées et dépareillées.

    Mon corps est dans la salle, parmi les autres.

    Mon regard s’évade, par la fenêtre.

    Mon regard caresse le soleil et surfe sur les nuages blancs.

    Dehors, il y a des oiseaux, dehors, c’est la vie.

    Ni belle, ni laide.

    Grouillante et bruyante,

    Des voitures qui passent,

    L’odeur des acacias secoués par le frisson d’une brise,

    L’odeur des gaz d’échappements d’un bus,

    Tout se mélange.

    Et mon corps reste là, dans la salle d’attente.

    Un papillon est entré

    Par la fenêtre.

    Doucement le clapotis imperceptible de ses ailes,

    Je le vois et je rêve sa musique.

    Un petit moment magique

    Qui dans ce décor sans émotion secoue le cœur

    Et transporte le corps vers un ailleurs chantant.

    Un papillon est entré

    Me voler un sourire

    Et faire monter les larmes.

    J’entends mon nom au loin.

    Le papillon repasse la fenêtre.

    Peut-on tous si facilement s’évader ?

    J’entends mon nom.

    " Vite, madame…

    Il faut que je rejoigne le papillon..."