On s'est frotté à moi dans le métro. J'ai été sifflée dans la rue, dévisagée, insultée, on a fait des commentaires graveleux à mon passage, j'ai été victime de drague lourde. Mais rien que je qualifierais d'agression.
A part cet épisode, en classe de 5ème...
J'ai réussi à faire cesser les faits et à obtenir "réparation" assez rapidement. J'ai donc évité de traîner un traumatisme et en suis sortie plus forte, armée pour le reste de mon parcours.
J'avais 12 ans.
Les cours de mathématiques de mon année de 5ème ont tué mon innocence. Il s’appelait M. A.. Il était grand, gros, expérimenté car redoublant, caïd. Tout le monde le craignait, certains garçons l’admiraient. Il était assis derrière moi, uniquement en maths heureusement. Il a passé une bonne partie de l’année à me peloter, franchement, de sa main gauche sur mon sein gauche en plein développement. La première fois je n’ai pas bien compris, j’ai été surprise, j’ai voulu me rebeller, il m’a sans doute menacée. Puis j’ai compris, je me suis sentie humiliée, impuissante, victime, mais je restais muette.
C’était une reconnaissance de ma féminité - les autres filles ne l’intéressaient pas parce qu’elles n’avaient pas de poitrine - mais aussi la négation de moi car jamais il n’a voulu une histoire amoureuse, il ne voulait que peloter, être un mâle dominant une femme soumise et par moi toutes les femmes. Ma voisine a su mais était terrorisée par lui, les autres collégiens ont peut-être vu et su, il a du d’ailleurs s’en vanter mais je n’ai pas souvenir de cela, quant à la prof, Madame B., elle ne m’a pas sauvée, elle ne l’a pas surpris.
Je me taisais en cours, je le laissais faire, j’étais tétanisée. Je n’ai jamais éprouvé de plaisir avec ses attouchements, je ne pensais pas à essayer de ressentir quoi que ce soit car je n’avais rien choisi. Même si cela me ramenait à ma condition de femme, me jetait à la figure une différence sexuelle, c’était pour moi une agression, le plaisir est exclu. En réponse à ma passivité lors des faits, en dehors de ces cours, j’essayais de me rebeller, de lui montrer que je n’étais pas si soumise. Même si je l’évitais souvent, j’affichais un grand mépris qui n’a pas échappé aux autres.
Comme tout viol précoce d’intimité, j’aurais pu rester traumatisée. Même si je reste marquée puisque je m’en souviens, je me souviens aussi de cette revanche que j’ai eu sur lui, devant la classe rassemblée.
C’était en cours d’éducation physique. Le prof de sport, monsieur H., avait eu la folle idée de nous faire faire de la boxe… Avec très peu d’exercices d’entraînement, pas de matériel style punching-ball, il est passé tout de suite au corps à corps… Coups bas, coups à la figure interdits. Match en cinq points : toucher cinq fois l’épaule de l’adversaire pour gagner. A. étant en début d’alphabet, il commence avec le deuxième. Le vainqueur sera opposé au troisième, et ainsi de suite. Il gagne tous les matchs, c’est une brute, un lourdaud. Arrive vite le duel tant redouté , le face-à-face avec moi… Il jubile, pense que je vais m’aplatir, que je n’oserai pas. Le reste de la classe retient son souffle, connaissant notre antagonisme. Je le revois me provoquer « allez, viens, viens… ». Je ne me suis pas dégonflée, poussée par la haine, le désir de revanche. Il pensait que je n’oserais vraiment pas, il m’a donc laissée approcher, sans bouger, je me suis placée en position en face de lui, ai allongé les bras, droite, gauche, au ralenti quasiment j’ai compté les points à voix haute, je lui ai touché cinq fois de suite les épaules sans qu’il ne bouge. Il est resté cloué, étonné de mon geste. Toute la classe a pris fait et cause pour moi, j’étais une héroïne, j‘avais terrassé le dragon. Il a été humilié. Bien sûr il a exigé du professeur que l’on recommence et j’ai reçu des coups bien peu orthodoxes jusque dans la nuque, mais j’étais libérée de lui, j’avais ma revanche et de ce jour-là il a cessé les séances de massage mammaire.
